P. 228. Lettre de Yaël Reicher au Bourgmestre de Boortmeerbeek

Publié le par JEA

"Estimeriez-vous que la mémoire du Convoi XX doive être métamorphosée en panégyrique de la Commune de Boortmeerbeek ?"

Présidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures, Yaël Reicher a écrit le 10 avril dernier (1) un courriel au Bourgmestre de Boortmeerbeek et ce dans la perspective de la cérémonie prévue dans cette Commune le 13 avril (2).

Ce dimanche en effet, était rappelé le convoi XX parti de Malines le 19 avril 1943 vers Auschwitz. Dans les wagons à bestiaux, sont enfermés 1.631 Juifs dont 262 enfants. Ce convoi emporte le plus jeune bébé déporté de Belgique : Suzanne KAMINSKI, née le 11 mars 1943 (n° 215) et le doyen des déportés depuis le Sammellager de Malines : Jacob BLOM, né le 7 août 1842 (n° 584).

L'histoire de ce convoi est littéralement extraordinaire car 231 Juifs du transport vont s'en évader avant qu'il n'atteigne la frontière avec l'Allemagne.

Les premiers de ces fugitifs vont sauter dans la nature entre la gare de Boortmeerbeek et Wespelaer. Trois jeunes hommes (et non un groupement de résistance organisé et ayant planifié cette opération) vont "tout simplement" arrêter le convoi avec une lampe tempête agitée en guise de signal impératif de danger.

Ces trois héros intrépides s'appelaient Jean FRANKLEMON, Georges LIVSCHITZ et Robert MAISTRIAU. Seul le second était armé, et encore, avec un petit revolver 6,35. Il sera hélas fusillé en février 1944.

Selon l'estimation de Maxime STEINBERG, "une bonne quinzaine de déportés" s'échappent du wagon ouvert de l'expérieur par Robert MAISTRIAU. Mais d'autres évasions vont suivre. Elles sont rendues possibles grâce à des outils emportés depuis Malines : pince, barre de fer, scie, lime... Dans ce convoi XX, l'un des wagons se distingue d'ailleurs comme celui dit "de la résistance". Au Sammellager de Malines, Eva FASTAG (3) avait "manipulé" les listes de déportation pour permettre à des
résistants de rester rassemblés. Six ou sept figureront ainsi parmi les évadés.

Enfin, se distingue la courageuse conduite du machiniste Albert SIMON. Comprenant que des déportés tentent de se sauver coûte que coûte, ce cheminot ralentit au maximum le convoi, ainsi en mettant systématiquement au pas la locomotive pour les franchissements de passages à niveau, en freinant dans les courbes, et même en s'arrêtant une demie-heure à Borgloon dans l'attente d'un changement de signalisation...

Les Shutzpolizei (souvent confondus avec les SS) vont tuer 20 des Juifs ayant sauté du train. Une nonantaine d'évadés seront ensuite repris. Cependant, parmi celles et ceux qui échappèrent aux recherches, se détache la personnalité de Simon GRONOWSKI. Il avait 11 ans lorsqu'il s'échappa du convoi où restèrent sa mère et sa soeur disparues ensuite à Auschwitz. Ses souvenirs sont publiés par les Editions Pire sous le titre de : "L'enfant du 20e convoi". Avec une adaptation pour les enfants de primaire : "Simon, le petit évadé". (4)

Ce 13 avril 2008, la Commune de Boortmeerbeek invitait donc à une cérémonie du souvenir. Présidente de l'Association pour la mémoire du Judenlager des Mazures, Yaël Reicher s'est adressée au Bourgmestre dans cette Lettre :

Yaël Reicher (photo JEA)


- "Ter attentie van
de Heer Michel Baert
Burgemeester van Boortmeerbeek 

Beste Heer Burgemeester,
Beste Heer Baert, 

In het kader van de geplande ceremonie in Boortmeerbeek zondag 13 april aanstaande ter nagedachtenis van het XXste jodentransport, had ik graag op een paar punten willen reageren, als zijnde iemand die zich zal blijven inzetten opdat men de gruwelen van de jodenvervolgingen nooit vergeet, die zich zal blijven mobiliseren tegen de onverdraagzaamheid van het racisme en antisemitisme, maar ook hulde brengt aan de ongelooflijke moed van de weinige weerstanders, die hun eigen leven maar ook dat van hun familie op het spel zetten, om onbekende slachtoffers het leven te redden. 

De onkels van mijn echtgenoot heten Maurice Tzwern en Michel Moszkowitz. Mijn schoonvader heet Bernard Tzwern. Deze drie broers waren de zonen van Mevrouw Hena Wasyng, één van de weinige overlevenden van het XX-ste konvooi. Maurice Tzwern heeft een paar jaar geleden, ter nagedachtenis van het XX-ste konvooi en van zijn moeder, het initiatief genomen om het tweede monument, waarnaar u pronkend vermeld in uw algemene communicatie, met eigen financiële middelen op te richten. Hij heeft enkel gevraagd om een klein schild te plaatsen opdat men zou weten door wie dit geschonken was en door welke artiest het monument gemaakt was. Dit is nooit gebeurt. Maurice Tzwern heeft ook een brief aan u gericht, waarop nooit is geantwoord. Ter uwer informatie, de artiest die dit monument gemaakt heeft, heet Etienne De Smet. 

