P. 95. Joseph Koganovitsch, évadé des Mazures

Publié le par Jean-Emile Andreux

A Jenneville, la ferme de Joseph Determe abrita Joseph Koganovitsch jusqu'à son arrestation par la Feldgendarmerie

Déporté au Judenlager des Mazures, Joseph KOGANOVITSCH s'évada le 17 juin 1943 de l'atelier de Revin où il devait travailler pour l'Organisation Todt. Il avait soigneusement préparé cette fuite à laquelle il associa ses deux compagnons Albert KEYZER et Henry SUSSKIND. Pris en charge par la résistance belge, les trois compagnons se retrouvèrent à Dinant.

A Revin avant leur évasion : Henry Susskind, Albert Keyzer et Joseph Koganovitsch

Le groupe qui les avait accueillis, était dirigé par Mr PONCELET mais Joseph KOGANOVITSCH leur rendit son revolver car ces hommes "ne lui plaisaient pas du tout". Pour des raisons politiques. Quittant ses deux camarades, il reçut la fausse identité d'Albert FOULON et fut hébergé à l'Athénée de Dinant par l'économe de l'internat. Une descente sur place de 6 Allemands l'en chasse. En effet, ceux-ci , bien renseignés semble-til, le cherchaient en ces termes :
- "Où est ce cochon ? Il a de faux papiers : Albert FOULON ! Il travaille ici ?"

Joseph KOGANOVITSCH profite de l'obscurité venant de tomber pour longer le chemin de hallage de la Meuse. Une épicière dont le mari est prisonnier en Allemagne, va lui offrir provisoirement son toit (l'identité n'a pas été retrouvée à ce stade des recherches). Puis une famille aisée va prendre le relais.

Témoignage de l'évadé :

- "Là, ils m'ont caché hors de leur maison, dans du foin. Je m'y sentais bien, j'avais confiance en ces gens-là. Une fois, je me suis laissé aller à leur dire que j'étais juif. Ils ne m'ont gardé qu'un jour de plus.

- "Trop dangereux !", disaient-ils...

Par train et par chemin de fer vicinal après Libramont, j'ai été mis dans une ferme du Luxembourg, à Jenneville. Chez Joseph DETERME {aucun lien de parenté avec Annie DETERME, la fille cadette d'Emile FONTAINE}.

Le village ne comptait guère plus de 260 habitants. Pour ne pas me distinguer des autres, j'allais chaque dimanche à la messe. Arrivent les Pâques 44, un 9 avril cette année-là. Moi qui suis juif, comment faire avec la communion prévue à cette date ? Je vais trouver le laboureur Determe :

- "Vous savez que je suis un juif ??? Depuis le premier jour... Vous n'avez rien dit ??? - "Vous travaillez bien. Pour moi, vous êtes un homme comme un autre...Mais pour la communion, il faut demander au curé..."

J'y vais et je raconte tout au curé. Lui me répond : - "Pas de problème, on vous fait provisoirement catholique...On vous baptisera discrètement le 19 mars, jour du patron des ébénistes ... {profession de J. KOGANOVITSCH}"

Le 18, je travaille dans une grange au tri du blé. La porte est grande ouverte. Le fermier est parti à Libramont. Tout à coup, une auto s'arrête devant la grange. Trois feldgendarmes en descendent : - "Papieren !!!"

Je fais celui qui ne comprend pas l'Allemand. Les papiers sont dans la chambre à coucher de la ferme mais celle-ci est fermée. Il faut donc attendre Mr DETERME. A son retour, je peux montrer ma carte d'identité. Mais les Allemands exigent un permis de travail que je n'ai pas...Le temps de préparer une petite valise et je suis emmené. Je n'ai pas été fouillé. Mais en y réfléchissant, si j'avais eu un revolver sous la main, j'aurais peut-être pu m'échapper mais mes hôtes auraient été finis..."

(Témoignage à Anvers, 22 janvier 2005)

Cette arrestation fera l'objet d'une attestation signée en date du 24 juillet 1945 par le fermier, Joseph DETERME :



- "Je soussigné Determe Joseph domicilié
à Jenneville (Moircy) déclare et certifie
ce qui suit. Le 18 mars 1944 à midi quart
la (gestapo) Feldgendarmerie a enlevé de chez moi le nommé
Jules Koganovitsch qui a cette date était
sous le faux nom (Jules Dumoulin) après
cette date il nous a écrit de la prison d'Arlon
puis après du camp de discipline de Essen."

Remarque : Joseph KOGANOVITSCH date son arrestation du 18 avril alors que cette attestation retient le 18 mars. Mais le contexte décrit longuement par l'évadé rend sa version très plausible.

Joseph (Jules) KOGANOVITSCH sera d'abord interrogé au siège de la Gendarmerie militaire allemande de Neufchâteau où sa fausse identité ne sera pas percée. Il se fait passer pour un réfractaire au Service de Travail Obligatoire. Transféré au SD de Arlon, il réussira à toujours dissimuler qu'il est juif et donc une cible prioritaire. De la prison d'Arlon, les Allemands le transfèrent au camp de Essen puis à celui de Linthof dont il s'évadera sans attendre la libération.

Henry SUSSKIND et Albert KEYZER seront capturés à Dinant par les nazis. Le premier a été fusillé à Charleroi le 3 janvier 1944. Le second avait déjà été aussitôt passé par les armes à Dinant le 29 octopbre 1943.

Josef PERETZ (lire page 91) et Joseph KOGANOVITSCH restent les seuls déportés des Mazures encore en vie aujourd'hui.


Publié dans Yad Vashem

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