P. 136. Le Pen à Aubenton

Publié le par Jean-Emile Andreux

Le quotidien "L'Ardennais" l'affirme :

"A Aubenton (Aisne) Le Pen a de beaux restes"

 

Nos lecteurs ne risquent pas de l'oublier. Le 16 septembre de l'an passé, une "rue Emile Fontaine" a été inaugurée à Aubenton. Or ce résistant venait d'être reconnu "Juste parmi les Nations" de même que sa compagne, Annette Pierron et la mère de celle-ci, Camille Pierron. Tous trois avaient sauvé des évadés du convoi Charleville-Drancy, le 5 janvier 1944. Et les évadés provenaient uniquement du Judenlager des Mazures.

En conséquence du titre octroyé officiellement par Yad Vashem (1), l'"Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures", avait demandé à ce que la mention "Juste parmi les Nations" figure sur la plaque de la nouvelle "rue Emile Fontaine". Cette proposition avait été acceptée. Mais nullement appliquée. Puisque le 16 septembre, la plaque de ladite rue restait muette sur la qualité de "Juste" d'Emile Fontaine (de même, il est vrai, sur ses titres de capitaine FFI abattu par la Gestapo le 30 mars 1944).

 

La rue Emile Fontaine à Aubenton (photo JEA)

 

Interloqué par cette promesse non tenue, et interrogeant sur ce manque, il nous a été répondu : "C'est pour ne pas en choquer d'aucuns"... Phrase qui n'est plus énigmatique depuis que sous la plume de Julien Bouillé, "L'Ardennais" (2) a proposé sur 5 colonnes un article rédigé dans le contexte de la Présidentielle 2007 et commençant par ce chapeau :

- "En tête au premier tour devant Jacques Chirac et crédité de plus d'un tiers des voix au second, Jean-Marie Le Pen avait fait un carton à Aubenton (Aisne) en 2002. Cette année, les ingrédients d'un vote frontiste sont encore là."

Un encadré rappelle les résultats électoraux de 2002 :

- au premier tour : 26,6 % des voix pour Le Pen, 23,2 % pour Chirac et 15 % pour Jospin ;

- au second tour : 36,5 pour Le Pen et 59,8 % pour Chirac.

Journaliste à "L'Ardennais", Julien Bouillé a donc voulu prendre la température électorale à Aubenton pour la comparer avec son passé récent. Les résultats pour 2007 ne sont pas tristes mais bien consternants. En voici quelques échantillons :

Madame S. L. (3) : "Je sais que je vais vous choquer, mais la dernière fois que j'ai vu Le Pen à la télévision, tout ce qu'il disait, c'était ce que je pensais... Les étrangers prennent le travail des Français... Je souhaite un retour à l'envoyeur pour les sans-papiers..."

La même préfère visiblement l'original à toute copie. Et confie cette perle au journaliste : "Sarkozy, il n'est pas mal mais physiquement, c'est un gamin. Et puis il a un nom étranger. Pour un président de la République française, c'est embêtant !"

Cette dame garde chez elle une photo de Pétain accrochée bien à vue. Car, comme elle et son mari le répètent : "C'était un grand homme comme De Gaulle l'a été".

Poursuivant ses interviews, le journaliste s'est encore entendu affirmer :

Monsieur B. M. (4) : "Les politiques sont tous des charlots. Ils parlent de choses qui n'ont rien à voir avec notre vie, à part Jean-Marie Le Pen... Je reçois aujourd'hui 450 Euros et là-dessus, je paie des impôts. Au final, je touche moins qu'un RMIste ou quelqu'un qui est au minimum vieillesse. Ce n'est pas normal, ce sont des gens qui n'ont jamais travaillé de leur vie. Avec Le Pen, si tu travailles, tu manges, tu travailles pas, tu crèves... Sarkozy ? Ce qu'il dit, c'est bien. Mais en réalité, il fait le contraire. Il a dit qu'il allait nettoyer les banlieues, mais il n'a pas su le faire."

Monsieur R. (5) : "Il faut supprimer la racaille et fermer les frontières !!!"

Monsieur D. (6) : "J'étais pour Chirac, je devrais donc être pour Sarkozy. Mais je ne sais pas si je vais voter pour ce petit Napoléon. Je me demande si je ne vais pas choisir Le Pen pour exprimer mon ras-le-bol..."

En gardant à l'esprit les résultats du second tour des Présidentielles en 2002 : 36,5 % d'électeurs d'Aubenton se prononçant déjà en connaissance de cause pour Le Pen, on ne peut pas espérer que les interview qui précèdent, ne mettent en évidence que des ultra-minoritaires.

