P. 83. La "barbarie nazie"

Publié le par Jean-Emile Andreux

Quand l'Est républicain censure : évoquer la "barbarie nazie" est trop "politique ou idéologique" !!!

 

La dernière actualité à Aubenton le démontra : un fossé sépare parfois les discours et les prises de positions officielles des réalités concrètes. Oui la France reconnaît les Justes parmi les Nations, mais pas jusqu'à localement risquer d'en "choquer certains". Avec l'Est républicain, il n'est pas question de mauvaise compréhension voire de mauvaise foi mais plutôt de complicité (inconsciente ou pas ?) de négativisme ! Qu'on en juge.

 

Fred Wolfsohn (Volson) survécut à sa déportation à Auschwitz. Il décéda voici quarante ans. Son fils Joël vient de souhaiter rappeler sa mémoire par un avis mortuaire à publier dans les colonnes de l'Est républicain. Cet avis mentionnait la "barbarie nazie".

Par un écrit en date du 13 septembre, le Service annonces de ce quotidien régional a carrément refusé au motif que :

- "En effet, une déontologie s'applique à notre rubrique nécrologique dans laquelle aucune allusion politique ou idéologique ne peut s'exprimer"..."Dans le cas contraire, le contenu de nos avis de décès serait totalement dénaturé".

Vous avez bien lu : rappeler la "barbarie nazie" reviendrait à "dénaturer" l'avis de décès d'un ancien déporté à Auschwitz !!! Et ceci en se réfugiant derrière une improbable "déontologie" qui mériterait d'être analysée dans les écoles de journalisme (il s'agit certes des annonces mais le quotidien en est responsable).

Dans un mouvement de très grande générosité, le Service annonces proposait néanmoins à Joël Volson d'atténuer les effets de la censure en remplaçant cette inacceptable "barbarie nazie" par l'une des trois formules suivantes :

- "suite aux traumatismes des camps de concentration",

- "victime du traumatisme des camps de concentration"

- "victime de ce qu'il a subi en camps de concentration".

Pardon, mais si on ne connaissait pas le contexte, ces formules ressembleraient au compte-rendu d'un triste accident. Il ne manque plus qu'une cellule psychologique pour la prise en charge de la "victime" de "traumatismes". Au passage, Auschwitz camp d'extermination est d'ailleurs ramené au niveau d'un camp "de concentration".

Plus gravement : de quels devoir et mission le Service annonces d'un quotidien se croit-il investi pour réécrire une histoire aussi douloureuse, aussi évidente, aussi insupportable ? Quelles sont ses compétences en la matière ? Cette dénonciation de la pseudo "idéologie" d'un avis mortuaire ne cache-t-elle une autre "idéologie", très nauséabonde celle-là ? Les tribunaux auront bientôt à en connaître une illustration très typée. A savoir une affirmation de l'incontournable Le Pen dans Rivarol de janvier 2005 :

- "En France du moins, l'occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine, même s'il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés".

C'est du même tonneau : les "bavures" occultent l'évidente "barbarie nazie" ! Si l'on comprend bien, il était "inévitable" que se produisent des "traumatismes".

En réalité, oui "idéologie" il y a. Pas du fait du descendant d'un déporté mais bien clairement du côté des négativistes, grand format ou apprentis.

En réponse aux questions de l'AFP, le directeur général et vice-président du groupe Est républicain, Gérard Colin, a rappelé que son quotidien avait interrompu sa publication sous l'occupation. Certes. Mais en quoi cela excuserait-il le scandale de la censure affectant en particulier la mémoire de Fred Volson et plus généralement celle de toutes les victimes de la "barbarie nazie" ? Que ce journal reste fidèle à sa propre histoire...

- "La barbarie nazie correspond à une réalité parfaitement reconnue, le terme ne me choque absolument pas", a-t-il ajouté.

Ah bon. Si la "barbarie nazie" est donc "parfaitement reconnue", malheureusement cette perfection s'arrêtait-elle à la porte du Service annonces de l'Est républicain. Celui-ci craignait sans doute de "choquer certains" lecteurs... C'est assez tristement lamentable. Ce journal n'en sort pas grandi. Tiens, une simple question au passage. Dans ses critiques littéraires, ce quotidien a-t-il évoqué le Dictionnaire de Daniel Bovy (avec une préface de Maxime Steinberg) :

 

Editions Luc Pire - Territoires de la Mémoire

 

(Nos remerciements à Danielle Delmaire et à Moise Rahmani. Lire la rubrique de Guy Konopnicki dans Marianne).

 

 

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DANIEL BOVY 04/02/2007 14:49

Merci pour vos remarques...alors que le lvire n'était pas encore sortie de presse à ce moment. Je vous informe qu'il est enfin disponible en France et qu'en plus de la préface de Maxime Steinberg, il y a aussi un texte important d'Edouard Husson,
Amicalement,
Daniel Bovy

houlgatte 16/10/2006 01:08

Toutes les infos de cette triste affaire sont sur le blog : http://www.volsonphoto.com/

Simon Gronowski 27/09/2006 18:58

"Victime de la barbarie nazie" est une mention légitime qui ne peut être refusée.

HélÚne Lipietz 27/09/2006 14:28

Papa avait eu plus de chance. "Le Monde" et "Le Figaro" avaient accepté son avis mortuaire où il avait écrit :
- "les gangsters nazis avec l'ignoble complicité de Vichy"  !