P. 74. Les Justes de l'Aisne

Publié le par Jean-Emile Andreux

Avec Emile Fontaine, Annette et Camille Pierron, l'Aisne va compter dix Justes des Nations dans ses livres d'histoire

 

En introduction, le "Dictionnaire des Justes de France" (Edition établie par Lucien Lazare) précise :

"Le concept de "Juste des Nations" est emprunté à la littérature talmudique. Au long des générations, il a servi à désigner toute personne non juive ayant manifesté une relation positive et amicale envers les Juifs. Le Mémorial Yad Vashem décerne ce titre de Juste des Nations aux non-Juifs qui, pendant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, ont aidé des Juifs en péril, dans des circonstances telles qu'elles impliquaient des risques pouvant aller jusqu'au danger de mort, sans recherche d'avantages d'ordre matériel ou autre."

 

Jusqu'à cette année, l'allée des Justes au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem portait 7 noms liés au département de l'Aisne :

 

- Marguerite et Eugène BOUCHARD

Le 4 janvier 1944 n'est pas une date indifférente pour celles et ceux qui se préoccupent de l'histoire du Judenlager des Mazures. En effet, c'est ce jour-là que prévenus - par un garde de la NSKK - d'une déportation imminente, le kommando de 6 juifs détachés à la gare de Revin s'enfuit pour la Belgique. Des rafles se déroulaient alors dans l'Aisne comme en Ardennes. Elles annoncaient aussi la fermeture du Judenlager le lendemain et les convois vers Drancy dont celui du 5 janvier au départ de Charleville... Mais le 4 donc, les parents de Marie-Claude Cahen sont arrêtés à Soissons (Aisne). Agée de 12-13 ans, elle est prise en charge par des voisins dès son retour de l'école et conduite à Crécy-au-Mont auprès d'un instituteur républicain, Eugène Bouchard. Comme la Gestapo ne relâchait pas ses recherches, l'évacuation de Marie-Claude se déroule quinze jours après et ce vers Chamonix. Henri Cholet réussit ce sauvetage.

 

- Jeanne et Henri CHOLET

Leur histoire croise et complète celle du couple Bouchard. En effet, Jeanne Cholet était employée des parents Cahen à Soissons. Quand, pour des raisons de sécurité, il fallut que la toute jeune fille quitte Crécy-au-Mont où la famille Bouchard la faisait passer pour une "nièce souffrante", Jeanne Cholet et son mari Henri, prirent le relais. Ils procurèrent de faux papiers à Marie-Claude et changèrent son apparence physique. Henri monta avec elle sur Paris pour ensuite gagner Chamonix où des amis des Cahen l'abritèrent jusqu'à la libération.

 

- Jeanne JAUQUET

Cette assistance sociale de Soissons entra dans les rangs de la résistance active, notamment en aidant des aviateurs alliés. Quand le 9 octobre 1942, des gendarmes français et des Allemands tentèrent vainement de procéder à l'hôpital de Soissons à l'arrestation du docteur Gabriel Fried (Juif hongrois), elle lui fournit les moyens de fuir en lieu sûr à Paris. Soit auprès du couple Henri et Marie-Thérèse Sérennes (eux aussi reconnus depuis comme Justes). Cette cache s'avéra efficace jusqu'en avril 1943. L'heure fut alors venue pour le docteur Fried d'échapper à l'étau se resserrant autour de lui. Jeanne Jauquet vient alors elle-même le prendre en charge à Paris pour le conduire à Crugny (Marne). Cette résistante sauva non seulement ce médecin dont le seul crime était d'être Juif mais en cette période sinistre,  elle veilla aussi sur l'épouse de celui-ci et sur leurs deux enfants.

 

 - Mr et Mme RASSENEUR

En 2002, l'Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France (FFDJF), proposa à la gare St-Lazare de Paris, une exposition sur les enfants victimes de la Shoah. Un livre d'or était ouvert au public. Parmi de nombreux témoignages émouvants, furent rédigées ces lignes :

«A la famille Rasseneur du village de Courmont (Aisne) qui a sauvé quatre enfants suite à la rafle du Vel' d'hiv. Que Dieu les protège à jamais. Maurice Edelman, sauvé grâce à leur bonté. Merci.»

 

Aux 7 Justes ainsi brièvement présentés, viennent se joindre Emile Fontaine auquel près de 10 pages de ce blog sont consacrées, sa compagne en 1943-1944, Annette Pierron :

 

Annette Pierron (Arch. fam.)

 

et la mère de cette dernière, Camille Pierron, dont la ferme de Buirefontaine (Aubenton - Aisne) servit de centre d'accueil pour des évadés du Judenlager des Mazures mais aussi de cache d'armes. Toutes deux seront présentées sur les futures pages marquant la cérémonie de remises à titre posthume des médailles et des diplômes de Justes des Nations :

 

Camille Pierron (Arch. fam.)

 

Que le Comité français pour Yad Vashem soit remercié pour son aide précieuse lors de la préparation de cette page 72 du blog (et plus particulièrement Jenny Laneurie ainsi que Corinne Melloul). Lire : "Dictionnaire des Justes de France", Edition établie par Lucien Lazare, Préface de Jacques Chirac. Yad Vashem, Jérusalem - Fayard, Paris. 2006.   

 

Publié dans Yad Vashem

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