P. 219. "Tirer profit d'une pseudo croisade" à propos de Mme De Wael dite "Defonseca" ?

Publié le par Jean-Emile Andreux

Le 28 février : jour des rebondissements. L'avocat de l'auteure de "Survivre avec les loups" commence par mettre en demeure et par accuser :

- "Qui peut affirmer qu'elle n'est pas juive ?"...
- "Une diabolisation indécente"...
- "Une pseudo croisade"...

Et, quelques heures après, sa cliente finit par présenter ses excuses :
"Je me suis raconté une vie, une autre vie. Je demande pardon." (Le Soir).


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Maître Uyttendaele : "...peu importe finalement que son récit soit réel ou en partie allégorique".


Dans les archives consultées par les historiens qui se pencheront demain sur l'affaire de Mme Monique De Wael dite "Misha Defonseca", figureront deux documents datés du 28 février 2008. Le premier a été publié sur le site du quotidien "Le Soir" à 11h31. Me Uyttendaele, conseil de l'auteure de "Survivre avec les loups", résume en un argumentaire la défense de celle-ci. 
Puis, toujours sur le site du "Soir", mais peu avant 18h, grand chambardement, l'heure n'est plus aux accusations de... la défense mais aux aveux et aux excuses de l'intéressée. Une telle accélération du temps différencie grandement cette affaire de celles de Enric Marco ou du faux Binjamin Wilkormisci pour lesquelles l'accouchement de la vérité prit un temps bien plus conséquent.

Au nombre des arguments retenus à l'origine par Me Uyttendaele, ceux-ci méritent attention :

- "Tout au long de sa vie, elle {Misha Defonseca} a ressenti de manière intense son appartenance à la communauté juive et est convaincue que se trouve là l’explication du fait que ses parents lui ont été arrachés."

- "Il convient également de relever qu’un certain nombre de questions qui sont aujourd’hui au cœur de la polémique ne présentent, en réalité, aucun intérêt. Il s’agit notamment de la date de l’arrestation de ses parents."

- "Madame DEFONSECA se souvient que ses parents refusaient de porter l’étoile jaune et d’assumer publiquement leur appartenance à la communauté juive. Il est hors de doute, cependant, qu’ils étaient bien juifs. On en veut pour preuve que Madame DEFONSECA comprend le yiddish alors qu’elle ne l’a jamais appris dans sa vie d’adulte et qu’aux dires de ses détracteurs, elle aurait été élevée dans un milieu catholique."
 

- "Plus de soixante ans après les faits, il est vain de gloser sur l’identité officielle de Madame DEFONSECA." 

- "... elle a gardé le souvenir précis du fait que ses parents n’étaient pas d’origine belge, que sa mère avait un accent russe et que son père parlait français, allemand et yiddish. Il est donc infiniment probable qu’ayant connu des persécutions ailleurs en Europe, ils étaient arrivés en Belgique et souhaitaient, coûte que coûte, éventuellement au prix d’une falsification d’identité, dissimuler leurs origines."

- "... il ne peut être admis que Madame DEFONSECA soit stigmatisée aujourd’hui pour une fausse appartenance à la communauté juive." 

- "Qui, dans ce contexte, a le droit d’affirmer qu’elle ne serait pas juive ? "

- "Il est donc indécent de diaboliser ou de mettre en cause l’intégrité de Madame DEFONSECA dès lors qu’elle est une victime."
 

- " Ceux qui aujourd’hui se prévalent de l’une ou l’autre invraisemblance dans le récit de Madame DEFONSECA pour la discréditer sont soit animés d’un sentiment bas de vengeance, soit essayent de tirer profit d’une pseudo croisade pour s’offrir une publicité indue, soit encore font injure à sa souffrance. En effet, affirmer que le témoignage de Madame DEFONSECA ferait le jeu du négationnisme revient à nier l’évidence de sa souffrance et la réalité intangible du dossier, à savoir qu’une petite fille, élevée dans la culture juive, a perdu à jamais ses parents au début de la guerre et en a subi un traumatisme irrémédiable."

Le ton et la forme sont péremptoires. 
Me Uyttendaele recourt de manière répétée, insistante à l'argument de la souffrance et au respect d'une victime, soit une forme d'empathie très à la mode. Le tout basé sur des affirmations avancées comme des évidences et cependant sans fondement.

