P. 218. Fragments d'une imposture littéraire

Publié le par Jean-Emile Andreux

Binjamin Wilkomirski, signataire de "Fragments. Une enfance 1939 - 1948" :

"mes premiers souvenirs ressemblent à un champ de ruines"...

Hélas quand la vérité éclata, le champ de ruines est celui laissé par ce faux juif, faux enfant mis en camp et fausse victime de la Shoah.


En 1995,
paraît en  Allemand : "Bruchstücke aus einer Kindheit 1939-1948", Ed : Jüdicher Verlag, Francfort.

4e de couverture : 

- « Binjamin Wilkomirski ne connaît pas sa date de naissance, ignore ses origines précises et n'a plus 
aucun parent. 
Il est tout jeune encore lorsque les rafles de Juifs s'intensifient en Pologne. Son père est assassiné sous ses yeux, on l'arrache à sa famille et il est déporté, à quatre ans, au camp d'extermination de Majdanek.
 

"Mes premiers souvenirs ressemblent à un champ de ruines parsemé d'images et d'événements isolés. Des tessons de mémoire aux contours durs, aiguisés, qu'aujourd'hui encore je ne peux toucher sans m'y blesser. Souvent dans un désordre chaotique et, pour la plupart, impossibles à classer par ordre chronologique. Des fragments qui résistent obstinément au souci d'ordre de l'adulte que je suis devenu et échappent aux lois de la logique."
 

Ce sont ces fragments que restitue ici l'auteur à travers le regard de l'enfant qu'il fut. Un livre inoubliable, chef-d'ouvre d'écriture et d'émotion. Binjamin Wilkomirski vit aujourd'hui en Suisse. Il est fabricant d'instruments de musique et clarinettiste. »


Binjamin Wilkomirski :

- « J’ai grandi et atteint l’âge adulte en un temps et dans une société où on ne voulait ni ne pouvait écouter... Je me suis donc tu pendant des décennies, mais ma mémoire a refusé l’effacement... j’ai voulu cesser de me taire, alors j’ai commencé à écrire... »


En 1997, le livre est proposé sous le titre :
"Fragments, Une enfance 1939 - 1948", traduit de l'Allemand par Léa Marcou, Calmann-Lévy.


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Un faux avéré et néanmoins encore au catalogue de bibliothèques publiques.


La République des Lettres :
 

- "Depuis le journal d'Anne Frank, jamais la vision sur l'Holocauste par un enfant n'avait touché tant de lecteurs", rappelle Elena Lappin (1).

Des journaux prestigieux évoquent alors la naissance d'un "classique" sur l'Holocauste. Le Daily Telegraph écrit que "les sentiments qu'il inspire sont bruts et forts". Le Monde souligne la "singularité" de ce livre "insoutenable".

En France, il reçoit le prix Mémoire de la Shoah et, aux Etats-Unis, le National Jewish Book Award, devançant un ouvrage d'Elie Wiesel." (10 février 2000)


Le Monde diplomatique, Lionel Richard :
 

- "Dès 1996, ses « souvenirs » sont traduits en anglais. Aux Etats-Unis, le Prix national du livre juif pour les littératures étrangères lui est aussitôt décerné. Il est convié à des colloques. Il donne des interviews qui sont mises à la disposition du public, en vidéo-cassettes, dans les principaux centres d’archives sur le génocide perpétré par les nazis. 

En 1997, le livre est traduit en français . Au Festival de Salzbourg, la romancière autrichienne Elfriede Jelinek, invitée d’honneur, se voit confier la responsabilité d’une soirée de lectures publiques : elle choisit, à côté de textes de Paul Celan et d’Elie Wiesel, des extraits du livre de Wilkomirski. Bref, un témoignage avec lequel il faut désormais universellement compter.

Mais qui est donc l’auteur de ce témoignage ?

Intrigué, l’écrivain et journaliste Daniel Ganzfried s’est mis à enquêter à Zurich (2). Ses conclusions, parues dans le journal suisse Die Weltwoche, flanquent soudain par terre un beau château de cartes.

Wilkomirski est un pseudonyme. Rien de polonais chez lui. Rien de juif, non plus.

Né en 1941, il est le fils naturel d’une Suissesse, Yvonne Berthe Grosjean, qui l’a abandonné. Élevé dans un orphelinat de Zurich, il a été recueilli et adopté par un couple, les Doessekker. Légalement, il porte le nom de Bruno Doessekker. Il n’a jamais vécu à Riga ni à Cracovie, comme il le raconte. Pas plus, évidemment, qu’il n’a été déporté dans les camps de Maïdanek et d’Auschwitz. Il a tout inventé." (Novembre 1998)
 

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Bruno Doessekker, faux Wilkomirski, faux juif persécuté...


Notes :

(1) Elena Lappin, "L'homme qui avait deux têtes", Ed L'Olivier, 2000 (Approche psychologique de l'usurpateur).

(2) L'historien Stefan Mächler vint étayer ensuite les investigations du journaliste.

Remerciements à Maxime Steinberg qui n'est pas étranger à la publication de cette page...


Ce 28 février, le site du quotidien belge "Le Soir" publie les "aveux" de Mme Defonseca. Elle reconnaît que "Survivre avec les loups" est une fiction :
http://www.lesoir.be/culture/cinema/exclusif-2008-02-28-580849.shtml

CQFD...

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