Meer nog. Toen Maurice Tzwern foto's van zijn moeder, Hena Wasyng, die hij gefotografeerd heeft toen zij aanwezig was op de 1ste herdenkingsplechtigheid in Boortmeerbeek, aan de Heer Michiels uitgeleend had, ter documentatie omtrent het XX-ste konvooi en hij ze graag terug wou hebben, kreeg hij als antwoord "ik heb geen tijd - kom ze maar zelf halen". 

Op de website van de Gemeente Boortmeerbeek staat geschreven : "De gemeente Boortmeerbeek wil de jaarlijkse herinnering aan het XX-ste konvooi in het teken stellen van vrede, solidariteit, verdraagzaamheid en respect voor iedere medemens".  

Bernard, Maurice en Michel, zonen van Hena, één van de weinige overlevenden van het XX-ste konvooi, worden niet meer uitgenodigd op de ceremonie ter nagedachtenis van hun eigen moeder omdat Maurice gereageerd heeft in het teken van vrede, solidariteit, verdraagzaamheid en respect tegen de concerten van neo-nazis die de Gemeente Boortmeerbeek heeft toegestaan op de plek zelf waar de enige Belgische akte van weerstand om een jodentransport tegen te houden tijdens de tweede wereldoorlog heeft plaatsgevonden. De reactie van Maurice paste opeens niet meer in het kader.

Wat een prachtig initiatief was van de Heer Robert Korten (5), heeft geen 'raison d'être' meer indien de grondprincipes van vrede, solidariteit, verdraagzaamheid en respect door de opvolgers zelfs niet begrepen worden. De mobilisatie tegen onverdraagzaamheid is primordiaal, maar het begint bij respect. Indien men hiervoor geen gevoel heeft, worden neo-nazis toegelaten, monumenten gefinancierd door privé-personen gewoon klakkeloos opgeëist door de Gemeente, drie joodse zonen van een overlevende geschrapt van de uitnodigingslijst omdat ze zich zouden geuit hebben over onverdraagzaamheid in uw Gemeente. 

Vindt u dan ook niet dat de herdenking ter nagedachtenis van het XX-ste konvooi zich enkel gemetamorfoseerd heeft in een puur lofbetoon aan het Boortmeerbeekse Gemeentebestuur zonder enige inachtname en begrip van de op uw eigen website vernoemde basisprincipes van vrede, solidariteit, verdraagzaamheid en respect

Met vriendelijke groeten," 

Yaël Reicher (Tzwern)
Présidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures
 


Le second monument de Boortmeerbeek, don notamment de Maurice Tzwern, oeuvre d'Etienne De Smet (photo site Boortmeerbeek, voir liens).


- "A l'attention de
Monsieur Michel Baert
Bourgmestre de Boortmeerbeek  

Cher Monsieur le Bourgmestre,
Cher Monsieur Baert,

Dans le cadre de la cérémonie prévue à Boortmeerbeek ce dimanche 13 avril prochain en souvenir du Convoi XX de juifs, je voudrais réagir sur quelques points, comme toute personne qui ne peut rester indifférente et oublier les atrocités des persécutions vis-à-vis des juifs, qui veut rester mobilisée face à tout ce qu'ont d'intolérable le racisme et l'antisémitisme, mais aussi qui rend hommage à l'incroyable courage d'une poignée de résistants ayant, au risque de leur vie mais aussi de celle de leur famille, sauvé celles de victimes inconnues d'eux.

Les oncles de mon époux ont pour noms Maurice Tzwern et Michel Moszkowitz. Mon beau-père s'appelle Bernard Tzwern. Ces trois frères sont les fils de Madame Hena Wasyng, l'une des quelques survivantes du Convoi XX. Voici quelques années et en mémoire du Convoi XX et de sa mère, Maurice Tzwern a pris l'initiative d'un second monument que vous mettez en valeur dans votre communication communale mais qu'il a financé sur ses seuls deniers. Il avait seulement demandé qu'il soit fait discrètement mention à propos de ce monument de son donateur et de l'artiste l'ayant conçu. Ce qui n'a jamais été pris en considération. Maurice Tzwern vous a d'ailleurs interrogé par courrier à ce propos. Sans recevoir la moindre réponse. Pour votre information, l'artiste s'appelle Etienne De Smet.

Plus encore. Maurice Tzwern avait photographié sa mère, Hena Wasyng, lors de la première manifestation du souvenir à Boortmeerbeek. Ces clichés mis sur toile, il les avait confiés à Monsieur Michiels recherchant de la documentation sur le Convoi XX. Comme il était souhaité le retour de ces documents, la seule réponse obtenue fut : "je n'ai pas le temps, qu'il vienne les reprendre lui-même."

