P. 141. Les victimes liégeoises de la Shoah

Publié le par Jean-Emile Andreux

Après une conférence et avant la publication de leur Mémorial de la Shoah à Liège, David Fraser et Thierry Rozenblum lancent un appel à témoignages et à documents...

 

Les lecteurs ont en mémoire les 8 convois qui, de Belgique, partirent pour la France avec plus de 2.252 juifs - travailleurs forcés - en 1942... Un seul de ces convois, celui du 18 juillet, quitta Anvers pour les Ardennes (plus exactement la gare de Revin, la plus proche des Mazures). Les 7 autres étaient destinés au camp de Dannes-Camiers (1), dans le Boulonnais et pour la construction du Mur de l'Atlantique. Au nombre de ces derniers, seul le convoi du 3 août démarra de Liège (2).

Deux quotidiens, "La Meuse" et "Le Soir" (25 avril), viennent de jeter un éclairage plus large sur le sort des 686 juifs de l'agglomération liégeoise qui furent autant de victimes de la Shoah. Ces reportages suivent la commémoration par le Foyer culturel juif de Liège du "yom hashoah ve hagvoura" (jour de la Shoah et de la bravoure). Cette commémoration comportait une conférence-débat menée par David Fraser, professeur à l'université de Nottingham (GB), et par Thierry Rozenblum, historien de la Shoah (3).

Les titres de ces deux journaux résument le sens et le contenu de l'exposé des deux conférenciers :

- "Le Soir" : "Le visage liégeois de la Shoah. DEUX CHERCHEURS enquêtent depuis cinq ans sur le sort des Juifs pendant la guerre. Une zone d'ombre de l'histoire de Liège."

- "La Meuse" : "Un livre événement. 686 Juifs liégeois tués. Thierry Rozenblum et le professeur canadien David Fraser ont mené une enquête passionnante sur un aspect inédit de l'histoire de Liège...Docilité de la Ville de Liège."

 

 ("La Meuse", DR)

 

Concrètement, ces deux historiens préparent la sortie prévue pour l'automne prochain et chez Luc Pire d'un Mémorial de la Shoah à Liège (avec CD-rom). Leurs travaux ont inévitablement porté aussi sur l'attitude des Autorités liégoises sous l'occupation. A une question de Bernard Gheur, journaliste à "La Meuse", la réponse de Thierry Rozenblum est sans ambiguïté :

- "Toutes nos recherches prouvent, malheureusement, que l'administration communale, de haut en bas, est impliquée dans l'application des 18 ordonnances antijuives prises par l'occupant." Mais "la police liégeoise ne participe pas à des rafles, comme c'est le cas à Anvers."

Avec le journaliste du "Soir" signant des initales D. C. et s'interrogeant sur un éventuel "excès de zèle", Thierry Rozenblum se montre encore plus précis :

- "C'est évidemment ce qui nous est venu à l'esprit après avoir compulsé de nombreux documents. En Belgique, la première ordonnance allemande au détriment des Juifs est entrée en vigueur en octobre 1940. Or, nous avons découvert que, dès le mois de juin, la ville avait entrepris de recenser les Juifs habitant sur son territoire (4) mais aussi à déterminer l'influence juive dans l'économie liégeoise. Dans les registres de population, les fonctionnaires ont indiqué le mention "Juif" en lettres rouges avant même que cette demande ne soit formulée par les Allemands. De son côté, la chambre de commerce a établi une liste des commerçants israélites et polonais de la ville... Selon nous, le bourgmestre Joseph Bologne ne s'est pas vraiment opposé à l'ordonnance qui contraignait les Juifs à porter l'étoile jaune."

Complémentairement, cette page du blog relaie l'appel lancé dans "La Meuse" :

-  "Aidez-les à écrire l'histoire des Juifs liégeois. Si vous avez des témoignages, des photos, des documents sur ce sujet, c'est le moment !" (5)

 

(1) Lire de Danielle Delmaire : "Les camps des Juifs dans le Nord de la France (1942-1944)", MEMOR, n° 8, 1987. Cette publication est très précisément à la base des recherches sur le Judenlager des Mazures. 

Danielle Delmaire est professeur à l'université de Lille 3, directrice de publication de TSAFON (Revue d'études juives du Nord) et membre d'honneur de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures.

(2) Consulter le site de l'Association de la Mémoire de Dannes-Camiers qui figure dans nos liens depuis l'ouverture de ce blog (et sans réciprocité).

(3) Auteur d'"Une cité si ardente. L'administration communale de Liège et la persécution des Juifs. 1940 - 1942", Revue d'histoire de la Shoah, n° 179, septembre - novembre 2003. Un regret : sur les convois de travailleurs forcés pour la France, seuls ceux de Dannes-Camiers sont évoqués et celui des Mazures reste ignoré.

(4) Précision donnée par les deux historiens : 2.560 juifs ont été répertoriés dans l'agglomération liégeoise au début de la guerre.

(5) Pour tout contact, un courriel à Thierry Rozenblum : t.rozenblum@gmail.com 

 

Publié dans Occupation

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article