P. 152. Exodes de Mazurois

Publié le par Jean-Emile Andreux

1940 : le gouvernement de la IIIe République envoie les Ardennais en Vendée pour les protéger des fureurs nazies...

 

La page 151 contient la première synthèse des Rapports préfectoraux rédigés pour Pétain sur cette France venant de perdre son régime républicain et entrant dans la collaboration. Cette première synthèse porte notamment sur les interdictions faites à des Ardennais de retrouver leurs terres et leurs biens car ceux-ci, de par la volonté allemande, se retrouvaient en "zone interdite". Les Mazures figuraient dans cette "zone".

Les quelques extraits de témoignages qui suivent, décrivent les chemins de l'exode suivi par des Mazurois obligés, après la fin des hostilités, de ruser avec les occupants pour finalement retrouver leur village...pillé.


En son domicile des Mazures : Louis Baudrillard (photo JEA)


Louis Baudrillard :

- "Aux Mazures, on voyait des soldats passer sans arrêt. J'avais encore mes deux grands-mères et elles faisaient du café notamment pour les spahis qui gelaient sur leurs chevaux.

Je me souviens aussi de l'artillerie. Ils réquisitionnaient des chariots. Nous avons perdu des chevaux dans cette histoire. Mes parents n'ont jamais été indemnisés car il fallait un témoin et personne n'a accepté de se porter garant.

Puis des avions allemands sont venus lâcher des bombes. L'une est tombée sur la première maison du village en venant de Revin. Dans la prairie, il y avait en effet un canon pointé pour la défense du village. Puis ce fut la débâcle...

Le Maire, Marcel André, a lancé un appel pour partir. Me voilà avec mes parents et les deux grands-mères dont Marguerite pour qui c'était la troisième guerre ! Nous avons été à pied jusqu'à Nangis dans la Marne.

En route, ça tirait de partout. J'ai vu des gens touchés. Une bombe est tombée sur un chariot de Belges. Ca m'est resté, ces pauvres gens qui hurlaient..."

(Les Mazures, 26 février 2003)

 

Mireille Colet-Doé :

- "Le 10 mai, des Belges passent par les Mazures pour prendre les chemins de l'exode.

Le 12, à 8h30, je ne commence pas mes cours et j'avertis les enfants qu'il est trop dangereux de rester à l'école. Des avions allemands passent à basse altitude. Ces rase-mottes pourraient être suivis de bombardements. Il faut éviter une éventuelle hécatombe...

Le 13, départ pour la Vendée où se replie la Préfecture des Ardennes."

(Les Mazures, 6 août 2002)

 

Marguerite Henon :

- "Mai 1940, ma belle-mère nous dit :

"Oh, c'est mauvais : voilà les Belges qui se sauvent par notre village. Ca me rappelle 1914..."

Nous voilà partis le plus souvent à pied, parfois dans un camion. Nous avons connu les attaques de l'aviation allemande. Ainsi, à Berry-au-Bac, lors du franchissement de l'Aisne. Ce sont des chevaux tués le long des routes...On filait au plus vite et on couchait dans des granges.

La Mairie des Mazures a été transférée à La Tranche-sur-Mer.

A retour, la maison est retrouvée pillée, notamment les meubles. De ma chambre, des trous dans le plancher donnent directement sur le rez-de-chaussée."

(Les Mazures, 6 août 2002)

 

Marie-Rose et Henri Maquin :

- "Nous habitations l'un en face de l'autre et nous avons évacué ensemble, ce devait être le lundi de la Pentecôte.

Chacune de nos deux familles avait son équipage : un charriot tiré par trois chevaux. Ce n'était pas de trop car nous avions l'obligation de prendre les bagages d'autres habitants du village. A tel point que les chevaux n'arrivaient pas à tirer le tout. Vous savez, c'était lourd.

Nous avons déjà été bombardés sur la route de Renwez. C'est qu'ils nous visaient vraiment ! En arrivant à la côte d'Hardoncelle, nous avons sauté en bas du charriot car les avions nous cherchaient. J'avais une tante et une cousine qui ne pouvaient descendre tellement elles étaient vieilles...De son côté, un poulain de 18 mois avait rompu son licou et il courait comme un fou à travers tout, tellement il avait peur des bombes...

On a abandonné les vaches. Et pour pouvoir quand même avancer, il a fallu mettre 6 chevaux à un seul chariot puis recommencer ensuite avec le deuxième, tout ça sous les bombardements...

Pour tout dire, même les colis ont été finalement déchargés.

L'exode a duré 15 jours. On n'en pouvait plus. Finalement, les chariots ont été mis sur un train et les chevaux enfermés dans des wagons. Nous, on nous a mis dans des cars. Tout ça par Mantes puis La Roche-sur-Yon.

Nous sommes finalement arrivés à La Tranche où nous avions des maisons individuelles. Les hommes avec les chevaux avaient fait le tour par Paris avant La Tranche."

(Les Mazures, 3 novembre 2003)

 

Un Revinois, volontaire de l'Organisation Todt :

- "Si quelques Vendéens sont de bonnes gens, d'autres nous traitent de "Boches du Nord"..."

(Revin, 27 janvier 2003)

 

Mireille Colet-Doé :

- "A La Tranche-sur-Mer, les Mazurois ne sont pas vraiment bien reçus. On nous appelait "les Boches du Nord". Le directeur de l'école à laquelle je suis rattachée me demande même si je viens prendre des vacances.

