P. 98. Enfants juifs cachés - 1. J. Papierbuch

Publié le par Jean-Emile Andreux

Conférence internationale des Enfants cachés en Belgique pendant la Shoah

Cette conférence se déroulera du dimanche 15 au jeudi 19 avril compris, à JERUSALEM. Pour vous adresser au secrétariat et vous documenter :
- PO Box 29041 Tel Aviv 61290 Israël
- hiddenchildrenil@targetconf.com
- http://www.hiddenchildrenil.com

En Belgique, près de 4.000 enfants juifs ont été ainsi arrachés à la Shoah. Porteurs de fausses identités "aryennes", ils ont supporté des épreuves parfois incroyablespour échapper à la Shoah.

Daté du 19 avril 1999, un Arrêté royal fixa le statut d'enfant juif caché pendant la seconde guerre mondiale :

Article 1er. Dans le présent arrêté :
1° la qualité d'« enfant caché » sous-entend la qualité reconnue à tout enfant âgé de moins de 21 ans au 10 mai 1940 ou né postérieurement à cette date, qui, afin de se soustraire aux effets des mesures anti-juives édictées par l'occupant, a été contraint de vivre dans la clandestinité...

Art. 2. La qualité d'« enfant caché » est reconnue aux enfants visés à l'article 1er, 1°, à la condition qu'ils aient possédé leur résidence habituelle en Belgique au 10 mai 1940 et qu'ils possèdent la nationalité belge au moment de l'introduction de la demande.

Au nombre des membres de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures, figure Josaphat Papierbuch, l'un de ces enfants cachés. Voici quelques bribes de son histoire.

Son père, Nachman Papierbuch, naquit à Varsovie le 24 décembre 1903. Pour immigrer, à l'âge de 20 ans en Belgique. Il exerça successivement les professions de maroquinier, de tricoteur et enfin de diamantaire.

Nachman Papierbuch se maria le 5 décembre 1938 avec Ruth Margaretha Oppenheimer. De ce couple, naquit Josaphat - en 1939. Mais éclate la guerre. Le 18 juillet 1942, le père fait partie des travailleurs forcés juifs du seul convoi partant d'Anvers pour Revin.
Il fut mis au travail forcé aux Mazures pour les entreprises Vaisset (française) et Scholzen (allemande).


Carte postale envoyée des Mazures par Nachman Papierbuch à son épouse (9 octobre 1942)


Lors du tri pratiqué au Judenlager la nuit du 23 au 24 octobre 1942, Nachman Papierbuch se trouva désigné pour un retour en Belgique. Mais son convoi fut joint au XIV-XV de Malines, lequel partit le jour même pour Auschwitz. Dans le convoi XV, il portait le n° 68.

Selon les sources : il serait décédé fin 1942 (Service des Victimes de la Guerre, Office des étrangers PV de police d'Antwerpen le 21/01/1950) ou à partir de janvier 1945 (Aide aux Juifs Victimes de la Guerre).

Son épouse, Ruth, ainsi que leur fils Josaphat, auront la vie sauve. Ce dernier témoigne :

- « Ma mère avait senti le danger à tel point qu'à Anvers, elle m'avait interdit de parler à toute personne inconnue de peur que nous ne soyons repérés. Une voisine, une corsetière du nom de Victorine Bogart, nous avait conseillé de filer par le toit en cas de rafle. Et de fait quand deux Allemands se sont présentés, elle a répondu à ceux-ci que s'ils entendaient un enfant pleurer, c'était dans une maison contiguë. En vérité c'était moi, emporté dans les bras de ma mère. Heureusement, j'avais un oncle dans la résistance, Edgar (Jan) Oppenheimer qui nous a emmenés à Lierre. Là, des connaissances fiables de Mme Bogart nous ont cachés. Nous étions aussi avec ma grand-mère.

Puis de Flandres, nous sommes passés en Wallonie. J'étais trop jeune pour en avoir gardé un souvenir précis, mais je sais que notre itinéraire nous a conduits d'abord à Lustin puis à Barvaux et enfin à Petit-Han.

Pour revenir à Lustin, j'y ai été pris d'une rage de dents infernale. Il était impossible de me laisser dans cet état. Alors, de nuit pour échapper aux Allemands, j'ai été conduit chez un dentiste namurois. Il qui m'a soigné efficacement et en parfaite connaissance de cause des risques pris en  venant en aide à un  juif.

La guerre ne s'est pas terminée sans le terrible soubresaut allemand de l'offensive Von Runstedt en hiver 44-45.

Les Allemands ont enfoncé les lignes alliées et en voici qui débarquent armes au poing là où nous étions cachés. On devine l'atmosphère à l'époque !

Mais ils se sont aussitôt rendus compte que ma mère et moi, nous nous dialoguions en Allemand. Et comme ils s'en étonnaient, ma mère, sans perdre un instant son sang froid et guidée par l'instinct de survie, leur a expliqué :

- « Mais mon fils, c'est l'enfant d'un officier Allemand ! Je suis sa fiancée. Quoi de plus normal pour nous  que de nous exprimer dans la langue de son père ? »

Voilà comment des juifs clandestins et qui pouvaient tomber presque à la dernière minute (du moins pour ce qui concerne la libération de la Belgique) ont été confondus avec une famille de "collabos".

Pour rendre cet épisode compréhensible, je dois préciser que ma mère était originaire du Bade-Wurtemberg, d'où sa maîtrise de la langue allemande.

Quand nous avons pu regagner Anvers, ce fut pour constater que notre maison avait été entièrement vidée. Il n'y restait très exactement qu'une seule chaise ! Heureusement, notre voisine, Victorine Bogart, avait sauvé du pillage une mallette contenant tous les documents administratifs de la famille.

En 1945, j'avais donc 6 ans. Ma mémoire est alors plus claire. Je me revois, ma mère me tenant par la main, à la gare d'Anvers. Jour après jour, nous sommes à l'arrivée des convois de tous les déportés en provenance de l'Est.

Parfois, ma mère reconnaissait un visage. Alors, elle interrogeait :

- « Mon mari, Nachman, l'avez-vous vu ? »

Et quand la réponse était positive, l'espoir renaissait pour quelques temps. Mais en vain, puisqu'il n'est jamais revenu. » (Témoignages à Charleville et à la Neuville-aux-Joûtes, les 9 et 10 septembre 2005).


photo d'identité de Josaphat Papierbuch après guerre (arch. fam.)


Des témoignages d'enfants cachés figurent au catalogue de l'Institut de la Mémoire audiovisuelle juive, avenue Brugmann 319 à 1180 Bruxelles (info@imaj.be) :

- http://www.imaj.be



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