P. 135. "David Korn with his mother"

Publié le par Jean-Emile Andreux

Une suite à la Lettre de David Korn destinée à la SNCF

 

La "Lettre" rédigée par David Korn - page 134 - réagissant à l'appel favorable à la SNCF suite aux accusations contre elle portées en conséquence de la déportation de juifs vers Drancy, a entraîné des réactions autant empreintes de sympathie que de souhait de mieux connaître l'histoire de Sarah Korn et de son fils.

 

David Korn a accepté d'apporter sur le blog quelques compléments :

 

- "Mes parents habitaient rue de la Caserne à Bruxelles et mon père exerçait la profession de casquettier. Quand éclate la guerre, il est décidé de nous évacuer en France, ma mère et moi. Hélas, alors que nous avons pris le train, nous sommes arrêtés à la frontière française. Nous avons été ensuite enfermés dans deux camps successifs - dont Gurs - avant de nous retrouver derrière les barbelés de Rivesaltes. Né en avril 1936, mes souvenirs ne sont pas toujours précis quant à ce triste voyage. Il n'empêche que pendant de longues années, m'ont poursuivi des cauchemars avec des trains...

La seule photo de ma mère dont je dispose, est celle prise, miraculeusement, au camp de Rivesaltes le 19 novembre 1941, et qui m'a été remise aprés la guerre, par Mme Rosenberg qui était, comme ma mère et moi, internée dans ce cloaque. Je suppose que ce cliché - dont il est pour le moins curieux qu'il puisse avoir été pris dans de telles conditions -, le fut par un Républicain espagnol. Ces derniers nous avaient précédés dans ce "camp de la honte".

La copie de cette photo se trouve au musée de la Shoah, à Washington. Il suffit de taper sur GOOGLE : "David Korn with his mother".

 

 Camp de Rivesaltes, 19/11/1941, David et sa Mère (Arch. D. Korn et USHMM)

 

J'ai eu la chance d'être évacué de ce camp, le 25 avril 1942, et pris en charge par l'OSE (1) et les EEIF (2) puis caché, à partir de 1943, dans une famille française, à Meylan, prés de Grenoble, jusqu'à la fin de guerre. Le déclic de mon sauvetage a été l'invasion de la Zone dite "libre" par les Allemands. J'ai reçu alors comme fausse identité celle de Daniel Chapon. On veillait alors à ce que les initiales de la nouvelle identité correspondent à celles d'origine. Donc D pour David puis pour Daniel. Par contre, difficile en français de trouver un K comme Korn d'où le C de Chapon.

Aprés plus de quinze ans de recherches, le 4 mars 2004, le couple de cette valeureuse famille de Meylan a été nommé - malheureusement à titre posthume - " JUSTE PARMI LES NATIONS " (3).

Si j'ai survécu, c'est grâce au courage de ces gens. Nous étions deux enfants juifs, cachés chez eux, et nous n'oublierons jamais ce que nous leur devons.

J'ai bien connu deux anciens du camp des Mazures, Harry Reicher (4), et également Favel Grinspan (5), malheureusement décédés.

C'est mon ami Willy Koganovitsch, dont le père est un des deux derniers survivants des Mazures, qui m'a fait connaître votre blog."

David KORN.

 

(1) L'Oeuvre de Secours aux Enfants a été créée en 1912 à St-Pétersbourg pour les Juifs défavorisés. Au cours de la Seconde guerre mondiale, l'OSE est intervenue dans des camps pour tenter d'en sortir des enfants promis à la mort. Dès 1943, cette Oeuvre organisa un réseau clandestin qui arracha à la Shoah plus de 5.000 enfants.

A la libération, l'OSE assura la prise en charge de plus de 2.000 orphelins dont les parents avaient été massacrés par l'antisémitisme de la dernière guerre.

(2) Les Eclaireuses - Eclaireurs Israélites de France forment un mouvement qui remonte à 1923. En 1939, 2.500 membres se répartissaient entre Paris, l'Alsace-Lorraine, Lyon, Marseilles et l'Afrique du Nord.

Vichy procéda à la dissolution de l'EEIF ce qui n'empêcha nullement ses Eclaireuses et Eclaireurs d'ouvrir des maisons pour enfants juifs persécutés et de les sauver de la Shoah.

(3) André et Angèle Burlon-Artaud, Meylan, Isère. Voir la liste des Justes de France sur le site du Comité français pour Yad Vashem.

(4) L'un des 10 évadés du convoi Charleville-Drancy, le 5 janvier 1944. Sauvé par le réseau d'Emile Fontaine qui dans ce contexte, vient d'être reconnu Justes parmi les Nations avec sa compagne, Annette Pierron et la mère de celle-ci, Colette Pierron.

Sa fille, Yaël, est Présidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures. 

(5) Autres Orthographes : Faywel Grynspan ou Grynzpan. Renvoyé des Mazures à Malines le 24 octobre 1942 pour le convoi XV vers Auschwitz (n° 50). Matricule 70 786 à Auschwitz puis 123 871 à Mauthausen. A subi encore le camp de Gusen avant d'être libéré et rapatrié par l'Hôtel Lutetia à Paris.

 

Publié dans Déportés

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article