Heureusement, les gens simples de la côte vendéenne se montrent plus chaleureux.

En mai 1941, nous sommes revenus grâce à la voiture conduite par mon père. Nous devons franchir la ligne de la zone interdite à Vouziers. Le pont sur l'Aisne avait été coupé et une passerelle le remplaçait.

Mon père passe sans problème avec la voiture. Mais je suis repoussée alors que je porte ma petite fille dans les bras. Alors, j'ai attendu le changement de garde pour une deuxième tentative qui sera la bonne. Voilà comment nous sommes revenus en fraude ! Nous étions devenus indésirables chez nous !

Les Mazures ont triste allure. Peu d'habitants sont revenus de Vendée. Mais une vieille institutrice me passe le relais avec soulagement. Je reçois une classe d'une trentaine d'enfants qui ont entre 4 et 7 ans. Il faut savoir que la population scolaire du village sera gonflée par la venue de gosses des villes que l'on veut mettre à l'abri des bombardements."

(Les Mazures, 6 août 2002)

 

Louis Baudrillard :

- "Fin mai 1941, nous sommes revenus jusqu'à Rethel. Là, la ligne de démarcation était gardée par les Allemands qui interdisent d'aller plus loin. Heureusement, un charbonnier nous a fait passer l'Aisne à Attigny, Nous étions avec des chevaux et une brouette...

A la maison tout était retourné. Souvenirs de famille, les beaux buffets en chêne étaient préparés pour un embarquement. Par chance, un voisin y veillait. Mais le linge et tout ça avaient disparu."

(Les Mazures, 26 février 2003)

 

Alberte Pernelet-Arnould :

- "La guerre éclate un an à peine après l'installation de ma famille en dessous de l'église des Mazures. Venant de la mairie, des papiers officiels imposent l'exode.

Nous devons abandonner les bêtes : une douzaine de vaches laitières. Et nous prenons le départ avec les deux chevaux qui tirent le charriot qui déborde de nos affaires mais aussi de celles de voisins.

Alors que nous traversons encore les Ardennes, nous sommes bombardés pour la première fois à St-Marcel. Pour échapper aux avions, notre famille éclate en quatre groupes. Mon père s'abrite dans une cabane à cochons pour empêcher les chevaux de s'emballer sous le fracas des bombes...Ma mère et mon frère se réfugient au presbytère où se fêtait un baptème. Ma soeur et moi, nous nous sommes littéralement retrouvées incrustées dans les murs extérieurs de l'église. Je me souviens qu'une dame est tombée à côté de nous...

Beaucoup avaient peur mais j'ai toujours été curieuse et je voulais voir ce qu'était la guerre.

Pour échapper aux Allemands, il est décidé de ne plus se déplacer que la nuit. Deux garçons nous précédaient sur le côté des routes avec des piles électriques. Ils devaient repérer les bombes non éclatées ainsi que les autres obstacles.

Nous parvenons finalement à Rethel, mais en avançant de plus en plus difficilement et surtout en évitant le centre de la ville à cause des bombardements.

De là, nous avont été jusque dans le Loiret. Mais en route, nous entendions répéter que ceux de Paris fuyaient la capitale, que tout était abandonné...Et aux ponts sur la Loire, on reculait plus qu'on avançait. Impossible de passer avec tous ces réfugiés dont beaucoup de Parisiens.

Après huit - dix jours passés dans la région de Montargis, nos parents ont décidé de rebrousser chemin.

C'est ainsi qu'après trois mois d'exode, nous retrouvons les Mazures.

Chez nous, tout, absolument tout avait été pillé. Même par des gens du village...Je me souviens avoir accompagné ma mère à une vente publique à Bourg-Fidèle.

Ma mère reconnaît soudain un pantalon en velours de mon père. Elle interpelle le notaire : "Mais...C'est à mon mari ! Vous pouvez vérifier. Dans une poche, j'ai ajouté une pièce verte. Impossible de se tromper !"

Et c'était vrai, le notaire retourne les poches et trouve une pièce verte...Mais il s'excuse et dit devoir procéder quand même à la vente du pantalon..."

(Les Mazures, 26 septembre 2003)

 

Marie-Rose Maquin :

- "Pour revenir chez nous, dans ce qui était alors une zone interdite, nous avons pris le départ le lundi de Pâques 41. Henri (Maquin) et d'autres jeunes se débrouillaient mieux que moi avec mes 6 frères, un grand-père invalide et une tante fort âgée.

La ligne passait à Vouziers. Là, nous avons été refoulés à plusieurs reprises et nous avons logé dans une écurie pas trop propre ! Je me souviens que ma mère a été mise en joue sur le pont de Vouziers quand elle a insisté pour franchir la ligne. Elle voulait absolument passer...Puis, sans doute à un changement de garde, nous avons pu continuer...

Aux Mazures, nous avons retrouvé notre maison dévastée. Elle était très sale, les carreaux cassés et même la porte enlevée. Vous savez, il fallait avoir l'envie de revenir...

Les chevaux, eux, toujours gardés par les hommes, sont revenus par Logny.

Nous avons constaté aussi que nous n'étions pas rentrés les premiers et même que certains n'étaient pas partis du tout."

(Les Mazures, 3 novembre 2003)

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Vous êtes invité(e)s à prendre connaissance du commentaire laissé ce 15 juin sur la page 63 de ce blog. Mme Dorothea Seckel  y lance un appel à propos du Mémorial d'Anderlecht.

 

Publié dans Ardennes

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