P. 25. La Kazerne Dossin : le Sammellager de Belgique

Publié le par Jean-Emile Andreux

Au JMDV de Malines…

Dans les murs du "Sammellager" de la Kazerne Dossin à Malines, d’aucuns ont cru bon et estimable d’établir une suite d’appartements. On suppose que le sommeil des nombreux habitants actuels n’est point trop troublé par les souvenirs imprégnant ces lieux. Ceux des milliers de Juifs mais aussi de centaines de Tziganes qui furent enfermés dans cet unique centre de rassemblement en Belgique avant leur départ sans retour pour Auschwitz.

Restent un Musée aux dimensions réduites et des greniers pour les archives, la documentation et les recherches.

En 2002, quand débutèrent les travaux sur le Judenlager des Mazures, le tout premier document original sorti « de la nuit et du brouillard » à ce sujet, figurait dans les archives de ce Joods Museum van Deportatie en Verzet (Musée juif de la déportation et de la résistance). Avec l’aide de Laurence Schram, archiviste-historienne du JMDV, remonta donc à la surface de l’oubli, la première mention du Judenlager des Mazures. A savoir une attestation rédigée par un entrepreneur allemand au nom d’un déporté mis au travail forcé pour l’Organisation Todt aux Mazures.

Ce document ouvrait à lui seul tout un éventail de directions à étudier :

-Un premier nom de déporté, Ferdinand Topper. 287 autres finiront par le rejoindre. Sans oublier 103 épouses et 121 enfants… Outre cette identité, la date et le lieu de naissance (Anvers, le 24 février 1903) ainsi que l’adresse à Anvers. Tous les "Mazurois" y étaient domiciliés au 10 mai 1940...

- Le nom d’un employeur aux Mazures : l’Allemand Scholzen. Deux autres viendront plus tard, ceux de Français, collaborateurs économiques, de Paris et de Revin.

- Un cachet de l’Organisation Todt avec la mention « OT Lager Les Mazures » qui attestait de l’existence de ce camp « oublié » jusque-là.

- Une date : la mise au travail forcé de Ferdinand Topper le 18 juillet 1942. Date qui va s’avérer être celle d’un convoi de Juifs de Belgique mis au service de l’OT en France. Parti d’Anvers, à cette date précise, ce convoi arriva le jour même à la gare de Revin (Ardennes de France)…Jusqu’à cette lettre, les historiens de la Shoah en Belgique avaient relevé 7 autres convois de Belgique pour le Nord de la France (4 d’Anvers, 1 de Bruxelles, 1 de Charleroi, 1 de Liège). Pas celui vers Les Mazures.

Copie de la lettre figurant aux Archives du JMDV


Bref, le JMVD a tenu pleinement son rôle de base et de stimulant pour les recherches sur Les Mazures. Après s’ensuivit l’irremplaçable Service des Victimes de la Guerre à Bruxelles avec les dossiers individuels des déportés mais ce n’est pas le sujet de cette communication.

Car ce Musée se trouve dans l’œil d ‘un cyclone historico-politique.

A moins de sombrer dans le révisionnisme le plus aberrant, impossible de nier le caractère spécifique de la Kazerne Dossin. A savoir la mise entre ces murs des Juifs et des Tziganes de Belgique pour la constitution des convois vers Auschwitz. Donc un mécanisme essentiel de la Shoah à l’échelle du Royaume (et du Nord de la France rattaché au haut commandement militaire de Bruxelles). Les lieux de mémoire (1940-1945) ne pullulent pas en Belgique. Breendonk : camp de concentration. Dossin pour les déportations raciales. Deux faces hideuses et complémentaires du nazisme, avec leurs spécificités. Or un projet fut déposé en novembre dernier par une commission d’historiens au rang desquels ne figurait pas – assez extraordinairement – Maxime Steinberg, l’historien de la persécution des Juifs de Belgique. Portant le titre de « Transit Mechelen », ce projet tendait à transformer Dossin en melting pot (le mot est certes vulgaire mais volontairement choisi) des génocides dans l’histoire mondiale.

Que l’on veuille bien nous accorder que les génocides des Arméniens et des Tutsi ont reçu une juste place dans ce blog (voir dans les Actualités). Et que jamais ici, il n’a été tenté de dresser d’indécentes échelles de valeurs ni de se livrer à des compétitions odieuses entre les horreurs des crimes contre l’humanité. Mais sans pour autant les confondre. Ni les amalgamer.

L’histoire de la Kazerne Dossin ne peut se retrouver diluée. Elle a sa place là et nulle part ailleurs !

Le Président de l’actuel JMVD, Nathan Ramet, rescapé d’Auschwitz, résume comme suit les suites à donner à ce projet « Transit Mechelen » : « Nous ne voulons pas de polémiques avec les historiens qui remettent en question l'existence même du Musée de Malines dont ils combattent la spécificité juive. Nous sommes en train de négocier l'élargissement du Musée avec le gouvernement flamand auquel nous avons fait part de nos remarques à propos de Transit Mechelen…Notre «popularité» nous incite depuis longtemps à souhaiter un élargissement : accroître l’espace de nos locaux, développer notre parcours, élargir nos activités scolaires, améliorer l'accès aux archives, etc. Le 26 janvier dernier à Anvers, dans son discours prononcé lors de l'hommage aux victimes de la Shoah, le Ministre-Président Yves Leterme a affirmé que le gouvernement flamand s'engageait à soutenir l'élargissement de notre Musée et qu'il était hors de question de toucher à la spécificité de ce lieu de mémoire de la Shoah. » (lire : « Pérenniser la mémoire de la Shoa », article de Roland Baumann dans les derniers « Regards » du CCLJ).

En souvenir aussi des 228 déportés reconduits des Mazures à Malines pour les convois XV, XXI et XXIIB, des 103 épouses et des 121 enfants ayant subi la Kazerne Dossin avant Auschwitz, qu’il soit permis de confirmer que le projet « Transit Mechelen » est… déplacé. Et s’il importe effectivement de soutenir le travail de mémoire actuellement en cours à Malines, que ce soit en l’amplifiant mais dans le respect de l’histoire de la Shoah.

Publié dans Actualités

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