P. 41. Les Mazures à Auschwitz

Publié le par Jean-Emile Andreux

Au Musée belge d'Auschwitz ...

Le 7 mai a été inauguré à Auschwitz, le Musée belge - rénové -. L'Agence Belga a résumé comme suit cet événement :

"Le premier ministre Guy Verhofstadt a inauguré dimanche 7 mai en Pologne le nouveau musée belge consacré à la déportation des Juifs et des Tziganes vers le complexe génocidaire d'Auschwitz. Etabli au premier étage d'un bloc dortoir du camp de concentration Auschwitz I, le musée a été rafraîchi de fond en comble par l'armée belge. Composé de trois salles, le musée comprend une quarantaine de panneaux de plus de trois mètres de haut. Ces panneaux racontent l'histoire de la persécution, des rafles et des convois partis pour l'horreur pendant la seconde guerre mondiale."

Elaborant le contenu de ces panneaux, Maxime Steinberg - historien de la persécution des Juifs de Belgique - et Laurence Schram - archiviste du JMVD de Malines - ont voulu que ne soit pas oubliée la mise au travail forcé de Juifs pour l'Organisation Todt. Tous deux se sont interrogés sur l'existence de photographies de l'unique Judenlager de Champagne-Ardenne ?
Mais seules trois photos prises au Judenlager des Mazures entre 1942 et 1944 nous sont connues à ce jour. Elles ont été sauvées par un des évadés des Mazures : Josef Peretz. Et furent transmises au fond des recherches par le fils d'un autre évadé, Michel Grün.

Dans l'ordre chronologique, le premier de ces clichés n'est hélas pas présentable sur une grande surface. A peine plus grand qu'un timbre poste, il montre dans une relative pénombre des déportés aux premières semaines du Judenlager. La construction du camp se situe entre juillet et fin octobre 1942. Et dans son attente, les Juifs anversois se trouvent logés dans une fonderie désaffectée et portant le nom de l'ancien propriétaire Henon. Ce cliché l'atteste. Il a été présenté lors de la dernière conférence donnée à la Bibliothèque centrale de Charleville.


S'expliquant par les conditions dans lesquelles elles ont été prises, les deux autres photos sont elles aussi de piètre qualité technique. Mais néanmoins supportent-elles un agrandissement plus conséquent.
Ainsi, un groupe de 32 déportés a-t-il posé sur le terre-plein central du Judenlager. Pour situer dans le temps ce document : deux dates butoirs. La construction du camp s'est terminée fin octobre 1942, or les 32 sont en chemise devant une baraque. Et à voir leur nombre, on peut supposer que leurs camarades ont déjà été renvoyés à Malines pour le convoi XV du 24 octobre. Reste donc l'été 1943...Mais après le 17 juin, date de l'évasion d'Albert Keyzer, Josef Koganovitsch et Henry Susskind. Tous trois ne posent pas au sein du groupe...
A noter que, de droite à gauche et accroupi, le cinquième déporté porte l'étoile jaune. Il s'agit d'Herman Zalsberg qui s'évadera du kommando de Revin le 4 janvier 1944...


Le troisième cliché figura dans une présélection pour le Musée d'Auschwitz. La direction du Judenlager était bicéphale : un sturmbanhführer SS et un lagerführer OT. Celui-ci, Dhöring, fait face à Josef Peretz qui s'évadera de la gare de Charleville, le 5 janvier 1944. Avant le départ du seul convoi vers Drancy des Juifs des Ardennes : ceux habitant dans le département avant guerre et raflés. Ceux des colonies agricoles de la WOL. Et ceux des Mazures...

Réfugié auprès du chef de gare de Revin, Léon Devingt, l'évadé sera pris en charge par la résistance française. Josef Peretz vit aujourd'hui à Toronto Canada.

Ce dernier cliché n'a cependant pas été retenu ainsi que l'explique Laurence Schram :

"Je suis au regret de vous dire que nous n'avons pas utilisé de photos du camp des Mazures. Celles dont nous disposions grâce à vous ne montraient pas les hommes au travail. Donc, nous avons utilisé un photo du CEGES montrant des hommes anonymes au travail, ainsi qu'une photo de gardiens de l'organisation Todt qui nous a été procurée par Yves Le Maner, de la Coupole. Mais la mise au travail pour l'organisation Todt dans les Ardennes françaises est néanmoins évoquée sur le panneau relatif au transport n° 15."

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