P. 84. Allée des Justes à Paris

Publié le par Jean-Emile Andreux

Trois nouveaux noms à graver sur le Mur des Justes à Paris : ceux d'Emile Fontaine, d'Annette Pierron et de Camille Pierron

 

Le 14 juin 2006, s'est déroulée au Mémorial de la Shoah à Paris, la cérémonie d'inauguration du Mur des Justes. Les noms d'Emile Fontaine, d'Annette Pierron et de sa mère, Camille, y seront bientôt ajoutés. Pour le premier, si cette qualité de Juste est absente de la plaque de la rue portant son nom à Aubenton, du moins sera-t-elle ainsi affirmée à une échelle nationale.

 

 (graphisme JEA)

Quelques extraits des discours prononcés le 14 juin, éclairent l'importance unique des Justes dans l'histoire de France et la reconnaissance que la République veut leur réserver officiellement.

 

Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah :

"Les noms de quelques-uns de ceux-ci sont ici. Il y en a bien d'autres, des centaines d'autres, anonymes, discrets. Tous ont fait preuve de courage, de compassion. Tous ont bravé un ennemi dont la victoire était justement de pousser l'homme à l'obéissance aveugle, à l'oubli de son humanisme, à l'oubli de son prochain et à l'abjection. Leurs actes d'hommes libres ont été les vraies et plus grandes défaites de cet ennemi. S'il faut enseigner, enseigner inlassablement les leçons de ce que fût ce mal absolu, combien il est plus facile de le combattre en prenant l'exemple des Justes. Quel plus bel exemple peut-on donner que celui de ces hommes de toutes races, de toutes religions, de tous milieux sociaux qui ont su dire non, qui ont dit non parce que pour eux, hommes et femmes de bien, cela était normal, cela allait de soi. Que cet "allait de soi" soit un enseignement et une bénédiction pour nous tous rassemblés aujourd'hui pour leur rendre cet hommage si mérité."

 

Bertrand Delanoë, Maire de Paris :

"Malgré les périls et la mort, omniprésente, ils ont choisi l'honneur. Dans le visage des Juifs persécutés, ils n'ont rien vu d'autre que la souffrance de leurs frères humains. Pour eux, ces êtres innocents, humiliés, brutalisés, incarnaient l'essence même de la condition humaine. Et le plus bouleversant dans les témoignages des Justes, c'est qu'ils considèrent toujours leurs actes, comme normaux, évidents.

En réalité, parce qu'ils ont tendu la main à celui qui chavire, entendu son cri, apaisé sa douleur, ils sont exceptionnels, sentinelles admirables de notre conscience collective. Guidés par le refus de l'insupportable, les Justes ont permis que les trois quarts des Juifs de France fussent sauvés, alors que les trois quarts des Juifs d'Europe ont péri.
Après cette tragédie imprescriptible de la Shoah, plus que jamais, les Juifs ont pensé que seule une terre, un refuge ultime, dessinerait pour eux les contours de l'avenir.
Nous savons désormais, avec Elie Wiesel, que "les Juifs peuvent vivre en-dehors d'Israël, mais qu'ils ne pourraient pas vivre sans Israël". Et je suis heureux, Monsieur le Premier ministre, de pouvoir l'affirmer devant vous.
Les Justes, partout à travers le monde, ont permis que la diaspora ne se conçoive pas comme un exil. Ils sont la revanche de la faiblesse sur la barbarie.
Et le mur qui leur est dédié, forme désormais une constellation magnifique.
Tous ces noms, auxquels chacun de nous, est forcément redevable.
Parce qu'en sauvant une vie, c'est, pour paraphraser l'enseignement talmudique, l'humanité entière que les Justes ont sauvée."

 

Le Premier ministre Dominique De Villepin :

"Un quart des juifs de France ont péri dans les trains et dans les camps. Ce déshonneur est gravé à jamais dans notre mémoire. Les autres doivent leur survie à leur courage et à leur lucidité mais aussi à la solidarité active qui s'est déployée dans notre pays à partir de l'été 1942.

Depuis plus de 40 ans le Musée Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem honore la mémoire des hommes et des femmes qui, n'étant pas juifs, se sont engagés pour sauver la vie des juifs persécutés. 21 310 Justes parmi les nations ont été reconnus à ce jour à travers le monde, dont 2693 en France. Leurs noms sont inscrits sur le mur que nous inaugurons aujourd'hui.

Derrière ces noms il y a des hommes et des femmes issus de toutes les régions de France, de tous les milieux. Il y a des médecins, des infirmières, des enseignants, des fonctionnaires, des policiers, des prêtres et des pasteurs, des commerçants, des fermiers, des ouvriers. Derrière ces noms il y a des histoires multiples, des opinions politiques diverses, des convictions différentes.

Les Justes ne sont pas des hommes et des femmes du hasard, même s'il suffit parfois d'une rencontre, d'une circonstance pour précipiter le destin. Ce qu'ils ont en commun, c'est cette part d'humanité, cette part de folie même face au danger, qui fait que rien ne résiste à l'appel de l'autre, ni l'intérêt, ni la peur, ni l'égoïsme. En hébergeant des enfants dans leurs maisons ou dans leurs fermes, en ouvrant leurs églises ou leurs couvents à des familles entières, en organisant des évasions à partir des camps d'internement, en aidant au passage de la frontière suisse ou espagnole, en fabricant de faux papiers civils ou religieux, ces citoyens ont permis de sauver des milliers de citoyens juifs, Français mais aussi étrangers. Ils ont la gratitude des Juifs, d'Israël et de la France."

 

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert :

"La Shoah s'est déroulée au sein de populations indifférentes, insensibles et hostiles, où régnaient le mal et la barbarie. Les Justes y étaient comme des étincelles de lumière dans les ténèbres amères, et ils nous ont permis de croire encore dans la compassion humaine et dans les valeurs de la morale et de la conscience.

Les communautés juives d'Europe n'avaient ni brigades militaires, ni avions de chasse, ni chars, ni fusils. Le poète Ouri Grinberg disait avec raison que "le peuple juif en Europe avait des millions d'hommes, mais pas une seule épée".

Quelques Juifs ont tout de même eu un destin meilleur. Pour eux, il n'y avait qu'un seul espoir - les Justes, ces personnes dont la conscience les a empêchés de demeurer les bras croisés et de regarder avec indifférence des innocents condamnés à l'extermination par un régime barbare.

Ce Mémorial est le souvenir des milliers de Justes français qui ont risqué leur vie pour sauver des vies humaines, sans attendre ni gratification ni récompense. L'Etat d'Israël continue de chercher - et continuera de le faire - les Justes non encore honorés, afin de leur rendre un hommage digne et modeste. Je suis sûr que d'autres Justes seront découverts et que leurs noms continueront à couvrir ce Mur."

 

A consulter sur internet : dans les liens, Mémorial de la Shoah - Paris.

A lire : "Dictionnaire des Justes de France", sous la direction de Israël Gutman, Edition établie par Lucien Lazare, Yad Vashem Jérusalem, Fayard Paris.

 

Aux lecteurs qui nous ont posé la question, voici un exemple de rue gardienne de la mémoire d'une Juste parmi les Nations. Inaugurée en 2005 à Moyenneville dans la Somme, cette rue perpétue le nom de Renée Vérité, née Bachelier. (DR Comité français YV)

 

 

Publié dans Yad Vashem

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xav 08/10/2006 18:01

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