P. 114. Courriers bouleversants après la fermeture des Mazures (3)

Publié le par Jean-Emile Andreux

Adrienne Matthÿssens n'ignore plus que son fiancé, Arthur Zasky, ayant transité par Drancy, doit "être en camp de concentration"...

 

Sur la page 112 du blog, vous avez pu prendre connaissance de l'essentiel de la lettre envoyée par Adrienne Matthÿssens à Marie Arnould, le 9 février 1944. Elle était toujours en attente de nouvelles de son fiancé Arthur Zasky, après la fermeture du Judenlager les 4-5 janvier.

Les recherches n'ont pas permis de retrouver d'autre lettre avant celle de quatre pages manuscrites et portant la date du 17 mars 1944.

 

- " Ma très chère Dame,

Vous remercie à genoux de votre ai-/mable lettre du 3.3. (1) en ouvrant c'est / comme des brins de mon cher fiancé / qui ce dégagait de votre aimable écriture...

Voudriez-vous me rappeler le lieu / exacte dans la prochaine lettre ou ce / trouve mon cher Trésor, car, moi vous / avez écrite qu'il était dans un building, / tandis que les billets (1) écrite de mon / fiancé accompagner de vos lettres (1) indiquait / qu'il étais d'abord à la Caserne de / Drancies à Paris et puis qu'il étais dans / un train (2) en écrivant en dernière lieu / parterre "vers une destination inconnue" /



...c'est tous ce que je sais. Je vous supplie / donc chère Dame de me donner en / detail le lieu ou il se trouve, moi / j'écris continuellement à cette Caserne. / J'ai vérifié vos chers lettres précedante / et n'y ai trouver aucune trace de ce / lieu...ce départ et cette longue séparation / à fortement décliner mon état de / santé que j'ai toujours voulu câcher et / souffrir martyr à lui faire croire / que j'étais bien portante, comprenez ma / souffrance moral, devoir se montrer forte / quand on est malade, il y a aux moins / 9 semaines que je n'ai pas vue la rue, j'en / en ressens d'avantage ce départ de / mon Trésor et dans l'ignorance ou/ il ce trouve et qu'ont à pus lui donner / signe de vie et des mots reconfortants / à mon sujet, sera une aide à ma / guérison, aucun médicament, rien / ne saurait me rendre ma santé / ci robuste, avant que saurai ou il / ce trouve, de mon cher Trésor à moi.

...Comme mes lettres (1) / n'ont jamais fait pas en arrière, aura t il / les recues, espérons-le !

...J'ai une prière à vous faire (confidentielle) / de ne jamais dire à mon Trésor que / je suis malade, il à déjà trop de la / peine ainsi à ne pas l'augmenter / n'est-ce pas ? Dès qu'il sera de retour / je serai vote guérie ! et vous dis à bientot / toute émue." (3)

 

Le courrier du 17 mars ne représente qu'une pièce d'un puzzle dont de multiples éléments manquent. Du moins peut-on en déduire, en se gardant de toute projection hasardeuse, que Marie Arnould a répercuté sur Adrienne Matthÿssens le message (4) de la Croix-Rouge de Belgique (à Margut). Daté du 25 février, ce message explicitait qu'un transfert provisoire sur Drancy avait été imposé aux déportés des Mazures dont Arthur Zazky... Mais Adrienne Matthÿssens s'interroge encore précisément sur ce camp de Drancy, qu'elle qualifie de "caserne", sans doute par assimilation avec la caserne Dossin de Malines (5), par ailleurs lieu de rassemblement des juifs de Belgique pour Auschwitz.

A remarquer les quelques mots par lesquels la fiancée Anversoise évoque un ultime message d'Arthur Zasky, non plus écrit de Drancy même mais sur le plancher d'un wagon partant vers un "lieu inconnu"... S'agit-il d'un message lancé du wagon avec l'adresse aux Mazures de Marie Arnould et parvenu à cette destinataire ? Pour être ensuite annexé à un envoi de la Mazuroise pour Anvers ? On pourrait le croire en le lisant entre les lignes mais rien dans les recherches n'a jusqu'ici étayé cette hypothèse.

 

Est ensuite consultable une lettre d'Adrienne Matthÿssens qui sur deux pages et sous la date du 7 mai 1944, parle notamment et pour la première fois de "camp de concentration" :

 

- "...je n'ai pas une seconde le temps d'être malade, ne sais plus ou / me mettre la main et les pieds, ils me manquent beaucoup / de ces espèces de membres pour secourir les sinistrés, les hopitaux / sont bondé, à Malines ou j'ai aussi de la famille de 29 personnes / ils n'en reste que deux, un bébé de 8 mois et une t vieille / tante de 89 ans, j'ai pris le bébé chez moi, dénué de tous vêtements / il n'avait aucune gratignure, ont dis : il y a un Dieu pour / les enfants et les vieillards, c'est bien le cas ici...

Au dernier bombardement sur Malines il y avait aussi deux / train venant d'Allemagne avec des permissionnaires et des prisonnier / soldats belges; ils y en à qui ont été tué; je me demande parfois ! n'y / avait-il peut-être pas un qui avait avec lui un mot / de mon cher, je suis aller pour pouvoir parler avec l'un ou / avec l'autre mais hélas ! aucune trace, pour ma part il doit / être dans un camp de concentration, quoique j'en doute, en tous / cas j'ai fait faire des recherches qui malheureusement ne vont / pas vite en ce moment. Notre fil ville est signaler pour le / 8, 9, 10, de ce mois, et le 22 ; nous sommes avertis (6); pauvre petite / Belgique nous devons toujours écopé pour les commencements / et les finales des guerres; Ci jamais la guerre finie et vous / n'entendrais plus signe de moi, touchons du bois : veuillez s.v.p. / dire à mon cher Trésor, combien j'ai souffère et combien je l'ai aimée / vous feriez cela pour moi, n'est-ce pas Madame, ci je souffre / c'est que pense qu'il sera seule au monde, car verra-t-il jamais / encore ces chers Parents (7) ..." (3)


Adrienne Matthÿssens avec ses brassards d'infirmière
détail d'une photo prise à Anvers devant un monument 1914-1918 (arch. fam. Pernelet)

 

(1) Courriers dont aucune autre trace n'a été retrouvée jusqu'ici.

(2) Convoi 66 Drancy - Auschwitz, du 24 janvier 1944.

(3) Archives familiales d'Alberte Pernelet, Les Mazures. Originaux proposés lors des présentations de l'exposition de la Bibliothèque centrale de Charleville-Mézières sur le Judenlager des Mazures et ses déportés.

(4) Lire et voir une reproduction partielle sur la page 112 du blog.

(5) La Caserne Dossin à Malines, Sammellager de Belgique. Transformée très partiellement en Musée de la déportation et de la résistance des juifs en Belgique (voir liens et page actualités du blog le 26 mars 2006).

(6) Dates supposées de proches bombardements alliés.

(7) Les parents d'Arthur : Naftula Zasky et Rahle Samunov avaient été déjà emportés pour Auschwitz par le convoi IX du 12 septembre 1942. Soit 16 mois avant leur fils. Tout comme lui, ils ont été victimes de la Shoah.

 

Publié dans Déportés

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