Car sa cliente est née dans une famille catholique et fut baptisée, les archives le prouvent. 
Car ses parents, s'ils avaient été des migrants (juifs ou pas d'ailleurs) auraient été fichés et mis en dossiers par la Police des Etrangers dès leur arrivée en Belgique (documents dès lors consultables à l'actuel Office des Etrangers). 
Car ce n'est pas "gloser" que de révéler l'identité réelle de l'intéressée. D'ailleurs, c'est notamment en taisant cette identité que l'écrivaine supposait éviter de voir éclater la vérité.
Car si elle fut "élevée", ce n'est certes pas dans une culture juive.
Car, sauf confusion entre "juif" et "israélite", Mme De Wael n'est pas fille d'une mère juive et donc n'est pas juive de naissance. Sa religion actuelle ne concerne évidemment que sa conscience.
Car une même personne peut se révéler être à la fois victime mais d'une intégrité sujette à caution.
Car la souffrance d'une personne ne peut représenter un obstacle à la manifestation de la vérité.

En argumentant, Me Uyttendaele commet une erreur historique de dimension, une de plus si l'on pense à sa cliente... N'écrit-il pas :
- "
Madame DEFONSECA se souvient que ses parents refusaient de porter l’étoile jaune et d’assumer publiquement leur appartenance à la communauté juive. Il est hors de doute, cependant, qu’ils étaient bien juifs."
Or, à s'en tenir à la version de l'intéressée, ses parents furent arrêtés et déportés en 1941. 
Problème !!! 
L'ordonnance allemande sur le signe distinctif des juifs : "Judenverordnung : Verordnung über die Kennzeichnung der Juden" a été prise le 27 mai 1942. Il n'y avait pas d'étoile jaune en Belgique au long de l'année 1941.
De plus, ni ses parents, ni "Misha" elle-même, n'ont de dossiers au Service des victimes de la guerre à Bruxelles et ce, en tant que juifs persécutés. Enfin, répétons que les parents ne furent pas individuellement mis sur fiches par le SD afin de les déporter en tant que juifs. Et que leurs noms sont absents des listes de convois partis de Belgique avec des juifs à exterminer en tant que tels.

La mongolfière ainsi gonflée par cet avocat réputé a été détruite par sa cliente elle-même et après quelques heures seulement de vol dans le ciel médiatique belge. Il serait facile d'ironiser sur cette volte-face spectaculaire.
Sur ce blog, il sera exprimé seulement le refus d'accusations à la gravité impossible à relativiser.

NON, Mme De Wael dite "Defonseca" n'a pas été "attaquée". Seul a prévalu (notamment sur ce blog), l'espoir de sortir des marécages où des mensonges alimentés par une fausse "autobiographie...authentique" plongeaient lecteurs et spectateurs.
NON, il n'est jamais "sans intérêt" de chercher l'histoire là où ne sont répandues que des mémoires fragiles si pas manipulées.
NON, l'intéressée n'a pas été "stigmatisée". Qu'on arrête avec les allusions religieuses et/ou racistes alors que se pose seulement le problème de rétablir une vérité singulièrement malmenée. Puis on baigne en pleines confusions. Car ce serait "stigmatiser" Mme De Wael que d'affirmer sur des bases historiques incontestables que ses parents ne furent pas "stigmatisés" comme juifs, notamment à propos de l'étoile de David...
NON, elle n'a pas été "diabolisée". Cette mise en cause est incroyablement déplacée et excessive. Pas un mot, pas un argument de ce blog ne se sont d'ailleurs inscrits dans une telle démarche non rigoureuse.
NON, elle n'a pas été "discréditée". Pourquoi retourner l'évidence ? Si discrédit il y a, c'est très exactement, celui que cette cliente s'est appliquée elle-même à alimenter. Point à la ligne.
NON - et ces mises en cause par Me Uyttendaele représentent des accusations à la gravité dont on espère qu'il ne les avait point trop pesées - NON aucun "sentiment de basse vengeance" n'a animé des professionnels aussi honorables que Maxime Steinberg ou Marc Metdepenningen (ne parlons pas de ce blog). Il ne fut jamais question ici ou ailleurs de "sentiment"(s) mais de respects de l'histoire et de la vérité. 
NON, aucune "croisade" n'a sa place dans cette lamentable affaire (de pseudo juive Mme De Wael devient une victime de colonisateurs à l'étendard marqué par une religion inquisitoriale : n'importe quoi). 
NON, aucune "publicité indue" ne fut recherchée à tout prix. Surtout pas au prix de l'honneur de Mme De Wael.

