P. 165. Quand la Belgique expulse une fillette

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

Angelica derrière les grilles du Centre du 127 bis (DR)

 

Un raciste avait dénoncé cette Equatorienne, de même que sa mère, en tant que "tziganes" ou "gitanes" !!!

 

Lors des discours prononcés à Boortmeerbeek (1) pour commémorer le 50e anniversaire du XXe convoi , Eva Fastag avait rappelé la mémoire de tous ces gosses déportés depuis Malines vers Auschwitz (2). Dans ses conclusions et sans faire d'amalgame, Marc Michiels (3) avait rappelé qu'en Belgique et au XXIe siècle, d'autres gosses étaient encore et toujours enfermés avant leur expulsion forcément brutale :

- "Aujourd'hui, les enfants étrangers mis dans des centres fermés en Belgique, sont des enfants !!!"

Or, aujourd'hui 30 juillet, doit être expulsée Angélica, une Equatorienne de 11 ans :

 

"Le Soir", 27 juillet :

- "L'incarcération au centre pour illégaux 127 bis de la fillette équatorienne de 11 ans, Angelica Cajamarca, et de sa maman ne résulte ni d'une « rafle » commanditée par l'Office des étrangers ni d'une action proactive de la police de Dilbeek qui les a arrêtées le 30 juin dernier à un arrêt de bus. Elle est la conséquence d'une dénonciation raciste opérée auprès de sa police locale par un habitant de Dilbeek, qui a cru utile de dénoncer auprès des forces de l'ordre la présence dans sa rue de « deux Gitanes », soupçonnées, du fait de la couleur de leur peau, d'être des « voleuses » ! Un délit de « sale gueule » Sans cette dénonciation fallacieuse et xénophobe, Angelica et sa maman seraient toujours dans leur appartement de Saint-Josse, coulant des jours paisibles dans l'attente d'une rentrée scolaire que la fillette attendait avec impatience." 

 

Pierre Chantelois :

- "Le 17 juillet dernier, Rafael Correa, chef de l'État équatorien, s'est rendu en personne au «127 bis» de Steenokkerzeel. Lui-même ancien étudiant de l'université de Louvain (4) et marié à une Belge, il a rencontré Ana Elizabeth Cajamarca Arizaga, militante pour la défense des sans-papiers, et sa fille Angelica, 11 ans. Ému, il aurait longuement serré la maman et sa fille dans ses bras avant de dénoncer « l'atteinte aux droits de l'homme », que représenterait, selon lui, l'incarcération de l'enfant."

(blog personnel)

 

Office des Etrangers :

- "Lors de la visite en Belgique du président équatorien, ce dernier leur {la mère et sa fille} avait offert de rentrer au pays sous sa protection et son assistance."

 

Jean-Pierre Stroobants :

- "La Belgique refuse au Président équatorien de libérer Angelica, 11 ans et sans-papiers...

Angelica a ému l'opinion en adressant au journal Le Soir une lettre qui a été publiée le 18 juillet. La petite fille, qui vit en Belgique depuis 2003, y évoque ses pleurs, son stress, sa crainte des uniformes et d'une prochaine expulsion. "Nous avons envie de pleurer aussi. De rage. Et de honte pour un système qui oblige une fillette à passer ses vacances à l'ombre", a expliqué un journaliste du quotidien.

L'affaire a pris un tour d'autant plus choquant qu'un juge a ordonné, il y a une semaine, la libération de la fillette et de sa mère. Le parquet a fait appel mais le dossier n'a pu être traité par le tribunal compétent, lundi 23 juillet : la direction du "centre fermé" avait "oublié" d'organiser le transfèrement des deux Equatoriennes pour leur permettre d'assister à l'audience.".

("Le Monde", 26 juillet)

 

Claude Lelièvre, Délégué général de la Communauté française aux droits de l'Enfant :

- "Une fois de plus, je suis scandalisé qu'en Belgique, on continue d'enfermer des enfants dans des centres fermés pour étrangers.

