P. 62. Les 16-17-18 juillet 1942

Publié le par Jean-Emile Andreux

64e anniversaire de l'ouverture du Judenlager des Mazures 

Le 18 juillet 1942, 288 Juifs escortés le matin même depuis Anvers, arrivaient aux Mazures via la gare de Revin. Mis à l'entière disposition de l'Organisation Todt, ils furent obligés de construire leur propre camp qui fonctionna jusqu'au 5 janvier 1944. Mais alors que leur travail forcé était destiné à la fabrication de carbobois pour faire rouler des véhicules allemands, la logique génocide de la Shoah l'emporta sur les intérêts économiques de l'occupant et de ses collaborateurs. Les Mazures devinrent ainsi l'antichambre de la mort avant Auschwitz. Les Juifs des Mazures y furent transportés via malines pour le convoi XIV-XV ou via Drancy pour le convoi 66.

Sur les 288 déportés de l'unique Judenlager de Champagne-Ardenne :  

- 237 ont perdu la vie à Auschwitz ou après son évacuation, dans les marches de la mort et autres camps tels que Buchenwald ;

- 26 seulement sont revenus de pitchipoï ;

- 1 seul fut détaché de Drancy au camp annexe d'Austerlitz jusqu'à la libération de Paris ;

- 3 s'étaient évadés des Mazures et eurent la vie sauve ;

- 9 s'échappèrent de kommandos de travail à Revin mais deux d'entre eux furent capturés les armes à la main et fusillés, l'un à Dinant, l'autre à Charleroi

- 2 prirent la fuite depuis la gare de Charleville avant le départ du convoi Charleville-Drancy du 5 janvier 1944 ;

- 10 sautèrent d'un wagon de ce convoi à Sault-lès-Rethel et furent pris en charge par le réseau de résistance d'Emile Fontaine.

Aux 239 morts de Mazures, importe-t-il encore d'ajouter leurs 102 épouses et leurs 121 enfants tous disparus à Auschwitz.

 

 Photo prise le 17 juillet 2006

 

Commémoration à Charleville-Mézières de la rafle du Vel d'Hiv

Les 16 et 17 juillet 1942, une grande rafle menée principalement dans la région parisienne. 13.152 Juifs ont été arrêtés par 9.000 policiers et gendarmes français. 4.115 enfants figurent au nombre des raflés. Toutes les victimes de ces "opérations de ramassage" (vocabulaire des rapports de la Préfecture de Police) sont destinées à Auschwitz via les camps du Loiret et de Drancy.

Ce 16 juillet 2006, le 64e anniversaire de cette rafle s'est déroulé devant la plaque jouxtant le monument aux morts de Mézières et consacrée aux déportés raciaux, victimes non seulement de l'occupant mais aussi de Vichy. Un discours a été prononcé par Jacques NAMER, au nom de la communauté juive des Ardennes :

"Une année de plus depuis le soixantième anniversaire de la libération des camps. Une année, ce n'est pas grand-chose à l'échelle de l'Histoire et pourtant cela représente tant pour les derniers survivants de la Shoah. Combien d'entre eux nous ont encore quittés cette année ?

Leur image restera à jamais gravée dans notre mémoire, eux, véritables héros du 20e siècle, qui ont enduré ce que nul autre n'aurait pu endurer, eux qui sont revenus de l'enfer avec pour seul but de témoigner afin que pareille tragédie ne puisse se reproduire.

Quelle a pu être leur réaction devant le meurtre atroce du jeune Ilan Halimi, quelle a dû être leur tristesse.

61 ans après la Shoah, un jeune homme est mort en France parce qu'il était juif. Quand bien même les motivations étaient crapuleuses, Ilan a été enlevé parce que juif, il a été torturé et massacré parce que juif. Nous espérons vraiment que justice sera faite car autrement, ce serait la mémoire même des victimes de la Shoah qui serait bafouée. Cela signifierait que le combat contre l'antisémitisme serait vain car comment combattre ce qui n'est pas reconnu comme tel.

Hâtons-nous d'honorer aussi les JUSTES de France, sans eux combien de juifs auraient péri dans l'immense massacre organisé par les nazis avec le soutien et la participation du gouvernement de Vichy.

Combien reste-t-il de ces braves, femmes et hommes de courage et de convictions qui ont osé agir au péril de leur vie contre l'occupant et l'appareil gouvernemental de l'époque ?

Nos éducateurs toujours en quête de modèle pour les jeunes générations, ont souvent, près de chez eux, ces héros de l'ombre ; il ne tient qu'à eux de les citer en exemple, leur histoire simple et digne est empreinte de générosité et du respect de la vie.

Des nuages s'amoncellent au Moyen-Orient, le président d'un pays membre de l'ONU va organiser à la fin de l'année une réunion internationale en vue de valider les thèses révisionnistes.

Le même homme cherche à tout prix à conquérir l'arme atomique afin de rayer Israël de la carte. Bien sûr les condamnations de ses propos ont été unanimes mais les plus belles paroles n'ont jamais arrêté les tyrans, l'histoire nous l'a enseigné à diverses reprises. Nous attendons que les grandes puissances mondiales, et l'Europe en particulier, soient fermes sur ce dossier.

Le nombre de Juifs vivant en Israël est très précisément de six millions.

Attendrons-nous, comme il y a soixante et un ans, qu'il soit trop tard pour pleurer leur mort ?"  

 

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