P. 85. La Peste noire n'est pas passée

Publié le par Jean-Emile Andreux

L'extrême droite ne dirigera aucune commune de Belgique. Métropole démocratique, Anvers a résisté.


Quand débutèrent les recherches sur le Judenlager des Mazures, en 2002, se déroulaient en France les élections présidentielles. Les résultats du premier tour apportèrent un séisme que l'Europe n'avait pas encore connu depuis 1945 : voir face à face pour la présidence d'un pays un candidat démocrate et celui de l'extrême droite :

- Jacques Chirac, président sortant : 19,88 % des voix exprimées

- Jean-Marie Le Pen :  16,86 %

- Lionel Jospin : 16,18 %

- Bruno Mégret : 2,34 %

Soit le même Le Pen qui avait déjà été condamné par la Cour d'appel de Versailles pour :       

- "Consentement à l'horrible, banalisation d'actes jugés constitutifs de crimes contre l'humanité". (18 mars 1991).

N'avait-il pas estimé devant le Grand Jury RTL-Le Monde du 13 septembre 1987 que les chambres à gaz ne représentaient qu' "un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale" ?

Les remous ainsi soulevés lui assurant aussi une publicité électorale non payante, Le Pen s'était moqué avec dédain du jugement précité comme de l'an 40. Il choisit soigneusement Munich comme cadre d'une nouvelle provocation-transgression :

- "Dans un livre de 1.000 pages sur la Seconde Guerre Mondiale, les camps de concentration occupent 2 page et les chambres à gaz 10 à 15 lignes. Ce qui s'appelle un détail." (5 décembre 1997).

Ces paroles prononcées devant un auditoire connaisseur puisque composé d'anciens SS et autres nostalgiques du nazisme, furent sanctionnées par un condamnation en référé du tribunal de grande instance de Nanterre (26 décembre 1997).

Malgré quoi, la France, ou du moins ses électeurs, donnèrent-ils à l'Europe cette image d'un pays où l'extrême droite devenait tellement banalisée et fréquentable qu'elle figurait même au second tour des présidentielles. La question se posa alors de connaître les résultats aux Mazures, là où fonctionna de 1942 à 1944 le seul Judenlager de la Région Champagne-Ardenne :

- Jean-Marie Le Pen : 31,9 % (16,86 pour la France)

- Jacques Chirac : 17,4 % (19,88)

- Lionel Jospin : 13,8 % (16,18)

- Bruno Mégret : 3,8% (2,34)

Donc un total de 35,7 % pour l'extrême droite aux Mazures en ce premier tour des élections présidentielles 2002 !!!

S'il fallait une preuve que l'histoire ne donne pas de leçons...


Mais en ce mois d'octobre 2006, la Belgique s'est retrouvée elle aussi confrontée aux tentatives de prises de pouvoir de l'extrême droite. Cette fois au niveau communal (municipal). Au lendemain de ce scrutin (obligatoire dans le Royaume), Béatrice Delvaux, rédacteur en chef du journal "Le Soir", dresse un premier bilan :

- "La Belgique respire. Oui, le Vlaams Blok-Belang {FN flamand} accroît fortement ses scores électoraux par rapport aux communales de 2000. Oui, il est le plus grand parti de quelques localités flamandes. Mais non, il n'accèdera pas au pouvoir. Oyez, oyez : sa progression n'est pas une fatalité !

La Belgique, au bord de l'extrême, n'a ainsi pas fait ce plongeon redouté dans le nauséabond, considéré par les envoyés spéciaux des médias étrangers comme l'unique enjeu de ce scrutin belge."



Réaction aux crimes racistes inspirés de l'extrémisme au nord du pays
(De Morgen)


Anvers d'où furent arrachés tous les déportés des Mazures, et donc ville emblèmatique, représentait la cible privilégiée du Vlaams Belang-Blok (un FN évident). Son président, Filip Dewinter, avec une de ces délicatesses qui caractérisent sa pensée nuancée et admirative d'un Le Pen ou des fachos autrichiens, estimait lors de sa campagne électorale :

- "La question des immondices est liée à la présence massive, dans notre ville {Anvers}, de 25.000 illégaux et de 17.000 demandeurs d'asile qui n'ont pas la notion de la gestion des déchets."

Ah oui, bravo pour le subtil rapprochement déchets - étrangers. Quant à la gestion de ces "déchets", on voit se pointer les regrets d'une occupation à laquelle collaborèrent sans vergogne d'anciens du Vlaams Belang-Blok, occupation où le racisme avait tous les droits, y compris l'application d'une "solution finale" et des mises au travail forcé (avant l'extermination) comme le  donna en exemple le Judenlager des Mazures.

Les sondages annonçaient à Anvers 38 % pour le parti de Dewinter. Il n'en est rien :

- SPA (soc.) : 35,2 % des voix, 22 élus, soit 10 de plus qu'en 2000

- VB : 33,5 %, 20 élus, statu quo

- CDNV (cath.) : 11,1 %, 6 élus, s. q.

- VLD-VIV (lib.) : 9,7 %, 5 élus, s. q.

Anvers n'a donc pas du tout basculé. Ni Malines, la ville du Sammellager de la Kazerne Dossin, là où furent rassemblés les juifs de Belgique pour leur déportation vers Auschwitz :

- VLD-CDO : 30,8 %, 14 élus, s. q.

- VB : 26,4 %, 11 élus, s. q.

- CDNV-N : 20,2 %, 8 élus,  - 1

- SPA-SPI : 20 %, 8 élus, + 1

Aucune localité de Flandre n'a donc élu à sa tête un(e) bourgmestre (maire) VB. Et pas plus du côté francophone quelqu'un du FN. Deux exemples, ceux de Namur et de Dinant, les seules villes de Belgique où furent présentées des conférences sur le Judenlager des Mazures et ses déportés :

Namur : le F-N totalise 2,8 % des voix avec 0 élu, et le FN 2,2 % avec aucun élu.

Dinant : le FNB se voit accrédité de 2,3 % des voix sans élu.


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