P. 169. 10 otages aux Mazures

Publié le par Jean-Emile Andreux


Si Abraham Casseres en donne une version romancée (page 168), néanmoins 10 déportés des Mazures furent-ils effectivement pris en otage :

 

Vital Lieberman :

"A la suite d'une évasion d'un détenu, 10 « otages » furent choisis pour soi-disant être fusillés. Ils furent quitte à faire pendant 10 jours des exercices « welche euch lehrnen wird ! »" (1)

("Rapport Camp Les Mazures" remis au Service des Victimes de la Guerre, 1970)


Duriez, Chef d'Escadron de Gendarmerie, Commandant la Compagnie des Ardennes  :

"Le 13 septembre 1942, un juif, interné au camp des Mazures, s'est évadé. 

Le bruit avait couru que, par représailles, dix de ses coreligionnaires seraient fusillés. 

Des renseignements qui viennent d'être recueillis, il résulte que cette menace n'aurait pas été mise à exécution. Des mesures rigoureuses auraient été appliquées au camp : dix juifs auraient été mis au cachot et placés sous un régime spécial dit « travaux forcés ». Tous les autres seraient soumis, en plus de leur travail normal, à une heure et demie d'éducation physique matin et soir. Le courrier (réception et expédition : lettres et colis) serait supprimé pendant quinze jours. 

Par ailleurs, en dernière heure, j'apprends que l'évadé aurait réintégré le camp... Il serait, dit-on, soumis à une bastonnade journalière que ses coreligionnaires seraient contraints de lui infliger."

(Rapport au préfet des Ardennes, 23 septembre 1942, Archives départementales des Ardennes, 1W33)


Marguerite Henon et Mireille Colet-Doé (2) photo JEA




Mireille Colet-Doé :

"10 déportés sont choisis par les Allemands pour une punition exemplaire et sont réunis face à leur compagnons. Un marchandage leur est soumis. Un seul d'entre eux dit ce qu'il sait et il n'y aura pas d'exécution capitale. Sinon !

Silence total dans les rangs.

En conséquence, il est annoncé le passage par les armes d'un otage. Alors, 10 volontaires lèvent la main !
 

Les Allemands sont médusés. Personne ne sera abattu mais ces dix solidaires seront maltraités par la suite, question pour l'occupant de ne perdre ni la main ni la face." 

(Témoignages aux Mazures, 6 août et 20 octobre 2002).




Marguerite Henon :

"Cette histoire a franchi les barbelés pour être connue dans le village.  

En conséquence d'une évasion réussie, tous les détenus sont rassemblés par les Allemands. Ceux-ci exigent un volontaire pour payer au nom des autres, une victime expiatoire à fusiller séance tenante et sans autre forme de procès. Ils sont dix juifs à lever simultanément le bras.

C'était épouvantable, ils pouvaient les descendre tous.

Mais non, surpris et désorientés par cette solidarité hors normes, les Allemands se limiteront à des représailles physiques sur les dix solidaires."
  

(Témoignage aux Mazures, 6 août 2002)




Shlomo Hannegbi-Praport :

"Fait ahurissant, la menace d'exécution de dix détenus en cas d'évasion m'a été racontée par ma défunte mère lorsqu'elle a voulu me donner un raison pour expliquer le manque de tentative d'évasion de mon père.   

D'où le savait-elle ? Je l'ignore. Je pense que mon père le lui avait écrit dans une des rares cartes qu'il nous envoyées mais qui ont été perdues par la suite."   

(Courriel à l'auteur, 27 février 2004)

 


Notes :

(1) "Ca vous apprendra..."

(2) Toutes deux ont reçu un "Diplôme de reconnaissance" de la part de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures. Marguerite Henon pour avoir accompagné Jan Thursch dans son évasion de Revin à Anvers. Mireille Colet-Doé pour son aide au couple Casseres. Voir illustrations : "parchemins aux Ardennais(es)".

Mes remerciements à François Lorent qui a préparé puis participé au recueil des témoignages de ces deux Mazuroises d'exception.

Publié dans Déportés

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