P. 93. "L'inestimable aide des Devingt..."

Publié le par Jean-Emile Andreux

Déporté aux Mazures et évadé, Josef Peretz témoigne : le chef de gare de Revin et son épouse resteront toujours dans son coeur des "Righteous Gentiles"...

 

Les pages 89 et 90 de ce blog décrirent en quoi la gare de Revin, dans les Ardennes de France, représentèrent un microcosme échappant à l'antisémitisme nazi et vichyste entre 1942 et 1944. Grâce aux volontés individuelles du chef de gare, Léon DEVINGT, de son épouse Madeleine MARTINI et de leurs deux filles Geneviève et Luisette.

Des 288 déportés des Mazures, seuls sont encore en vie Joseph KOGANOVITSCH et Josef PERETZ (photos : Illustrations, Association). Depuis sa retraite à Toronto, Canada, il a ressemblé ses souvenirs sur sa mise au travail forcé au Judenlager des Mazures et sur son évasion du 5 janvier 1944 depuis la gare de Charleville.

Voici quelques extraits rédigés pour l'auteur du blog qui les a traduits de l'Anglais :

 

"Nous fûmes divisés en différents groupes de travail. L'un d'entre eux était chargé de la construction des baraques du futur camp. Un autre devait abattre des arbres et les scier en bûches. Le groupe suivant devait poser des rails étroits pour le transport des bûches jusqu'aux fours servant à la fabrication de charbon de bois....

Un autre groupe encore fut détaché à Revin pour travailler à la gare. Là, il déchargeait la cargaison de wagons pour remplir un camion de transport à destination du camp. La gare présentait une petite structure blanche. Deux voies de chemin de fer encadraient les deux quais. Deux autres voies se trouvaient à l'arrière de la gare là où les trains de marchandises pour les Allemands pouvaient être mis à l'arrêt.

C'est alors que je travaillais dans cette équipe que j'ai rencontré pour la première fois Monsieur Devingt, le chef de gare.

Léon Devingt (arch. fam.)


Sa silhouette imposante se détachait avec sa casquette galonnée d'or. C'était un grand homme, corpulent, comme un diplomate trop gros avec un teint rouge et toujours prêt à sourire. Il avait un coeur gros comme ça. Notre amitié débuta alors que chef d'équipe, je lui demandai si nous pouvions utiliser les toilettes de la gare.

Mr Devingt vivait dans un spacieux appartement au premier étage de la gare. avec son épouse, leurs deux filles : Genevieve 18 ans et Lisette, plus jeune de deux ans, ainsi que le père de Mme Devingt, 92 ans.

Dès le moment où nous nous sommes rencontrés, Monsieur Devingt se montra compréhensif pour notre {plight = situation, cause}. Il s'enquit de notre milieu, de nos familles, de ce qu'il leur arrivait et de la manière dont ils étaient traités par les Allemands. Quand il me parlait, il s'adressait à moi comme à un vieil ami.

Mme Devingt était une femme minuscule, avec les cheveux relevés sur le sommet de la tête, les yeux doux comme {a doe}. Si cela avait été possible, elle aurait dépassé son mari en humanité et en gentillesse. Avec une grande compassion, elle fut une femme unique se battant pour aider de manière lumineuse nos existences lugubres. Elle était prête à tout faire pour nous secourir. Elle avait les larmes aux yeux quand je lui expliquais que les parents de mon amie avaient été déportés, elle qui avait 18 ans...

Chaque jour, à l'heure du repas, les Allemands distribuaient un pot de soupe à l'odeur infecte, immangeable. Dans le dos de notre garde Allemand, Mme Devingt apportait une grande marmite de purée de pommes de terre avec du jus de viande, assez pour que notre petite équipe ait un repas copieux...

Lorsque je parlai avec Mme Devingt de faire venir mon amie, elle a aussitôt proposé de l'inviter chez eux tout un week-end. Le temps pour les lettres de repartir et peu après, mon amie était à Revin. invitée de Mr et de Mme Devingt. J'étais capable de m'éloigner du travail et de consacrer quelques heures à mon amour. Ils la considérèrent comme si elle était leur propre fille, prenant un énorme risque en abritant une jeune Juive...

J'étais arrivé à avoir une valise avec mes bons vêtements en provenance d'Antwerp et déposée dans l'appartement du chef de gare, là où elle a été cachée jusqu'à mon évasion du 5 janvier 1944, au cours de mon transfert vers Auschwitz.

L'inestimable aide des Devingt se mettant en grand danger eux-mêmes, me permit d'échapper aux patrouilles d'Allemands gardant la gare et cherchant à mettre la main sur des évadés juifs.

Si quelqu'un a jamais mérité le titre de "Righteous Gentiles", personne n'est mieux qualifié qu'eux, à mes yeux. Pour tous leurs soutiens, leur gentillesse, leur amitié et les grandes chances qu'ils m'ont offertes, je leur suis définitivement reconnaissant.

J'ai rédigé mes mémoires dans un livre intitulé "The Endless Wait" {"L'Attente sans Fin", voir Illustrations : Livres} et publié en 1996. L'un des chapitres est dédicacé comme suit : au "Chef de Gare".

(Lettre à l'auteur, août 2005)


 Madeleine Devingt, Erna Sweig, Josef Peretz, Mme Devingt-Martini, Luisette Devingt

(arch. fam.)

 

Publié dans Yad Vashem

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