P. 92. Les 6 évadés du kommando de Revin

Publié le par Jean-Emile Andreux

Le 4 janvier 1944 : les 6 juifs du kommando de la gare de Revin s'en évadent

 

La page 89 de ce blog a tenté de décrire combien la gare de Revin se révéla être une sorte de havre de paix - ou du moins de fraternité à défaut de liberté - entre 1942 et 1944, pour des juifs du camp des Mazures. Ceci grâce au chef de gare, Léon DEVINGT et à son épouse Madeleine MARTINI.

Les archives et documents retrouvés et étudiés à ce jour, tendent à le prouver. Le 4 janvier 1944, le kommando descendu ce jour-là du Judenlager des Mazures à la gare de Revin pour y charger les sacs de charbon de bois fabriqué au camp, s'évada collectivement. Ce kommando était composé de :

LEBOVIC Ignace, né en Tchécoslovaquie en 1899, bottier ;

LEBOVIC Michaël, fils du premier, né en Tchécoslovaquie en 1923 ;

LOONSTYN Isaac, né à Anvers en 1907 ;

LOONSTYN Lod, frère cadet du premier, né à Anvers en 1922 ; 

STELZER Samuel, né en Pologne en 1905 ; 

ZALSBERG Herman, né en Pologne en 1900, maître tailleur.

Pourquoi cette évasion, ou plus exactement, pourquoi à cette date du 4 janvier 1944 ? Avec le recul du temps, nous savons que le Judenlager sera fermé dans la nuit suivante et que le transfert de ses déportés se déroulera le 5 janvier via Charleville et à destination de Drancy. Les deux événements sont effectivement liés. Voici comment.

Le 20 février 1970, pour le Service des victimes de la guerre à Bruxelles, Henri DUMONCEAU de BERGENDAL est chargé d'une enquête auprès de l'un des évadés encore en vie, Herman ZALSBERG :

- "Six Israélites dont Zalsberg Herman, furent dirigés vers un petit Kommando de travailleurs manuels, situé à Revin. Au début du mois de janvier 1944, des membres anti-nazis de la NSKK qui surveillaient ce Kommando, prévinrent les prisonniers Juifs qu'ils allaient être déportés vers l'Est et les conseillèrent même de tenter de s'enfuir. Mr Zalsberg parvint à s'échapper le 4.1.44."

(Rapport d'enquête, Tr 234744, SVG, Bruxelles).

Ainsi, des gardes allemands chargés de veiller sur ce kommando dans le cadre de son travail forcé en gare de Revin, l'auraient eux-mêmes averti du danger imminent de la fin du Judenlager se traduisant par un envoi sur Drancy pour "l'Est" (traduction : pour Auschwitz). Avec Léon DEVINGT, chef de gare résistant, cette fuite collective devait effectivement réussir. La filière salvatrice qui prouva alors sa totale efficacité, était dirigée par Georges PEUBLE :

- "Si j'ai bien en mémoire cette période et la souffrance endurée par les juifs d'abord et les autres prisonniers ensuite, je n'ai aucun nom à citer. En effet, les prisonniers que nous avons pu aider ne sont jamais restés longtemps en contact avec nous... Nous les prenions en charge et nous les conduisions à Adrien Marchand à Regniowez..."

(Lettre à l'auteur, 2 octobre 2002)

Maire de Regniowez à la frontière belge, Adrien MARCHAND, Baptiste dans la résistance (arch. fam.)

- "Mon père avec quelques hommes de Bourg-Fidèle, Marcel ROUET et René PERIGNON sont les premiers maillons...avec Adrien MARCHAND, chef du centre FFI de Regniowez, Baptiste dans la résistance...L'organisation d'évasion pour les Juifs est mise rapidement sur pied, elle s'active quand on parle de les emmener à Drancy. Arrivés à Regniowez, ils veulent retourner en Belgique... Finalement, ils suivront la filière route d'Eteignières, bois des Hingues, Signy-le-Petit..."

(Lettre à Mme Paulette Maréchal in "La Résistance sur le plateau de Rocroy et ses Versants", Marie-France Barbe, Ed. Au Pays des Rièzes et des Sarts).

Au contraire de la plaque d'hommage à Emile FONTAINE, inaugurée à la Mairie d'Aubenton en décembre 1946, et voulue par d'autres déportés des Mazures (ceux du convoi Charleville-Drancy et deux rescapés des camps), la Mairie de Regniowez ne porte pas de souvenir de cette première étape vers la liberté assumée par Adrien MARCHAND. La Mairie et la famille ne semblent d'ailleurs posséder aucune archive sur cette époque douloureuse (et qui, forcément, ne se prêtait guère à la récolte et à la conservation de documents compromettants).

Quant à elle, la fille du chef de gare de Revin, Geneviève HORREAUX-DEVINGT a gardé plus particulièrement le souvenir de l'un des six évadés :

- "A propos des évasions, je me souviens encore de Sam STELZER. Il s'était caché chez des femmes, au bas de Revin. Le soir, je suis allée près de lui car il avait fait dire qu'il voulait me voir...Il m'a confié sa montre pour que je la ramène à la maison. Pourquoi ? Parce qu'il risquait d'être pris et qu'il ne voulait pas que cette montre tombe aux mains des Allemands...La nuit, il a été pris en charge..."

(Cornay, 4 octobre 2003)

Ces six évadés vécurent la Libération. Les recherches ont notamment conduit à retracer dans le détail la véritable odyssée d'Herman ZALSBERG qui, sur la hauteurs de Huy, se retrouva toute une matinée à servir à boire et à manger à des SS en déroute. La famille HARZIMONT qui l'abritait dans sa ferme connut alors l'une des plus évidentes peurs de son histoire.

 

Publié dans Yad Vashem

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