Sur le portail officiel de la Commune de Boortmeerbeek, figurent ces lignes : "La Commune de Boortmeerbeek veut chaque année marquer le souvenir du Convoi XX aux noms de la paix, de la solidarité, de la tolérance et du respect de tous nos semblables

Bernard, Maurice et Michel, les fils de Hena, l'une des rares rescapées du Convoi XX, ne furent plus invités aux cérémonies du souvenir (y compris de leur propre mère) au motif que Maurice avait réagi aux noms de la paix, de la solidarité, de la tolérance et du respect, face aux concerts de néo-nazis que la Commune de Boortmeerbeek a acceptés là-même où se déroula l'unique acte de résistance en Belgique face à un convoi de déportés juifs - et ce, pour toute la Seconde guerre mondiale. La réaction de Maurice ne s'inscrivait plus dans ce contexte.

Quelle magnifique initiative que celle de Monsieur Robert Korten (5) et qui n'avait d'autres raison d'être que les principes universels de la paix, de la solidarité, de la tolérance et du respect que ses successeurs eux-mêmes n'ont pas compris. La mobilisation contre l'intolérance est essentielle, elle commence par le respect. Si en effet, on y reste insensible :
- on permet des manifestations des néo-nazis,
- un monument financé sur des fonds privés est récupéré mais sans même que la Commune fasse état du donateur et de l'artiste,
- trois fils de rescapée sont rayés de la liste des invités aux cérémonies du Convoi XX pour cause de dénonciation de l'intolérance dans votre Commune.

Estimeriez-vous que la mémoire de ce Convoi XX doive être métamorphosée en panégyrique de la Commune de Boortmeerbeek sans tenir compte le moins du monde ni comprendre les principes de base inscrits sur votre propre portail : la paix, la solidarité, la tolérance et le respect d'autrui ?" (6) 

Yaël Reicher (Tzwern)
Présidente de l'Association pour la mémoire du Judenlager des Mazures
 


NOTES :

(1) Sans réponse avant cette mise en page sur le blog.
(2) Lire page 226.
(3) Discours page 36 du blog.
(4) Voir "Livres" du blog.
(5) Ancien résistant, animateur du cercle d'Histoire de Boortmeebeek : le « Heemkring ». A l'initiative des cérémonies du Convoi XX.
(6) Traduction aussi fidèle que possible de J-E Andreux.   

 

 

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SILVAIN GILBERT (SILBER) 04/10/2009 14:19


je vous felicite. mon pere Jozef Silber a saute du 20eme convoi par ses propres moyens.
il est alle chaque annee a la commeration a Boortmerbeek.
je suis scandalise par la conduite de ce bourgmestre : la deportation des juifs d'anvers organise avec l'aide du bourgmestre d'Anvers n'a pas servi de lecon.

vous pouvez me contacter au email ci dessus.
 


Johannes BLUM 08/03/2009 19:05

Madame,bien entendu que je marque mon accord avec vous.                         Johannes Blum

JEA 08/03/2009 19:11


Merci à vous et pour votre commentaire très intéressant et pour votre acceptation de correction d'une coquille risquant de déformer votre pensée.
Votre prise de position est transmise sans retard à la Présidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures.


Johannes BLUM 08/03/2009 18:51

Madame Reicher,je découvre votre lettre adressée à Mr. Michiels et je ne peux souscrire à vos rémarques surout en ce qui concerne la communication inexistante avec Mr. Michiels qui semble gérer cette commémorations étant enfermé dans une forteresse n'appréciant pas du tout la moindre critique, rémarque ou observation.Je lui avais écrit il y a deux par deux ,trois fois en lui demandant de faire parler les intervénants dans les deux langues et d'une manière équilibrée car l'attaque du vingtième convoi est un fait belge operé par des résistants belges qui luttaient comme d'autres pour la libération de la Belgique.Je n'ai jamais reçu une reponse de ce Monsieur.Lors du "vernissage" des panneaux affichant les photos des déportés du XX e convoi en face du Palais du Roi ici à Bruxelles j'ai pu m'adresser directement de vive voix à Mr. Michiels en ce qui concerne la question évoquée ci-dessus et Mr. Michiels me faisait savoir que faire entendre des discours en français à Boortmeerbeek y rencontrerait des sérieux obstacles car la cérémonie dans sa forme actuelle (95 % en flamand) provoquait déjà quelques difficultés. Mr. Michiels ne m'a pas précisé le genre des difficultés, il faut donc croire que l'initiative elle-même ne rencontre pas un consensus général.Lors de la cérémonie je me sens pris en ôtage pour une cause qui n'était pas celle que défendait les trois résistants qui ont arretés le XX e convoi .                            avec mes meilleurs sentiments                                       Johannes Blum

JEA 08/03/2009 18:59


Pardon mais je suppose que vous avez voulu écrire :
- "je ne peux QUE souscrire à vos remarques..."