P. 99. Enfants juifs cachés - 2. Rachel Kamienker

Publié le par Jean-Emile Andreux

Autre enfant cachée et membre de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures : Rachel Kamienker


Son père, Benedykt, Norbert Kamienker, est né à Lwow, en Pologne, le 15 septembre 1904. A l'âge de 20 ans, il immigra en Belgique. Tour à tour, il exerça les professions de mineur (à Charleroi) puis de laitier et d'épicier (dossier Office des Etrangers) mais aussi de peintre et de chauffeur (dossier Service des victimes de la guerre). D'un premier mariage, naquit Charles Isaac en 1926. Puis, en secondes noces avec Toba Bilel : Marcel, Rachel et Samuel Kamienker.

Envoyé avec 287 autres juifs d'Anvers au Judenlager des Mazures, Benedykt Kamienker fut astreint au travail forcé et ce, au profit des entreprises Vaisset (française) et Scholzen (allemande).

B. Kamienker (arch. fam.)

En conséquence du tri pratiqué au camp même la nuit du 23 au 24 octobre 1942, il fut au nombre des déportés renvoyés en Belgique, très exactement vers Malines. Ce même 24 octobre, il portait le n° 131 dans le convoi XV pour Auschwitz. De Birkenau, une carte signée à son nom est parvenue en Belgique le 8 juin 1943. Ensuite, sa trace est perdue (en l'état actuel des recherches).

Toute sa famille a été décimée par la Shoah. A commencer par Charles Isaac, emmené par le convoi II (n° 465). Puis la maman, Toba Bilel, emportée par le convoi V (n° 726) avec Marcel, agé alors de 11 ans (n° 727). Quant au petit Samuel, 3 ans, il figure également dans le convoi XV avec le n° 132. Son père ayant reçu le 131, tous deux se sont donc retrouvés pour ce voyage sans retour.

T. Kamienker-Bilel (arch. fam.)

Seule leur fille, Rachel, née le 22 décembre 1935, a pu échapper à la déportation. Cette "enfant cachée" témoigne :

- « Avant le premier juillet 1943 à 23 heures, je ne me souviens de rien. Tout ce qui précède, j'ai été obligée de le reconstruire.

Nous habitions avenue Plantin et Moreitus à Anvers. Selon l'avis de mes parents, il fallait sauver la seule fille de la famille. J'ai donc été confiée à ma tante Hélène et à mon oncle Maurice Kamienker. Celui-ci était le frère de mon père et tous deux avaient épousé les soeurs Bilel.

De Belgique, ils m'ont conduite clandestinement jusqu'à Lyon où ils avaient rendez-vous avec les Teitelbaum, soit la soeur de mon père, son mari et leur petit garçon. Malheureusement, une fois sur place, il s'est avéré que ce rendez-vous tombait à l'eau. Une autre étape était prévue à Toulouse. Sans plus de succès.

Tous trois, nous avons alors gagné la frontière Suisse. Je pense néanmoins pouvoir parler de nos pieds gelés dans la neige malgré l'obscurité complète qui couvre cette période pour moi. Nous avons été refoulés !

A partir de ce moment, j'ai perdu tout souvenir de mon oncle Maurice. Avec ma tante Hélène, nous sommes retournées à Lyon. Et là, le 26 août 1942 , nous avons été prises dans une rafle.

Pour les Juifs ainsi privés de liberté, la première destination était le camp de Vénissieux. J'avais alors six ans. Des organisations juives ainsi que les églises catholique et protestante sont intervenues vigoureusement pour au moins sauver les enfants comme moi. Pour être précise : l'OSE (l'Oeuvre pour le Secours aux Enfants), et entre autres, Mgr Gerlier, Evêque de Lyon ainsi que le Pasteur Marc Boegner, président de la Fédération protestante de France .

Nous avons été évacués à 6h du matin. Mais auparavant, ma tante avait été dans l'obligation de signer des papiers attestant de mon « abandon ». En réalité, elle restait au camp de Vénissieux, promise à la Shoah et me sauvait en remplissant ces papiers officiels.

J'ai été transportée d'abord jusqu'en Isère, à Peyrins. Une maison d'enfants y avait déjà été ouverte avant guerre. Près de 170 gosses seront ainsi sauvés par Madame Chesnaud qui fut décorée de la médaille des Justes.

Mais pour moi , tout commence vraiment le 1er juillet 1943. Il est alors tenté de placer des enfants dans des familles. James d'Angles et son épouse Geneviève Hilaire me choisissent. Ilsme retirent de cette maison d'accueil pour m'ouvrir leur petit château de Besses, sur le territoire de la commune de Silhac dans l'Ardèche.

Là vivent les deux enfants du couple : Simone, l'aînée, et leur fils Jacques qui était handicapé. Le même toit abrite également leur grand-mère. Lui était contrôleur des céréales pour tout le département. Il ne m'a pas adoptée puisqu'il avait déjà deux enfants. J'ai suivi des études d'infirmière.

Après guerre, j'ai retrouvé mon identité grâce à l'OSE. Mais pour moi tout avait disparu. Y compris à Anvers. En 1947, le mari de ma tante s'est néanmoins présenté pour me reconduire en Belgique. Ce qui lui fut formellement refusé en des termes proches de ceux-ci :

Hors de question que tu retournes en Belgique avec un inconnu. D'ailleurs, tu serais envoyée en Israël pour participer à la fondation de ce pays. Tu décideras quand tu seras plus grande. »

En 1950, cet oncle qui sur ces entrefaites s'était remarié, perdit le procès par lequel il tentait de me reprendre. En 1970, à 35 ans, j'ai décidé de renouer contact avec cet oncle par alliance et son fils unique, cousin germain. Ces liens perdurent toujours.

Rachel Kamienker aux Mazures le 16 juillet 2005 (photo F. Parizel)

J'ai eu 6 enfants et suis, pour le moment, grand-mère de 13 petits enfants. » (Témoignage à Revin, 17 juillet 2005)

A consulter : le site de Radio France "Paroles d'étoiles" sur les enfans cachés

- http://www.parolesetoiles.com

 

 

 

 

Publié dans Enfants cachés

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