Mais OUI, cette affaire risque grandement d'être récupérée par les négationnistes. Ils ne se sont pas gênés pour mettre en épingle celle de Binjamin Wilkomirski. Une simple consultation des sites des négateurs est hélas éclairante. 
Leur mécanisme de pensée est simplissime : pendant des années, un faux juif a été honoré et son "autobiographie...authentique" traduite et louangée, avant que la falsification totale ne soit dévoilée. Les révisionnistes vont récupérer pour amplifier et généraliser : si une telle imposture a pu perdurer, alors, pourquoi ne 
pas mettre en doute les autres témoignages des rescapés, et quid à propos des chambres à gaz, et le terme de "génocide" n'est-il pas excessif etc... etc... ???

Peu avant 18h, le site du "Soir" annonçait que Mme De Wael dite "Defonseca" renonçait à sa défense agressive et se pliait à cette évidence : "Survivre avec les loups" n'est pas "autobiographique" :

- "Misha Defonseca, l'auteure contestée du livre « Survivre avec les loups », admet, dans une communication au « Soir » que l'histoire de son épopée à travers les forêts d'Europe qu'elle aurait parcourues en 1941 avec une meute de loups n'est qu'une œuvre de fiction, pas un récit autobiographique comme elle le prétendait depuis dix ans." 

En réalité, Marc Metdepenningen allait apporter dans "Le Soir" du 29, de nouvelles preuves puisées dans des témoignages et documents de la famille même de Mme De Wael.

Les engagements conjugués de Serge Aroles, puis de Maxime Steinberg, du Centre Communautaire Laïc Juif de Belgique, du chroniqueur Paul Hermant, de Marc Metdepenningen au "Soir", des journaux parlés et télévisés de la RTBF n'ont pas été vains.

Enfin, "Le Soir" du 3 mars ajoute à la consternation. Poursuivant ses investigations, Marc Metdepenningen révèle, preuves à l'appui, que le père de Mme De Wael ne fut pas non plus un héros de la résistance. Que du contraire !!! Le gâchis devient total.

 

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JEA 04/03/2008 10:34

Chronique de Paul Hermant, ce 4 mars sur Matin Première (RTBF) :- "...on sait maintenant qu'un mensonge jamais n'abolira le commerce. Car comme le dit l'attaché de presse, pas question de retirer le film de l'affiche : c'est peut-être pas vrai, mais, après tout comme il dit, « Survivre avec les loups » c'est « Mowgli chez les nazis ». Mowgli chez les nazis. Tout est dit. Et que dire ?"

Rachel Kamienker 01/03/2008 10:37

Quel goût amer il nous reste !Je pense que les révisionnistes vont se régaler...Rachel Kamienker(fille de déporté des Mazures mort à Auschwitz)

JEA 29/02/2008 13:26

Titre de "Libération" :- "Tricher avec les loups".

JEA 29/02/2008 12:51

Sur le site du "Monde", ce 29 à 11h29 :- "Au cœur d'une récente polémique en Belgique depuis qu'historiens et membres de la communauté juive ont relevé des invraisemblances, Misha Defonseca a fini par avouer qu'elle s'était "raconté une autre vie".

JEA 29/02/2008 12:30

Réaction de Bernard Fixot, éditeur français de "Survivre..." :- "C’est une tristesse épouvantable qui m’envahit... Mais je me dis que j’ai de la chance d’être à ma place, et pas à la sienne : elle doit se débattre avec des demi-vérités, des mensonges et une grande souffrance qui vient de sa jeunesse. Elle s’est construit une histoire avec toute cette souffrance, qui ferait d’ailleurs un autre document, ou un autre roman. Mais non, c’est d’une tristesse, d’un désastre…"