D'une part parce que ces structures sont destinées à des adultes et ne sont donc absolument pas adaptées pour des enfants. Et d'autre part parce que ces mesures de détention entrent en contradiction flagrante avec la Convention internationale des droits de l'enfant. Ce genre de cas se répète d'année en année et malgré sa condamnation par la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg après l'affaire Tabita, la Belgique continue d'enfermer des mineurs en situation irrégulière." (5)

(La Libre Belgique, 27 juillet)  

  

RTL Infos du 29 juillet : 

- "Angelica et sa maman ont reçu le soutien de la Ligue des droits de l'Homme, du Centre pour l'égalité des chances et de parlementaires. Les sénatrices Anne Delvaux (cdH) et Carine Russo (Ecolo) se sont rendues vendredi au centre 127 bis avec Claude Lelièvre, le délégué général aux droits de l'Enfant (6). Pour M. Lelièvre, avant de prendre une mesure d'expulsion, il faut tenir compte du contexte familial et scolaire d'Angelica qui a davantage d'attaches en Belgique qu'en Equateur. Or, ces conditions ne sont pas connues de l'Office de l'étrangers, selon lui. Il cite le fait qu'Angelica a un oncle et une tante qui vivent légalement en Belgique. Sa mère vit avec un Belge. Son père est toujours en Belgique, même s'il est en séjour illégal: il y a refait sa vie."

 

Angelica :

- "« Je suis triste... Je voudrais revoir mon papa, retrouver mes amies, mon école Henri Frick de Saint-Josse où j'étais en cinquième primaire ».

(Interview par Marc Metdepenningen, "Le Soir", 26 juillet)

 

Marc Metdepenningen :

- "Même si leur situation juridique (nonobstant le scandale que représente l'incarcération d'une enfant) est difficilement défendable, il nous semble que l'offense raciste faite à Angelica et sa maman mériterait au moins des excuses du gouvernement et une annulation des effets qui en découlent. Une administration, comme une justice, qui légitime l'application de la loi par des dénonciations racistes se disqualifie et ne peut inspirer que la plus vive inquiétude."

("Le Soir", éditorial, 28 juillet)

 

Asbl CIRE (7) :

- "Une quinzaine de mineurs d'âge seraient actuellement enfermés dans trois Centres dans l'attente de leur expusltion de Belgique."

 

L'Office des Etrangers communique :

- "Le dossier d'Ana et d'Angelica Cajamarca, actuellement détenues au centre 127 bis, ne sera pas réexaminé. Toutes les procédures et les moyens de recours sont épuisés. Le rapatriement en Équateur aura lieu comme prévu lundi."

(Dimanche 29 juillet à 16h36)

 

Dominique Ernould, porte-parole de l'Office des Etrangers :

- « Elles ont été transférées ce matin du centre 127bis vers le centre INAD de l’aéroport avec les autres personnes qui doivent être rapatriées aujourd’hui vers leur pays d’origine... Elles resteront la journée au centre INAD. C’est un centre comme le 127bis, mais en plus petit ».

(Lundi 30 juillet, 10h36)

Karen Vandeweghe, attachée de presse de l'Office des Etrangers :

- « Il est prévu qu’elles embarquent ce soir à 18H50 à bord d’un avion pour Quito via Amsterdam avec quatre fonctionnaires belges, dont un psychologue ».

(Lundi 30 juillet, 11h23)

"Le Soir", rédaction en ligne :

- "Le tribunal de première instance de Bruxelles a ordonné ce lundi après-midi qu'Angelica et Ana Cajamarca, qui devaient être expulsées ce soir vers l'Equateur, soient libérées immédiatement sous peine d'astreintes."

(Lundi 30 juillet, 18h14)

  

(1) (Re)Lire les pages 139, 35, 34, 33 et 30 de ce blog.

(2) Discours : "Nous sommes de moins en moins de témoins..."

(3) Page 35 du blog, discours en Néerlandais.

(4) Université catholique qui a connu une scission pour cause de guerre linguistique.

(5) Selon "La Libre Belgique", un rapport du ministère de l'Intérieur rendu en février 2007, recommandait la fin de ces pratiques contraires à la Convention internationale des droits de l'Enfant.

(6) RTL omet de citer deux parlementaires : Benoît Dreze (cdH) et Julie Frizman (PS) qui accompagnaient également Claude Lelièvre.

(7) Coordination et Initiatives pour et avec les Réfugiés et Etrangers.

 

 

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