P. 82. Pour ne pas "choquer" ???

Publié le par Jean-Emile Andreux

La Rue Emile Fontaine à Aubenton ne porte pas la mention "Juste des Nations"

 

Ce blog le répétait en toute bonne foi au long des pages 70 à 73, elles qui annonçaient l'inauguration de la rue "Emile Fontaine" à Aubenton le 16 septembre dernier : la mention "Juste des Nations" devait figurer sur la nouvelle plaque de cette rue.

D'ailleurs, parmi les personnalités rassemblées lors de l'inauguration, se détachait Jean-Charles Levyne, délégué aux cérémonies et représentant le Comité français de Yad Vashem. En déplacement à l'étranger, sa secrétaire générale, Jenny Laneurie avait eu à coeur d'envoyer un message de sympathie. Tandis que le rapporteur du dossier Emile Fontaine à Jérusalem, Lucien Lazare, regrettait de ne pouvoir se rendre en France à la date fixée par la Mairie d'Aubenton (lire son message page 73). 

Quant à l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures, elle était en nombre, y compris Ilan Reicher venu expressément d'Afrique du Sud ! Alors que la plaque allait être dévoilée, l'Association était persuadée qu'Emile Fontaine allait être reconnu dans sa Commune pour avoir sauvé une dizaine de juifs évadés juifs des Mazures. Rien ne laissait présager la suite :

 

 Couverte de plastique noir, la plaque attend d'être dévoilée (photo : JEA)

 

Quelques précisions ne sont pas superflues. Le 14 août, Yad Vashem Jérusalem prévenait par courriel que la Commission des Justes venait d'accorder le titre de "Juste" à Emile Fontaine (de même qu'à sa compagne Annette Pierron et à la mère de celle-ci, Camille Pierron, lire la page 70).

Informé par téléphone le 16 août, le Maire d'Aubenton convoquait une réunion le 21. Il y fut déclaré que le devis concernant la plaque à inaugurer le 16 septembre, venait seulement d'arriver en Mairie. Dès lors, aucun obstacle ne s'opposait à l'ajout du titre "Juste des Nations" sous le nom d'Emile Fontaine. Que l'on permette un détail nullement trivial. Consciente de ce que la Mairie soit ainsi sollicitée un mois seulement avant l'inauguration, l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures proposait de prendre à sa charge la fabrication de ladite plaque... Mais s'inclina en ne pouvant que remercier, quand il fut répété qu'aucun problème ne se posait en la matière.

Hélas, quand la seule plaque de la rue Emile Fontaine fut offerte au soleil pâle du 16 septembre, elle ne pouvait que surprendre péniblement :

 

 La Rue Emile Fontaine (photo JEA)

 

Un constat objectif. Avec une telle plaque placée au début de la rue, côté place de St-Nicolas, les passants, à commencer par les jeunes, ne risquent guère d'apprendre qui fut Emile Fontaine.

Que l'on comprenne. Il y aurait eu ingérence de la part de l'Association si elle s'était substituée aux anciens résistants et combattants pour que des précisions patriotiques soient portées sur la plaque. Ainsi : "Résistant, capitaine FFI, abattu lâchement par la Gestapo le 30 mars 1944"... Fidèle à la promesse faite à Aubenton en décembre 1946 par des évadés des Mazures, l'Association veille au souvenir d'Emile Fontaine en tant qu'auteur du sauvetage de juifs du Judenlager des Mazures. Ces juifs échappèrent à la persécution alors que 239 de leurs camarades tombèrent victimes de la Shoah ! Emile Fontaine compte parmi les seuls 10 Justes de l'Aisne : dans ce département, il n'y a pas risque de pléthore de rues portant cette qualité.

Le 16, aucune explication n'a été donnée au mutisme de cette plaque.

Avec le recul, force est de constater qu'un journal comme "Le Courrier" en date du 7 septembre était déjà bien informé. En effet, il titrait sur 4 colonnes :

- "Voici la "rue Emile Fontaine". C'est la mémoire d'un homme d'exception qui est saluée et gravée à jamais et tout un village qui ne l'oubliera pas". Et donc ni dans ce titre, ni dans le corps de cet article, aucune annonce d'une "rue Emile Fontaine - Juste des Nations". Quoique cette qualité n'était pas ignorée du rédacteur puisqu'il ajoutait cette phrase colonne 3 : "Tout récemment, Emile Fontaine a également été reconnu "Juste des Nations" par Jérusalem."  

Depuis le 16, seul un historien local (décoré et porte-drapeau) avança quelques mots de justification. Les voici in extenso :

- "C'est qu'il ne fallait pas en choquer certains".

Le sujet est trop grave pour se livrer à des procès d'intention. Mais en quoi "certains" auraient-ils été "choqués" par l'inscription : "Juste des Nations" ?

Une conclusion provisoire revient à Danielle Delmaire, professeur à l'Université de Lille 3 et membre d'honneur de l'Association :

"C'est complètement scandaleux !
Sauver des êtres en danger de mort peut donc être un acte choquant.
L'indignation est encore plus grande, immense." 
 

 

NB : Plutôt que l'expression "Juste des Nations", il sera préféré à l'avenir "Juste parmi les Nations".

  

 

Publié dans Yad Vashem

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