P. 120 : Elie Wiesel, agressé par un négationniste

Publié le par Jean-Emile Andreux

"Je ne suis qu'un écrivain..."

 

Pressenti pour la Présidence de l'Etat d'Israël, Elie Wiesel, avait décliné cette offre honorifique en rappellant que ses compétences s'inscrivaient dans le domaine de l'écriture et - en tant que survivant de la Shoah - comme "passeur de mémoire". Rescapé d'Auschwitz et de Buchenwald, il y a perdu sa mère et sa soeur alors que son père décédait peu après la libération du Buchenwald.

Le 9 février, la police de San Francisco vient d'informer qu'Elie Wiesel a été la victime d'une agression perpétrée par un négationniste. Un homme se présentant sous l'identité d'Eric Hunt a d'ailleurs revendiqué cet acte sur un site internet antisémite :


- "J'avais prévu d'amener Wiesel dans ma chambre d'hôtel, où il aurait pu répondre sincèrement à mes questions concernant le fait que ses mémoires sur l'Holocauste, "la Nuit", ne sont pratiquement entièrement que fiction ... Je suivais Wiesel depuis des semaines... Je souhaitais le forcer à dire la vérité sur un enregistrement vidéo".

 

Ce prix Nobel de la Paix (1986) a signé une oeuvre rédigée en Français et d'une dimension peu banale. Les lecteurs se souviendront, entre autres titres, de :

- "Le cinquième fils" (Grasset et Fasquelle), Grand Prix littéraire de Paris en 1983

- "Le Testament d'un poète assassiné" (Le Seuil), Prix du Livre France Inter en 1987

- "Le mendiant de Jérusalem" (Le Seuil), Prix Médicis en 1998.

- Dernière publication : "Un désir fou de danser" (Le Seuil), 2006...

 

 

"La mémoire demeure notre seul abri." (1989)



Cette page 119 vous propose un hommage sous forme de citations :

AUSCHWITZ

- "En fin de compte, je ne cesserai jamais de m'insurger contre ceux qui ont fait ou permis Auschwitz.
Et contre Dieu aussi ? Contre lui aussi.
Les questions que je m'étais autrefois posées à propos du silence de Dieu, elles demeurent ouvertes. S'il y a une réponse, je ne la connais pas. Bien plus, je refuse de la connaître. Mais je maintiens que la mort de six millions d'êtres humains pose une question à laquelle aucune réponse ne sera jamais apportée."

- "A Auschwitz, dans les cendres, s'éteignirent les promesses de l'homme." 

 

ETRANGER

- "Je regarde un être : je pensais que nous appartenions au même univers, que nous partagions les mêmes secrets, que nous étions liés par des souvenirs, des rêves, des projets démesurés ;
or, le voilà, autre : un étranger.
Ce qui signifie que je suis pour lui aussi un étranger ; je me reconnais étranger en lui, à travers lui.
Autrement dit, il se peut que l'étranger en lui, ce soit moi."

 

HOMMES

- "Il faudrait peut-être imaginer les dieux rendus fous par les hommes".

 

HUMILIER

- "Tout être humain a le droit à la dignité. Violer ce droit, c'est humilier l'homme. Or, aux yeux des Sages anciens, l'humiliation constitue un crime comparable au meurtre."

 

MAL


-
"Il n'est peut-être pas donné à l'homme d'effacer le mal, mais il peut en être la conscience."

- "Je ne lutte pas contre le mal, qui est toujours plus fort, mais contre l'indifférence au mal."

 

MANQUE

- "Ce qui compte, c'est ce qui manque et peu importe qu'on ne le trouve jamais."

 

MORT

- "Les hommes finissent par entrer dans la mort comme on entre dans un regard qui nous attire."

 

PRESIDENT IRANIEN

- "Le président iranien dit en substance qu'il n'y a pas eu de Shoah mais qu'il y en aura une."

 

SILENCE

- "Si ce n'est pas le suicide, c'est le silence. Ca revient au même... C'est le silence fécond. Le Dernier." (avec G. Semprun)

 

SOUFFRANCE

- "La souffrance, en tant que telle, n'acquiert aucun droit. C'est ce qu'on fait de la souffrance qui acquiert des droits."

 

VIE

- "La vie n'est pas un poème. Je ne sais pas ce qu'est la vie, et je vais mourir sans le savoir."

 

XXe SIECLE

- "Paradoxalement, j'étais optimiste en 1945, convaincu qu'il n'y aurait plus d'antisémitisme, ni de racisme, ni de guerre. Si quelqu'un m'avait dit que, de mon vivant, je devrais encore me battre contre cela, je ne l'aurais jamais cru. Savez-vous que chaque minute un enfant meurt dans le monde d'une mort non naturelle, de la famine, de la violence ? Les leçons du XXe siècle n'ont pas été tirées. Nous avons essayé, mais elles n'ont pas été reçues. Comme ce messager de Kafka qui n'arrive pas à délivrer son message."


Publié dans Négateurs

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Michelle 14/02/2007 14:43

Quand on pense qu'il est lui même rescapé, ses parents sont morts dans les camps.
Il a été recueilli par l'o.s.e (oeuvre de secours aux enfants) lorqu'il est revenu de Buchenvald.
Je l'ai rencontré en 1966 quand il est venu à la maison d'enfants de Taverny
J'avais lu ses 3 livres sur la Shoah, mais j'étais trop intimididée pour le lui dire (j'avais 16 ans)

Jean-Emile Andreux 14/02/2007 15:58

Sincère remerciement à Michelle Goldtsein pour ce témoignage. Celles et ceux qui viennent sur ce blog des Mazures, sont invités à découvrir son site web.