P. 178. Bulson se souvient de 40 déportés juifs

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

Dimanche 30 septembre : une plaque est dévoilée à Bulson en mémoire de 40 juifs de la WOL transférés sur Drancy avant Auschwitz...

 

 

Lorsque débutèrent en 2002 les recherches sur le Judenlager des Mazures, et que commencèrent à se préciser les dates marquant les étapes de l'histoire de ce camp et de ses déportés juifs d'Anvers, il se dégagea avec certitude celle de la nuit du 4 au 5 janvier 1944. Furent alors embarqués en camions les travailleurs forcés de ce Judenlager pour un transport jusqu'à la gare de Charleville. Là, ils virent un convoi de wagons à bestiaux. Avec d'une part, une garde de gendarmes français et en tête du train des uniformes allemands (en majorité des feldgendarmes). D'autres juifs reconnaissables à leur étoile jaune avaient également été rassemblés là (soit des familles provenant de colonies agricoles de la WOL et des juifs ardennais).

Sans s'être concertés, Joseph Peretz et Nathan Szuster, tous deux Anversois, se sauvèrent aussitôt de la gare. Et malgré des coups de feu, réussirent leur évasion. Le premier en gagnant Revin où le chef de gare, Léon Devingt, lui fit regagner la Belgique. Le second en remontant aux Mazures où la famille de Gaston Doé l'abrita avant de le confier à Emile Fontaine et à son réseau de résistance.

Puis quand le convoi prit la direction de la gare du Bourget-Drancy, 10 autres juifs des Mazures sautèrent lors du passage de l'Aisne à Sault lès Rethel. Leur wagon avait été ouvert par un cheminot à la gare de triage d'Amagne-Lucquy. Tous dix durent également la vie sauve à Emile Fontaine et à son réseau, à commencer par Annette (sa compagne) et par Camille Pierron (fermière à Aubenton).

 

Tel se présenta le contexte dans lequel se rejoignirent les itinéraires forcés de juifs de Belgique, de la région parisienne (les familles de la WOL) et des Ardennes.

 

Au cours des années 2002-2003, ces grandes lignes purent être tracées à l'attention de Jacques Levy, Président de l'Association des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Avec ce double constat : si aucun travail n'avait encore retracé l'histoire du Judenlager des Mazures, il en était hélas de même pour les juifs de la WOL dans les Ardennes.

En ce qui concerne Les Mazures, le vide se comble. Une cinquième publication est prévue en octobre prochain. TSAFON, Revue d'études juives du Nord, consacrera son 3e numéro hors-série au "Mémorial des déportés du Judenlager des Mazures" (152 p.).

Jacques Levy fut rejoint par Christine Dollard-Leplomb et tous deux se consacrèrent alors notamment aux juifs de la WOL. Il en résulta en octobre 2006 l'édition des "Sauveteurs d'étoiles en Ardennes" signée par Christine Dollard-Leplomb (voir le thème : "Bibliothèque", les illustrations "Livres" et la page 96 de ce blog).

Et si, en juillet 2005, une pierre du souvenir a été dressée aux Mazures en bordure du site du Judenlager, des juifs de la WOL eurent eux aussi un monument inauguré à Tétaigne en avril 2006.

 

Le dimanche 30 septembre 2007, Bulson prend le relais de cette restitution d'une mémoire longtemps vacillante. Dans son ouvrage précité, Christine Dollard-Leplomb précise : 

-  "Dans ce village, les Juifs sont arrivés avec le premier transport, le 11 novembre 1941. 62 personnes y ont été affectées, dont plus d'une cinquantaine présentes en permanence. Bulson détient, hélas, le triste record du nombre de victimes : 37 déportés et un mort au travail." (op. cit. p. 35).

 

Au programme de la commémoration organisée par la Mairie de Bulson, par l'Association des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation et par l'Association des Potes de Bulson :

 

- 10h30 : discours de bienvenue et discours des officiels ;

- lecture des 40 noms des déportés ;

- lecture d'un poème ;

- plaque dévoilée, dépôt de gerbes, sonnerie aux Morts, moment de recueillement.

Deux expositions seront ouvertes au public : l'une sur la déportation et la seconde en souvenir des soldats morts à Bulson le 14 mai 1940.

Une carte postale en souvenir de cette journée et en édition limitée portera le tampon de la Poste en date du 30 septembre 2007. 

 

L'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures apportera sa gerbe à cette commémoration.

 

Publié dans Ardennes

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Nathalie 30/09/2007 22:30

C'est sous le soleil que nous étions tous rassembler aujourd\\\'hui, pour connaitre une partie de l'histoire de notre petit village Bulson.
 Un moment de vie que je ne m'imaginais pas qu'il puisse exister au sein de notre village, et grâce au travail de recherche de Christine, et en cette journée remplie d'émotions, entourés des enfants, petits enfants et arrière petits enfants de déportés, j'ai découvert combien Bulson a été meurtri au coeur par cette année 1944.
Amicalement Nathalie B. 

