P. 107. Entre Noël 1943 et Nouvel An aux Mazures

Publié le par Jean-Emile Andreux

Abraham Casseres en témoigne : une sourde angoisse pèse sur le Judenlager des Mazures après le soir de Noël

 

La page 104 décrit la veillée de Noël 1943 à fois héroïque et déchirante vécue par les déportés des Mazures. Abraham Casseres, évadé et rescapé, mit par écrit ses souvenirs dans son "Bloed en tranen" dont quelques pages furent traduites ici.

Impossible de parler de "trève" entre ce Noël-là et le Nouvel An alors que tous les pays occupés par les Nazis attendaient des débarquements allié, y compris sur la France. Aux Mazures, cette période a semblé lourde d'interrogations et de menaces implicites. Seules quelques lignes évoquent cette période sous la plume d'Abraham Casseres, alias Leslie A. Martin :

 

Le site du Judenlager, le 26 décembre 2006 (photo JEA)

 

p. 226

 

"Entre la Noël et le Nouvel an, il régna une étrange atmosphère dans le camp. Une certaine lassitude semblait avoir gagné les gardiens. Nous nous demandions ce que cela pouvait bien signifier.

Fallait-il s'attendre à un nouveau débarquement ?

Se sentaient-ils malades ou avaient-ils mal aux cheveux d'avoir bu exagérément ?

Et ce phénomène se prolongeait. Certains allaient-ils être appelés sur le front de l'Est, comme cela s'était déjà produit auparavant ?

Les internés se perdaient en conjectures mais peu à peu, s'imposa l'avis que le front de l'Est menaçait en effet les gardiens. Ce qui finit par nous sembler le plus fiable.

En fait, l'absence d'énergie des Allemands découlait de leur connaissance de ce que sous peu les déportés allaient être à nouveau déplacés et, par conséquent, les gardiens n'avaient plus goût à rien, même pas à nous chercher noise."

Et de fait, le camp sera fermé le 5 janvier 1944. Les déportés mis dans un convoi de Charleville à Drancy. Pour en réalité le 66 vers Auschwitz. La suite du blog retracera cette histoire marquée aussi par deux évasions collectives et deux autres individuelles...

 

La pierre du souvenir dans le givre des Mazures (photo JEA)

 

Quant aux deux hivers subis dans les Ardennes de France par les déportés d'Anvers, l'un d'entre eux, Herman Zalsberg, évadé et rescapé (1), devait en résumer les rudesses du climat par une seule phrase. Sa fille Annie (2), ne l'a pas oubliée :

- "L'hiver aux Mazures, on se serait cru dans les Vosges. Quand on crachait, la salive gelait avant de toucher le sol !"

 

Barbelés aux Mazures, 26 décembre 2006 (Photo JEA)

 

(1) P. 92 du blog : son évasion et sa libération.

(2) Témoignage à l'auteur, Bruxelles, 23 juillet 2002.

Traduction : Jean-Emile Andreux.

 

Publié dans Déportés

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