P. 172. "Les Disparus" de D. Mendelsohn

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

Présentation par les Ed. Flammarion :

- "Dans la famille de Daniel Mendelsohn (1), il y a un trou : en 1941, son grand-oncle, sa femme et leurs quatre filles ont disparu dans l'est de la Pologne. Comment sont-ils morts ? Nul ne le sait. Pour résoudre cette énigme, l'auteur part sur leurs traces. Le résultat ? Non un énième récit sur la Shoah, mais un formidable document littéraire, à la fois enquête dans l'Histoire et roman policier (2)."

 

 Traduit de l'Anglais par Pierre Guglielmina.

 

"Ethique info" (14 octobre 2006) avait déjà évoqué cet ouvrage lors de sa sortie, aux USA :

- "...{D. Mendelsohn} tente de sauver de l'oubli la destinée d'une famille entière. Dans sa quête de la recherche des détails qui font vivre les personnages, il nous entraîne plus profondément dans l'expérience de cette énorme catastrophe que nous aurions pu l'imaginer."

 

"Lire" (sept. 2007) :

- "C'est l'un des chocs de cette rentrée littéraire! Après les chefs-d'oeuvre d'un Primo Levi ou d'un Raul Hilberg, décédé cet été, qui se flatterait d'ajouter un livre mémorable à ceux déjà écrits sur la Shoah? Sûrement pas Daniel Mendelsohn. Et pourtant... A 47 ans, ce spécialiste de littérature classique ne revendique ni la qualité de victime directe, ni d'historien, encore moins celle de juif américain exemplaire. Avec Les disparus, superbe ouvrage qui fit événement aux Etats-Unis lors de sa parution en 2006, il a ouvert une brèche dans les ténèbres de mort qui engloutirent, sous l'occupation nazie en Pologne, son grand-oncle Shmiel, sa femme et ses quatre filles. Si Daniel Mendelsohn touche au sublime, c'est pour avoir fait de cette enquête une formidable chambre d'écho. Franchise, hardiesse, décence: Les disparus sont aussi un formidable chant à la vie, à l'intelligence et à l'amour des frères humains. Honorer la mémoire sans exciter la trouble envie de voir, voilà le tour de force."

 

Thomas Wieder, "Le Monde" (30/08/07) :

- "...Il est moins question de la mort de masse dans les camps d'extermination que des arrestations, des viols et des fusillades qui ont été perpétrés en Europe de l'Est au coeur des shtetls ou dans les bois avoisinants lors de grandes opérations commandos, le tout sous l'oeil des populations locales, qui, souvent, participèrent de leurs propres mains à l'élimination de leurs voisins. En somme, l'autre face du génocide, qui fut pendant longtemps moins connue du grand public.

C'est cette histoire qui a occupé Daniel Mendelsohn pendant cinq ans. Cinq années durant lesquelles ce New-Yorkais, spécialiste des tragiques grecs et critique littéraire reconnu, a sillonné le monde avec un seul but en tête : reconstituer les vies de son grand-oncle, Shmiel Jäger, de son épouse et de leurs quatre filles. Des vies dont, au départ, il ne connaissait rien, sinon quelques bribes fixées dans une poignée de lettres jaunies et de photos poussiéreuses."

 

 L'ancien cimetière juif à Bolechow (The Mendelsohn Family's Bolekhov Website)

 

Extrait d'une rencontre avec Philippe Coste, correspondant de "Lire" à New York :

- "J'ai pris le parti, dès le départ, de jouer les candides, de ne rien lire sur la destruction des Juifs d'Europe, de ne pas infliger mes a priori aux personnes que j'interrogerais. En feignant de ne rien savoir sur l'Holocauste, je pensais obtenir les réponses les plus authentiques possibles. Cela impliquait de refréner mes jugements, en particulier sur les Ukrainiens. Toute mon enfance, j'ai entendu dire: «Les Allemands sont mauvais, les Polonais plus encore, mais les Ukrainiens sont les pires.» Mais en tant qu'humaniste, je suis convaincu que tous les humains sont semblables, et que l'ignominie n'est en rien une caractéristique nationale. Aucun peuple n'est moralement inférieur à un autre. Si l'on exclut les salauds et les psychopathes, l'Holocauste amène à s'interroger sur le mécanisme qui conduit des gens normaux à devenir des meurtriers. Et j'en parle sans complaisance. Les Ukrainiens ont vécu leur propre holocauste - cinq millions sont morts de famine sous le joug de Staline avant l'arrivée des Allemands. Ils nourrissaient un ressentiment profond pour les Juifs, qui à leurs yeux, à tort, représentaient l'ancienne élite communiste. Voilà, notamment, ce qui les a rendus farouchement antisémites. Le Mal n'est pas l'apanage des méchants. Ce qui me frappe dans l'Holocauste, ce n'est pas, comme dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, que des gens qui sont déjà des assassins-incestueux-homosexuels refoulés, affublés de tous les clichés de la décadence morale, se mettent à trucider des vieilles mamies juives. Mais que des voisins gentils et honnêtes qui vont à l'église et adorent les enfants décident, un beau jour, de le faire."

 

Interview au "Monde" :

- "J'ai enregistré tous les entretiens à l'aide d'une caméra DV. Si bien qu'après chaque voyage, au moment de retranscrire, je retrouvais non seulement les paroles mais aussi des silences, des gestes, des regards, des émotions. Autant que l'histoire particulière de ma famille, j'ai voulu raconter comment les souvenirs émergent des années après un événement, écrire sur la façon dont notre savoir s'élabore, évoquer, aussi, les obstacles auxquels on se heurte quand on cherche à apprendre."

 

Notes :

(1) Précisions des Ed. Flammarion : "Né à Long Island en 1960, Daniel Mendelsohn a fait ses études de lettres classiques à l'université de Virginie et de Princeton. Il est un contributeur régulier de la New York Review of books ainsi que du New York Times Magazine et du New Yorker."

(2) Avis personnel : les termes "énième récit sur la Shoah" et "roman policier" sont aussi malvenus que déplacés. 

 

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