P. 97. Déportation des enfants juifs : le "sujet est trop sérieux" pour la DB

Publié le par Jean-Emile Andreux

"1942-1944 : 11 000 enfants juifs déportés de France à Auschwitz", une exposition absente des gares allemandes

 

Décidemment, des Sociétés de Chemins de Fer se cantonnent dans des positions contradictoires ou du moins ambigües à propos de la déportation des Juifs victimes de la Shoah.

 

La SNCF avait ouvert ses archives et encouragé une étude rigoureuse de son histoire aux heures noires de l'occupation, Vichy y compris. Mais en même temps, elle se refuse à comprendre combien est inacceptable sa volonté, après guerre, de se faire rembourser en classe touriste, des déportations de Juifs en wagons à bestiaux... 3 pages de ce blog le rappellent sous le titre générique de : "L'Etat français, la SNCF et la déportation" (Thème : Actualités).

La Deutsche Bahn (DB) vient de cofinancer un film intitulé "Le Dernier Train". Soit l'histoire de l'ultime convoi de Juifs déportés depuis Berlin vers Auschwitz en 1943. Mais dans le même temps, Hartmut Mehdorn, le président de cette DB, s'oppose obstinément au projet de l'Association des Fils et Filles de déportés juifs de France de présenter dans les gares allemandes son exposition. Celle-ci illustre la déportation de 11 000 enfants juifs de France vers Auschwitz entre 1942 et 1944. Ce sont 180 photographies qui donnent ainsi des visages à des bébés et à des gosses broyés à jamais par les mécanismes de la "solution finale". Or, cette même exposition avait reçu le soutien officiel et public de Louis Gallois lorsqu'il présidait la SNCF. Elle avait été montrée dans 18 gares françaises.

Comment argumente la DB pour expliquer son refus ?

- "Le sujet est bien trop sérieux pour être traité de la sorte, alors que les gens courent vers leur train, un sandwich à la main."

Il ne conviendrait sans doute pas de leur couper l'appétit, à ces voyageurs surmenés, en leur mettant sous les yeux les visages, les regards et les sourires d'enfants qui vont finir dans une chambre à gaz ! Mais la DB se dédouane en rappelant que le musée des Chemins de fer de Nuremberg consacre une place importante à la déportation. A Nuremberg... tout un symbole. Cependant pour faire montre d'une certaine bonne volonté, la DB concède :

- "Nous pouvons compléter cette exposition et la faire voyager à travers le pays. Mais pas dans les gares."

En résumé pour la DB : cette exposition sur les enfants déportés de France vers Auschwitz, pourquoi pas, et même avec son aide matérielle, mais ailleurs n'est-ce pas, pas dans les gares, pas pour les usagers des chemins de fer (eux et leur sandwich à la main).

Les députés verts parlent de mettre en cause cette attitude devant le Bundestag si la DB prolonge son refus de présenter l'exposition de l'Association des Fils et Filles de déportés juifs de France. Le chétien-démocrate Wolfgang Tiefensee, ministre des Transports, n'a pas mâché ses mots en reprochant à la Deutsche Bahn de :

- «donner l'impression qu'elle cherche à cacher le sujet au grand public... La déportation doit être commémorée là où elle a eu lieu, dans les gares.»

 

"Le Mémorial des enfants juifs déportés de France" par Serge Klarsfled

 

Pour rappel, cette même exposition avait été inaugurée à l'Assemblée nationale française le 19 janvier 2005. Le discours du président, Jean-Louis Debré, débutait en ces termes :

- « Nous avons désespérément besoin, pour l'avenir, de l'histoire vraie de cet enfer construit par les nazis »

Le sens profond de cette phrase de Hanna Arendt décrivant l'enfer d'Auschwitz nous rappelle, à nous tous ici réunis, plus globalement aux hommes d'aujourd'hui et du futur, le terrible devoir de mémoire. Éternelle, inépuisable actualité d'Auschwitz.

Les mots sont faibles devant la réalité des faits historiques. Comment pourrait il en être autrement ? Dès lors qu'il s'agit d'aborder l'une des pages les plus sombres de l'histoire de l'humanité, dès lors que cette histoire nous renvoie à l'effroyable banalité du mal !

Les historiens et les scientifiques de la terre entière ne cessent d'interroger les documents et les témoignages pour tenter de comprendre l'inconcevable. Ce travail historique est plus que nécessaire, il ne sera jamais achevé....

Ce « travail » sur la nature réelle de notre humanité nous laisse non seulement perplexes, mais il nous invite aussi et surtout à la plus grande vigilance."

 

Publié dans Actualités

Commenter cet article