P. 35. XXe convoi et enfants victimes de la barbarie

Publié le par Jean-Emile Andreux

Boortmeerbeek : 23 avril

La télévision brillait par son absence et la presse écrite n'y accordera sans doute pas des articles de fond. Mais la cérémonie de Boortmeerbeek, le dimanche 23 avril, marquait non seulement le souvenir des trois héros qui arrêtèrent le XXe convoi parti de Malines pour Auschwitz...Mais aussi la mémoire des déportés qui osèrent alors s'évader...(voir article sur ce Blog)...Mais encore cette cérémonie fut-elle élargie à tous les enfants victimes non seulement de la Shoah mais de toutes ces autres barbaries qui font parfois douter des progrès de l'humanité.

"Enfant évadé" de ce XXe convoi, Simon Gronowski prononça ce discours taillé dans la pierre brute des mots pour en dégager un message à la force et à la sagesse inoubliables :

"Il y a bien longtemps de cela, 63 ans... ! Mais ce drame d'hier, d'aujourd'hui et de demain, il est impossible de l'oublier.

Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Simon. Il vivait heureux avec ses parents et sa grande soeur Ita à Bruxelles, dans un beau pays, la Belgique. Il faisait parfois des bêtises mais il était très gentil et les gens l'aimaient bien. Il allait à l'école, aux scouts, au cinéma. Il aimait Laurel et Hardy, Robin des Bois, Blanche-Neige, Tarzan, King-Kong, Fernandel. Il lisait beaucoup.

Sa soeur étudiait le latin et le grec, jouait du piano, écrivait des poèmes, dessinait, aimait le jazz et apprenait tout ce qu'elle pouvait à son petit frère qu'elle adorait. 

C'était un enfant ordinaire d'une famille ordinaire mais un jour on a voulu le tuer pour une seule raison: il était juif.  

On l'a pris, on l'a mis dans un cachot, puis dans une caserne.

Dans cette caserne, il y avait beaucoup d'enfants. C'est normal: dans un génocide il faut surtout tuer les enfants car les enfants sont l'avenir d'un peuple.  

Avec tous ces enfants, Simon ne s'ennuyait pas. Lors des appels dans la cour, les hommes devaient se mettre en rang par trois, au garde-à-vous. Les enfants en étaient dispensés. Simon restait alors dans sa salle ou rejoignait des petits amis dans une autre. Ce n'est qu'après le deuxième appel, à 14h30, qu'on pouvait se détendre et se promener. Simon courait alors dans la cour avec d'autres enfants. Un jour, poursuivi par un petit copain, il cogna légèrement le SS BODEN, qui le repoussa de sa cravache sans lui faire mal. 

Sachant que sa seule chance de s'échapper était de sauter du train, Simon s'entraînait avec des camarades à sauter de la couchette du haut. 

Quand on l'a mis dans le train, il ne savait pas qu'il était condamné à mort et conduit sur les lieux de son exécution. Mais lui, petit louveteau débrouillard, a sauté du train et s'est enfui. Il avait juste onze ans et demi. Malheureusement, ils ont tué ses parents et sa soeur et il est resté seul. 

Alors il a voulu oublier le passé et vivre pour le présent et l'avenir, pour la joie et l'amitié.Il a fait des études et maintenant il est père et grand-père. 

Pendant plus de 50 ans, il n'a presque pas parlé du passé. Il parle maintenant car il doit témoigner de ces crimes. Il voudrait que les révisionnistes aient raison car en ce cas il aurait gardé sa famille.

Il veut remercier les héros qui l'ont sauvé au péril de leur vie et en ont sauvé beaucoup d'autres.

Il parle au nom des victimes de la barbarie. Dans le 20e convoi, il y avait 262 enfants. Il parle pour tous les enfants victimes de la barbarie. Il pense à Ilan Halimi et Joe Van Holsbeek, également enfants victimes d'une barbarie.  

Il dit aux jeunes d'aujourd'hui : gardez notre patrie, la Belgique, comme elle est, libre, démocratique, pacifique, tolérante, pour que vous, vos enfants et petits-enfants ne connaissiez pas un jour la barbarie comme il l'a connue. 

Moi, "Simon, le petit évadé" devenu grand, je dis aux enfants de mon pays:

Travaillez bien à l'école car vous êtes la Belgique de demain.

Aimez vos parents, vos frères, soeurs, familles, vos amis, vos professeurs.

Aimez votre pays. Respectez les autres, soyez tolérants. Soyez heureux.

Paix et amitié entre les hommes !"

Simon GRONOWSKI (voir laboiteaimages.be)

                                                                                       

Publié dans Boortmeerbeek

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