P. 113. Courriers bouleversants après la fermeture des Mazures (2)

Publié le par Jean-Emile Andreux

Annonce par la Croix-Rouge de Belgique du transfert d'Arthur Zasky à Drancy puis vers "des lieux inconnus"

 

Page 111 du blog, se sont croisés les courriers d'Adrienne Matthÿssens et de la Délégation de la Croix-Rouge de Belgique dans les Ardennes de France. Tous deux destinés à Marie Arnould-Jacques, fermière belge des Mazures.

Ecrivant d'Anvers le 20 janvier 1944, la fiancée d'Arthur Zasky, remercie Marie Arnould de bien vouloir remettre au déporté un premier courrier clandestin. Trop tard puisque les derniers juifs du camp sont à Drancy depuis le 5. D'ailleurs, le 18, le délégué de la Croix-Rouge répond à la fermière que suite à la fermeture du Judenlager (ignorée donc d'Adrienne Matthÿssens), il allait "tenter l'impossible" pour retrouver trace d'Arthur Zasky.

 Note de la main d'A. Matthÿssen : Arthur Zasky (1)

 

Le 4 février 1944, Adrienne Matthÿssens, toujours dans l'ignorance de la fin du Judenlager, s'inquiète auprès de Marie Arnould :

- "Très chère Dame,

Je n'ai encore reçu aucune nouvelle, / avez-vous reçu mes trois lettres express (2) , j'en / suis d'autant très étonnée n'avoir reçu aucun / mot à ce sujet.

Ici le temps est très triste et très monotone, le / soleil ne brille pas dans mon coeur tant éprouvée, / sachant et que vous connaissez ma situation ci / pénible, c'est pour cela que j'ose vous l'écrire, / ...

Je me demande souvent comment pourat / t'ils résister, heureusement il a un veston / en cuir, ... mon cher Trésor, je n'ai que lui au monde / les beaux souvenirs resteront éternellement et / lui attendrai toute ma vie."

 

Le 9 février, nouvelle lettre, moins pessimiste mais ne laissant toujours pas apparaître une connaissance des réalités de la fermeture du camp et de l'envoi des déportés à Drancy :

- "Très noble Dame,

Quel joie ce dimanche matin en recevant / votre chère missive (2) c'est comme un brin de / mon cher fiancé qui venait vers moi. Oui !

... Merci et encore merci pour les belles pensées / que vous avez exprimer envers mon Trésor : / Je serais . C'est trois mots ont quelques / choses de magique, que puis-je ésperér de / meilleur qu'une grande Amie sincère, noble / et dévoué envers autrui, quoi de plus beau.

... Vous souhaitant ainsi qu'aux enfants et époux / un parfaite santé, je vous envoie, Chère Dame, / mes sentiments affectueuses, et embrasse votre / cher front avec respect et tendresses."

 

Tandis qu'Adrienne Matthÿssens semble épargnée volontairement des angoisses provoquées par la fermeture du camp, Marie Arnould a relancé la Croix-Rouge de Belgique. Son délégué dans les Ardennes, répond de Margut, le 25 février :

 

Premières lignes de la réponse de la Croix-Rouge de Belgique aux questions de Marie Arnould (Arch. fam. Pernelet)

 

- "Madame Arnould

J'ai bien reçu votre lettre (2) du début / de cette semaine. Cela m'a fait bien / de la peine de ne pouvoir retrouver / Mr Zasky et ses camarades. J'avais / pût apprendre qu'Ils auraient étés / dirigés sur DRANCY près de Paris / J'ai écris a un garcon du pays / qui est gendarme (deux mots illisibles) et qui / était de garde au camp. Mais à / mon grand regret je viens de recevoir / des nlles qui ne sont pas favorables / C'est un lieu de passages où l'on y / reste que 8 à 10 jours après l'on s'en / va vers des lieux inconnus. /

Pauvre M Zasky et ses copains / que va-t-il devenir et où est-il / Peut être Saint Antoine viendra-t-il / a votre secours ce serait un grand / bien. Dans le cas où vous auriez / de leurs nouvelles ne manquez pas de me / faire connaître leur adresse.

Signature illisible."

 

(1) Photo jointe par Adrienne Matthÿssens aux nombreuses recherches qu'elle a lancées après la libération pour tenter de retrouver en vie son fiancé. Dossier individuel, Service des victimes de la guerre à Bruxelles.

(2) Ces courriers n'ont pas été retrouvés au cours des recherches (ni aux Mazures, ni à Bruxelles). 

 

Publié dans Déportés

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