P. 134. Lettre à la SNCF

Publié le par Jean-Emile Andreux

A la mémoire de Sarah Korn

 

Après les pages des 8, 10 et 14 juin 2006 suivies des pages 129, 132 et 133 de ce blog, les réactions suite à l'appel introduit par la SNCF poursuivie pour ses transports de déportés vers Drancy, continuent à marquer douleurs et incompréhensions.

David Korn a confié cette Lettre au blog :

 

"Cela faisait longtemps que j'avais l'intention d'écrire à la SNCF, pour leur faire remarquer que nous étions encore redevable de nos tickets de transport. Ce n'est pas que nous avions essayé de voyager en fraude, mais aucun contrôleur ne s'est présenté pour vérifier si nous nous étions acquittés de notre titre de voyage.

Il est vrai que le confort laissait à désirer et que malgré tout nos efforts, il était impossible de trouver un wagon restaurant. Je n'insisterai pas sur l'état des sanitaires. Les voyageurs étaient pris en charge par la Milice française, du gouvernement de Vichy, de vrais chiens enragés.

Pourriez-vous croire, c'est presque impensable, que pour faire, Rivesaltes, dans les Pyrénées orientales, jusqu'à Drancy, chef-lieu de canton de la Seine-Saint-Denis, prés de la gare de Bobigny, il a fallu prés de deux jours. Il est vrai que ce train n'avait aucune priorité. En fait, c'était un omnibus. Finalement, le 5 septembre 1942, le 4ème convoi de Rivesaltes est arrivé à Drancy.

Sarah Korn, née le 2 février 1910, ma mère, est restée dans ce camp jusqu'au 11 septembre 1942, et avec le convoi n° 31, a été déportée à Auschwitz, et est arrivée le 13 septembre 1942. Elle a été gazée le même jour.

J'ai eu la chance de rencontrer un des rares rescapé du même convoi, et il m'a raconté ce que ces gens ont enduré, dans ces trains à bestiaux, insalubres, sans nourriture, sans eau. Beaucoup étaient morts à l'arrivée.

Ces trains ont transporté près de 80000 personnes. 3% sont revenues.

Aujourd'hui, plus de 60 ans aprés, la plupart des responsables sont décédés, et la SNCF plaide non coupable. L'argument principal est qu'ils étaient "contrains et forcés". N'oublions pas cependant que beaucoup de cheminots français ont eu comportement exemplaire et ont payé de leur vie, pour fait de sabotages.

Porter plainte contre la SNCF n'est pas une mince affaire. Comme avocat aux procès de New-York, la SNCF avait choisi contre les déportés Arno Klarsfeld, le fils de Serge Klarsfeld, traqueur de nazis, et président des fils et filles de déportés. La réalité dépasse la fiction.

David Korn

(Bruxelles).

 

 Rivesaltes en 1942...

2250 juifs dont 110 enfants furent ensuite déportés sur Drancy puis Auschwitz

(S. Weil Lipman Collection / history 1900s.about.com)

 

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Bergé Nicole 10/03/2008 14:42

Bonjour Mr David Korn,Avez-vous été sauvé dans le camp de Rivesaltes ? Si c'est le cas, l'an passé j'ai rencontré une infirmière qui vit à Jérusalem et qui travaillait pour l'OSE en 1942 pour sauver les enfants... J'ai des témoignages de cette dame.Nicole

David Korn 11/05/2008 08:08



Bonjour Madame Nicole Bergé,

Je viens de lire votre message.

Effectivement, j'étais au camp de Rivesaltes du 21 février 1941 au 24-25
avril 1942.

C'est l'OSE qui m'a fait sortir de cet enfer et confié aux EIF (Eclaireurs
Israëlite de France ) à Moissac ( Tarn et Garonne )

Je suis trés intéressé par les témoignages de cette ancienne infirmière du
camp de Rivesaltes.

Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé un garçon qui était également à
Rivesaltes à la même époque; Nous nous sommes revus au début de ce mois et
ceci aprés 63 ans...Que d'émotions.

Salutations amicales.

David Korn




hélÚne LIPIETZ 05/04/2007 21:43

Zut je croyais qu'il y avait une prévisualisation, qui me permet de corriger les fôtes...

donc désolée, pour cette infraction à la police des voyageurs, non pardon de l'orthographe!

hélÚne LIPIETZ 05/04/2007 21:39

Et oui la Cour adminsitrative d'appel semble oublier ce point de détail... les Voyageurs sans sépulture n'ont pas acquitté leur billet...

Pourtant si c'est le juge civil qui doit jugé cette affaire, c'est qu'ils étaient des voyageurs comme les autres!

bref, il est tant que la SNCF reconnaisse que sa t^te était collaboi et ses jambes résistantes