P. 44. Hommage à Emile Fontaine

Publié le par Jean-Emile Andreux

Le 16 septembre, Aubenton aura sa rue Emile Fontaine

Le 16 septembre prochain sera inaugurée à Aubenton (Aisne), une rue Emile Fontaine. Celle qui part de cette localité vers Besmont. La rue par laquelle, le 3O mars 1944, il fut emmené par la Gestapo :

"Le 30 mars 1944 dans l'après-midi, nous sommes deux ou trois jeunes sur la Place St-Nicolas à Aubenton. Avec trois hommes à bord, une traction avant arrive. Elle n'a pas les roues jaunes comme celle de la Gestapo de Charleville que nous connaissons. La traction s'arrête devant le café d'Emile Roget.

Un des passagers entre et dit qu'il cherche Fontaine de la part de Mathieu. Emile était dans la cuisine. Il entend un nom de son réseau et se montre dans la salle du bistrot. "On a besoin de toi pour la Résistance. La Gestapo fait une descente", lui dit l'homme. Les voilà partis sur la route de Besmont. Nous les voyons passer tous les quatre. Peu avant Besmont, une second traction les a doublés. Mais celle-ci a les roues jaunes de la Gestapo. Alors, Emile aurait voulu sauter. Peut-être prendre son revolver ? Ils l'ont descendu." (Témoignage de Jean Peccavet, recueilli à Aubenton le 4 mars 2003).

Pour mieux comprendre les circonstances de cette mort, à l'âge de 39 ans, Georges-Henri Lallement, adjoint dans la résistance d'Emile Fontaine, insiste :

"Malheureusement, Emile Fontaine fut abattu par la Gestapo le 30 mars 1944. Lui et moi, nous nous étions fait la promesse réciproque de ne jamais tomber vivants dans leurs mains. A partir de ce jour-là, nous avions toujours une balle dans le canon de notre revolver...Et finalement, Emile est tombé l'arme à la main, en vrai Résistant." (Témoignage écrit, 15 septembre 2004).

(Photo d'identité dans "L'Ardennais" du 16 décembre 1946)

 

Emile Fontaine était originaire de Wignehies, dans le Nord où il était né le 10 février 1905 d'un père et d'une mère herbagers. De 1914 à 1918, son père connut les rigueurs du travail forcé dans les mines de Silésie en tant que prisonnier de guerre. Le fils se trouve dès lors dans l'obligation d'abandonner très tôt ses études pour venir en aide à sa mère et pour empêcher que la fermette familiale ne péricilite.

Le premier conflit mondial prend fin alors qu'Emile, autodidacte obligé, n'a pas encore 14 ans. Après le retour de son père, le garçon entre comme apprenti chez un maréchal-ferrant de Wignehies. Son mariage avec Julia Barbay va conduire le couple à prendre en charge sa propre fermette, toujours à Wignehies. Couturière, son épouse provient de Belgique, de Verviers plus précisément. Outre les travaux fermiers, Emile s'engage dans le syndicalisme agricole.

Adrienne (Fontaine) naîtra du couple qui se sépare néanmoins en 1937. Lui émigre alors du Nord vers l'Aisne. Il décroche un emploi de démarcheur à la Coopérative agricole d'Aubenton et s'installe dans une impasse. Celle-ci était située à l'arrière même de la Coopérative et donne sur la future rue Emile Fontaine. Là, il fera la connaissance d'Annette Pierron avec laquelle sera conçue Annie (Determe).

Eclate la Seconde guerre mondiale. La France s'écroule. Vichy en profite pour instaurer un régime d'extrême droite et collaborateur. Emile Fontaine ne figurera pas dans les rangs des attentistes :

"Il entre dans la résistance dès 1941. Fidèle à ses choix politiques, il avait choisi le pseudonyme de "Tanguy", du nom d'un ministre socialiste. Fin décembre 1942, il a pris la succession d'Adrien Fournaise de Liart et qui dirigeait la résistance pour les secteurs de Rumigny, Signy-l'Abbaye, Aubenton et Rozoy. Adrien avait été dénoncé, il décèdera en déportation.

Un jour qui se situe dans la seconde moitié de 43, Emile Fontaine se rend en camion dans une colonie agricole de la WOL à Château-Porcien. Au chef de culture, il propose une bouteille de Cognac, arme efficace qui enivre l'Allemand. Emile en profite pour charger le camion de produits agricoles. Ceux-ci étaient destinés aux maquis des forêts environnantes. S'y cachaient notamment des réfractaires au STO et des aviateurs alliés abattus qu'il fallait renvoyer vers l'Angleterre. Mais sur la route du retour survient un contrôle de gendarmerie. Emile ne peut forcément pas expliquer à qui ce chargement est destiné !

Il se retrouve accusé de marché noir, emprisonné à Rethel puis interné aux Mazures. C'est là qu'il laisse ses coordonnées aux juifs en leur promettant de les aider en cas d'évasion." (Témoignage de G-H Lallement à Charleville-Mézières le 21 janvier 2003).

Ainsi se croisent les destins du Résistant et de Juifs des Mazures, évadés qui lui devront la vie. Cette histoire réellement extra-ordinaire sera retracée sur les prochaines pages du Blog. 

 

 

 

 

 

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phillippe 18/05/2006 11:11

Sur E. Fontaine, on peut consulter aussi le livre d'Alain Nice, Tavaux, hitoire d'une tragédie. Sur G.H. Lallement, successeur de Fontaine, voir aussi le Terres ardennaises n° 88.Bonne continuation