P. 116. Courriers bouleversants après la fermeture des Mazures (5).

Publié le par Jean-Emile Andreux

Adrienne Matthÿssens s'interroge sur son fiancé, Arthur Zasky : "a-t'il survécue aux tortures des Boches ?"

 

La page 114 du blog porte une lettre d'Adrienne Matthÿssens en date du 4 décembre 1944. Elle y décrivait notamment Anvers sous les V1 et les V2. Les recherches imposent bien involontairement d'attendre le 19 août pour poursuivre la lecture de courriers à destination des Mazures, pour Marie Arnould-Jacques.

 

Dimanche 19.8.45

Très chère Madame Arnould,

Avec beaucoup de joie, j'ai reçu votre aimable / missive (1). Oui ! nous avons échappée des V. 1. hélas / sinistrés trois fois, mais vivant pendant huits / mois dans nos caves, nous en sommes sorties sauf, / quelques taches bleu, contusions et égratignures /  qui n'ont heureusement pas laisser de traces. / Mais le mobilier, linges, argent et valeurs ont / pris le chemin des décombres, vous comprenez / l'état ou ont se trouvent, comme j'ai enor- / mément de relations d'Amies, j'habite dans / une grande maison de maître avec un / énorme jardin, dommage qu'Arthur n'est pas / encore retourner, lui qui aime tant la verdure / et les grands arbres, y trouvera surrement sont / confort, hélas la providence n'en juge pas / ainsi, je ne fais que matin au soir qu'écrire / et envoyer des lettres (2) innombrables pour donne / des indications précis, a-t'il survecue aux / tortures des Boches ? j'ai écrit en France, à / Toulouse, Paris etc... En Allemagne, Pologne

 

 

 

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 Suisse, Suède, Amérique, Angleterre, même / en Russie, aux bureaux Commisariat de / rapatriements prissonniers et Déportés Belges, / hélas ! encore aucune réponse, même à Bruxelles / par Radio j'ai fait faire la demande, / j'espère avoir mon tour aussi, car chaque / demande ce fait par numéro, tous les soirs / à 1O.20h. alors je reste là, l'oreille / tendue et un coeur vibrant attendre son / cher nom qui n'est pas encore prononcer, / mes nuits sont des veritables cauchemars... / je pense avec horreur au dur hiver que

 

page 3

 

nous devons passer, sans charbon n'y bois, j'ai / été ainsi que ma mère très malade d'enterrite, / les choques ont été téribles.../ Puis-je éspérer que vous ainsi que votre / chère entourage ne souffre pas trop de / manque de nourriture etc... Comme linges / et vêtements c'est aussi pénurie comme dans / tout d'alors. Notre ville de port à livrer / beaucoup au final de cet horrible guerre, / quand aurat-on un peu plus de / ravittaillement, cela à bien un peu améliorer, / mais c'est encore trop peu, apres / cinq ans de privations, je pense aux pauvres.

 

 

Découpé dans un quotidien anversois, cet Avis de recherche de personne disparue. Une initiative du Commissariat belge aux rapatriements. L'Avis est rédigé et signé par Adrienne Matthÿssens.

Elle indique comme lieu et date des derniers renseignements reçus : France, Ardennes, le 4.1.44 par la Poste. Soit un courrier clandestin transmis par Marie Arnould-Jacques la veille de la fermeture du Judenlager. (Dossier individuel A. Zasky, Service des victimes de la guerre, Bruxelles).

(1) Courrier perdu.

(2) Celles reçues par la Croix-Rouge de Belgique sont archivées dans le dossier individuel du SVG, Bruxelles.

 

Publié dans Déportés

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