P. 70. Simon GRONOWSKI : prix Condorcet-Aron

Publié le par Jean-Emile Andreux

Ce 25 août ont été remis les prix Condorcet-Aron, au nombre desquels celui attribué à "l'enfant évadé du XXe Convoi".

 

Sur les quatre pages de blog retraçant les cérémonies de Boortmeerbeek en souvenir des évasions du Convoi XX Malines-Auschwitz, l'une portait sur les "enfants victimes de la barbarie" nazie. Simon Gronowski y retrace son itinéraire exceptionnel mais évoque aussi ses si nombreux camarades qui eux, furent des transports jusqu'à pitchopoï pour y disparaître à jamais... Ce rescapé de la Shoah, écrivain et musicien, vient de recevoir au Parlement de la Communauté française de Belgique un prix Condorcet-Aron.

Cette initiative est portée par l'asbl Centre de Recherche et d'Etudes Politiques (CREP) qui "a pour vocation de contribuer à développer une véritable pédagogie de la citoyenneté, de lutter contre l'extrême droite et plus généralement de réaffirmer notre adhésion à une société démocratique en contribuant à promouvoir, notamment sur l'ensemble du territoire de la Communauté Française de Belgique, une éducation à la démocratie en articulant recherche et travail de terrain".

"Inspirés des prix Québécois de la citoyenneté, les prix Condorcet-Aron pour la démocratie s'adressent à toute personne physique ou morale ou association de fait. Ils sont remis chaque année le 26 août, où à défaut à la date la plus proche, en commémoration de la proclamation de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789.

A l'instar des figures qui ont donné leur nom à ces prix, les réalisations primées articuleront réflexions et actions.

Celles-ci auront pour finalité d'aider à une meilleure compréhension de l'espace public, de susciter une capacité d'investissement et d'analyse critique, de contribuer à la diffusion des principes de liberté, d'égalité, de fraternité et plus généralement de toute valeur humaniste."

Voir site ; http://www.crep.be/crep.htm

L'an passé, des prix furent attribués à des institutions ou à des personnalités qui nous sont chères, au premier rang desquelles l'historien de la Shoah, Maxime Steinberg, membre d'honneur de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures :

- Prix Condorcet-Aron de la traduction: le Musée juif de la déportation et de la résistance à Malines.

- Prix Condorcet-Aron du livre: Maxime Steinberg pour "La persécution des juifs en Belgique (1940-1945)" édité aux Editions Complexe et Christian Panier pour "Comprendre la justice" publié chez Academia Bruylant.

- Grand Prix International Condorcet-Aron : Taslima Nasreen et Simone Veil.

 

 

 

Simon Gronowski à la tribune du Parlement de la CF de Belgique

 

Son discours débuta par ces mots :

"Je suis fier et heureux de recevoir ce prix.

Je le dédie à ma mère et à ma soeur, mortes dans la chambre à gaz d'Auschwitz-Birkenau, à mon père, mort désespéré en juillet 1945.

Moi-même, à onze ans, j'ai été jeté dans la cave de la Gestapo avenue Louise, interné un mois à la Caserne Dossin à Malines et déporté le 19 avril 1943 dans le 20ème Convoi.

Par miracle j'ai sauté du train et me suis évadé.

Mes parents avaient commis une faute, une seule, mais grave, non pas de faire, mais d'être, être nés Juifs, un crime qui ne pouvait être puni que de mort.

Ils ont été victimes du fascisme, du racisme, de l'antisémitisme.

 

Depuis lors, je lutte pour les valeurs fondamentales: démocratie, droits de l'homme, tolérance, la paix, amitié entre les hommes:

- pour la mémoire car pour défendre la démocratie d'aujourd'hui, il faut connaître la barbarie d'hier;

- et contre l'antisémitisme dont j'ai été victime.

 

Donc :

- dénoncer les crimes nazis, confondre les négateurs,

- rendre hommage aux victimes d'Hitler, notamment les enfants,

- remercier les héros qui, au péril de leur vie, ont porté secours aux persécutés,

- informer les jeunes qui sont la Belgique de demain, pour qu'ils gardent notre pays comme il est, démocratique, libre et tolérant."

Et de poursuivre en soulignant avec conviction combien la communauté juive ne doit point se refermer sur elle-même et sur ses douleurs mais au contraire entendre et se sentir solidaire des autres souffrances génocidaires (ainsi pour les Tutsis et pour les Arméniens).

Et de conclure à propos du pénible conflit du Moyen Orient, par un appel qui englobe toutes les victimes civiles :

"Je rêve d'un Israël vivant en paix, heureux, en harmonie avec ses voisins, petit par son territoire, grand par son rayonnement moral, culturel, humaniste, car il a tant à apporter au monde."

 

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