Monsieur Sébastien Henniaux, le seul épicier d'Aubenton, sauve l'honneur : "Je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi les gens n'aiment pas les étrangers alors qu'il n'y en a pas chez nous !"

 

(1) Lire les pages 66, 67, 73, de 75 à 79 de ce blog.

(2) En date du 31 mars. Que François Lorent, archiviste et membre de l'Association, soit remercié pour la transmission de cet article.

(3) "L'Ardennais" publie l'identité exacte et la photo de l'intéressée. Ce blog ne participe qu'à une réflexion de fond et donc s'abstient de garder de tels "détails".

(4) Agriculteur.

(5) Chauffeur routier.

(6) Entrepreneur dans le bâtiment. 

 

Pour mémoire : 2002 en titre dans la presse internationale...

 

 

 The Economist, 27 avril - 3 mai 2002

 

Publié dans Emile Fontaine

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désiré 22/04/2007 02:36

Bonjour, Habitant Aubenton et visitant votre site de temps en temps, j’ai eu la grande la surprise de tomber sur cette page mêlant l’histoire du brave résistant Emile Fontaine ainsi que le village d’Aubenton à une histoire de politique par rapport au F.N. Je me permets de vous dire que cette page me choque et ne vois pas trop l’intérêt de débattre de ceci sur votre site. Par contre pour ce qui est du sujet paru dans l’ardennais je n’ai pas eu l’occasion de le lire mais le même fut écris dans des journaux locaux avec le même intitulé « le Pen à Aubenton » (certaines personnes ont même crus que M. Le Pen était venu à Aubenton), sur ces reportages des personnes interrogés ne font même pas partis du village (vu les photos). Il est vrai que le Pen fit un score honorable à Aubenton voire même dans le département de l’Aisne mais je ne pense pas que ce soit en parti un vote pour le front national mais plutôt un vote de ras-le-bol, mais il faut savoir que si M. le Pen est arrivé au second tour en 2002 ce n’est pas spécialement dû aux votes des Aubentonnais car dans le département des Ardennes M. le Pen était bien présents. Au second tour on relevait 24.08% pour M. Le Pen et 75.92% pour M. Chirac pour le département et pour ce qui est de la Ville des Mazures premier tour 2002, en tête M. le Pen avec 31.92% et second M. Chirac avec 17.41%, second tour F.N 30.33% et 69.67% pour M. Chirac, bref des résultats avec des écarts bien plus importants qu’Aubenton au premier tour.

Jean-Emile Andreux 22/04/2007 09:14

Votre surprise ne peut pas se montrer si "grande"... puisque la Presse régionale a effectivement tenu à décrire en détails les résultats électoraux à Aubenton lors des Présidentielles de 2002. Et ce blog n'y a donné qu'un écho limité (sans en "débattre" pour autant). Vous-même estimez ce "score honorable". Cependant nous ne sommes visiblement pas les seuls à nous interroger quant à savoir s'il est vraiment "honorable" pour Aubenton de se distinguer avec 35,60% de votes pour Le Pen au second tour (pour une moyenne de 24;57% dans l'Aisne) ?
Le mal être, y compris économique, n'est pas la seule explication tenant la route. Dans les interviews publiées (d'Aubentonnais exactement identifiés) transparaissent de la xhénophobie la plus brute et même des nostalgies de Vichy !
Les résultats électoraux des Mazures avaient déjà été publiés sur ce blog et en temps utile. Il est donc superflu de les rappeler. Surtout si Les Mazures devaient être citées comme pour excuser Aubenton. Pour rappel, aux Mazures et en 2005, la commune a honoré officellement les déportés du Judenlager et un monument y fut dressé en un jour historique.
Par contre, faut-il rappeler qu'en septembre 2006, à Aubenton, l'inauguration de la rue Emile Fontaine a été marquée par l'absence de la mention "Juste parmi les Nations" sur la plaque, alors que la promesse en avait été faite ? Et dans le discours prononcé au nom de la Commune, jamais cette qualité de "Juste" n'a été évoquée... Le camp des Mazures n'y apparut plus comme un Camp spécifique pour juifs.
Cette occultation explique que la cérémonie de reconnaissance comme "Justes" aux noms d'Emile Fontaine, d'Annette et de Camille Pierron, ne se déroulera pas à Aubenton comme prévu initialement, mais bien au Sénat à Paris.
Un dernier mot pour Le Pen : dans ses arguments électoraux actuels figure son reproche au Président Chirac d'avoir reconnu les responsabilités de Vichy dans la persécution des juifs... La boucle est bouclée. L'histoire et la politique ne s'ignorent pas.
J-E Andreux