P. 60. Le 16 juillet 2005

Publié le par Jean-Emile Andreux

Voici un an, était dressée la Pierre du souvenir aux Mazures

Ce monument a été voulu par l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures. Une pierre trouvée à l'abandon dans une vallée ardennaise dite de "Misère" et qui n'a pas été retaillée. La plaque fut réalisée par l'un des derniers artisans du bronze dans le département. Et la Mairie des Mazures offrit un espace sous les chênes bordant l'ancien "camp des Juifs"... Il est remarquable qu'aucun des subsides officiels sollicités en France n'ait été accordé. Ni la région Champagne-Ardenne ni le département n'ont même accusé réception des dossiers leur ayant été remis pour la circonstance.

 

 (sommet de la Pierre)

 

En 2005, ce Blog n'avait pas encore commencé à aligner ses successions de pages. Néanmoins y figure le discours prononcé le 16 juillet par Yaël Reicher, présidente de l'Association et fille d'évadé des Mazures. Les lecteurs ont pu également prendre connaissance des "Parchemins de la reconnaissance" remis à des Ardennais ayant risqué leur vie pour sauver celles de déportés du Judenlager.

Une année s'est déjà écoulée. Le temps de relire l'article publié dans "L'Ardennais" pour garder une trace de cette journée émouvante du 16 juillet 2005 :

"SAMEDI après-midi, à l'ombre de quatre chênes sur les abords du stade de football des Mazures, l'association pour la mémoire du Judenlager du village, associée à la municipalité a inauguré la stèle en hommage à ceux qui sont passés par le camp des Juifs, "l'antichambre d'Auschwitz", à partir du 18 juillet 1942. La présidente de cette association Yaël Reicher, fille d'un survivant de ce camp a rappelé cette histoire très sombre. Le 5 janvier 44, les déportés des Mazures furent directement transférés dans les camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. 237 n'ont pas survécu. « Nous sommes réunis pour nous souvenir, dire non au crime contre l'humanité et à l'extermination d'un peuple qui a dû vivre dans la peur, dans l'avilissement », a évoqué Mme Reicher.

« Sur les 288 Juifs des Mazures, il y en a 24 qui ont pu s'évader, 22 ont survécu, et deux sont encore en vie ». En fait, ces victimes ont pu vivre grâce au courage incroyable de certaines personnes. "Mon père a été sauvé des camps de la mort, c'est un survivant des Mazures", a témoigné Yaël. « En fait, mon père faisait partie des personnes qui ont pu sauter du train quand des gens de la Résistance ont ouvert les portes des wagons. Il a été fortement aidé par Émile Fontaine, une figure de la Résistance, qui malheureusement a été abattu par la Gestapo à la fin de la guerre ».

Parchemins

Lors de la cérémonie d'inauguration de la stèle, des Mazuroises qui avaient eu un comportement héroïque pendant la guerre étaient également présentes. « Je trouve cela terriblement émouvant de rencontrer les gens qui nous ont aidés. C'est comme si un lien très fort du passé nous unissait toujours », commente Mme Reicher. Justement ces personnes des Mazures qui ont aidé à leur manière, à leur échelle et selon leurs moyens, les Juifs du camp ont été récompensées, lors d'une cérémonie qui a suivi à la salle des fêtes.

L'historien, Jean-Emile Andreux qui a exhumé ce passé, et sans qui tout ce pan de notre histoire ne serait pas remonté à la surface, a retracé les faits héroïques de chacun. Mme Colet-Doé, Marguerite Hénon, Marie Arnould représentée par sa fille Alberte Pernelet, un couple M. et Mme Devin, chef de gare de Revin à l'époque, représenté par leur fille, et enfin M. et Mme Doé, représentés par le fils Serge. Un parchemin mettant en valeur leur action courageuse et juste leur a été remis.

Reconnaître les fautes

Ensuite, les officiels ont prononcé chacun un discours. Élisabeth Bonillo, adjointe au maire des Mazures, a lu un message de Mme Cachard, absente. « C'est un devoir de mémoire que d'évoquer la Shoah. C'est une tranche de passé qui est restée longtemps silencieuse, mais aussi parce que ce souvenir était très douloureux dans le village». Après le discours de M. Drummel, conseil général du canton représentant Benoît Huré, et celui de M. Lamenie représentant le sénateur Blin, le sous-préfet de Sedan qui remplaçait le préfet a prononcé également son discours : « Cette stèle rappelle après l'atrocité du terrorisme qui vient encore de frapper combien notre monde civilisé doit lutter contre toute forme d'intégrisme ». Et d'évoquer le camp des Mazures et les fermes ardennaises sous domination de la WOL : « Il n'y avait pas d'encadrement français, mais il faut reconnaître la responsabilité de l'État et les fautes du passé en n'occultant rien des heures sombres de notre histoire ».

Aujourd'hui, le camp des Juifs aux Mazures est passé au grand jour, mais quelque part sous les arbres, une stèle à l'ombre, abrite les coeurs de trop d'hommes et de femmes."

Article signé : Virgine Kiefer  

 

Certains de ces discours officiels méritent d'être relus à la lumière du refus de toute subsidiation régionale ou départementale pour la réalisation du monument.               

 

De gauche à droite :

Josef Koganovitsch, évadé des Mazures, seul survivant actuel avec son camarade Joseph Peretz (habitant au Canada)

Marie-France Barbe, historienne, membre fondatrice de l'Association

Yaël Reicher, présidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures.

 

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