Jean-Emile Andreux 30/09/2007 23:00

La page 179 du blog est sortie juste après votre commentaire éclairé. Avec l'espoir qu'elle participe, cette page et sans doute la suivante, au souvenir de ce 30 septembre vraiment mémorable.J-E A

Yaël Reicher 29/09/2007 15:49

En tant que fille d'un des rescapés de cet horrible transport vers la mort et enfants de la shoa, nous sommes profondément touchés par l'honneur que Bulson témoigne demain envers les 40 déportés de sa ville parce que "nés juifs".  Nous serons là demain.
Yaël et ManuPrésidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures
 

Nathalie 29/09/2007 09:58

Je suis habitante du village de Bulson depuis octobre 1999, et c'est un privilège de rendre la mémoire à jour à cette année néfaste de 1940, où femmes, hommes, vieillards et enfants sont embarqués comme des '' bêtes '' à une destinée atroce.
Je serais là demain, dans l'organisation de la cérémonie, membre actif de l'association des potes de Bulson, et je suis fière d'être là ce jour pour redonner l'honneur à des personnes qui ont tant souffert de leur condition.
amitiés Nathalie B.

Jean-Emile Andreux 29/09/2007 10:10

Vous et tout le village de Bulson, avec le Maire et les "Potes", vous posez un geste qui va aussi droit au coeur de tous les rescapés de la Shoah et de leurs enfants. Alors que les témoins nous quittent et se raréfient, il est réconfortant de voir la flamme du souvenir ne pas s'éteindre et être reprise par de nouvelles mains.
J-E A
 

Danielle Delmaire 24/09/2007 17:31

Une belle cérémonie s’annonce et je suis contente que l’Association puisse être représentée.
Danielle Delmaire, membre d'honneur de l'Association.

Jean-Emile Andreux 24/09/2007 17:51

Mes remerciements à Danielle Delmaire, professeur émérite (Lille 3), auteur notamment de travaux ayant précédé et inspiré les recherches sur les Mazures :
- Delmaire Danielle, Les camps des Juifs dans le Nord de la France, MEMOR, Villeneuve d’Ascq, n° 8, 1987, pp. 47-64. 
- Delmaire Danielle (Ed.), Les «camps des juifs» dans le Boulonnais (1942-1944), Actes de la table ronde de Boulogne-sur-mer, 24 septembre 1988, MEMOR, Villeneuve d'Ascq, n° 10, 1989, 45 p. 
- Delmaire Danielle, Eté 1942 : l’antichambre d’Auschwitz. Les «camps des juifs» dans le Boulonnais, Tsafon, Revue d’Etudes juives du Nord, Villeneuve d'Ascq, n° 9-10, Eté-Automne 1992, pp. 67-87.

P. Lecler 24/09/2007 11:07

Concernant les juifs de la WOL dans les Ardennes, n'oubliez-vous pas un peu vite l'ouvrage précurseur de M. RAJSFUS publié dans les années 80 chez l'Harmattan : "Les Ardennes, une terre promise ?", 2e volume de "Des Juifs dans la collaboration", très vite oublié et très diffamé car "historiquement incorrect" ?

Jean-Emile Andreux 24/09/2007 11:36

Personnellement, je n'ai ni oublié ni encore moins diffamé Maurice Rajsfus. Mais il s'agit - dans l'esprit de mon introduction - de travaux historiques portant entièrement, uniquement  et de manière approfondie sur les juifs des colonies agricoles de la WOL. Ce qui est essentiellement différent des deux volumes de Maurice Rajsfus en question :
Une terre promise ? Les juifs dans la collaboration (I et II), Paris, L’Harmattan, 1989, 264 p. (Les Ardennes ne figurent aucunement dans ce titre ).
Mais dans son édition du 30 septembre, "L'Ardennais" publie cette interview de Mme Dollard-Leplomb" :
 Question : "Qu'est-ce qui vous a amenée à effectuer des recherches sur ces familles juives déplacées dans les Ardennes ?"Réponse C.D-L. : "A la suite de la visite en 1990 de Maurice Rafjus qui enquêtait dans les villages ardennais sur l'histoire de ces gens, j'ai entrepris des recherches dans les archives. J'ai tout de suite saisi l'importance d'un tel travail car personne, alors, ne connaissait cette histoire. Il s'agissait d'un devoir."
Donc en 2002, quand sont entamées les recherches sur les Mazures, et contrairement à ce que je pensais de bonne foi, Me Dollard-Leplomb travaillait depuis plus de 10 ans déjà en archives. Travail publié en 2006. Rien dans les échanges évoqués avec Jacques Levy en 2002 et décrits sur ce blog, ne le laissait entendre, que du contraire.
Pour revenir à Maurice Rajsfus, je lui écrivis suite au bref passage figurant dans son second volume précité et selon lequel aux Mazures, se trouvait  "un premier contingent de 200 juifs…jusqu’à constituer 500 " arrivés en au moins deux convois. Ce qui n'est corroboré par aucun des documents ni aucune des archives retrouvés par mes soins. Il importe de préciser que Maurice Rajsfus, lui, ne publie aucune de ses sources à ce sujet précis. Nous parlons bien de publication historique.
Voici textuellement la réponse de Maurice Rajsfus : « J’ai abordé cet aspect en 1987, en enquêtant dans les Ardennes et c’est de façon marginale que j’ai évoqué le camp des Mazures. Je m’étais contenté de citer rapidement ce lieu concentrationnaire. Dans ce sens, mon investigation n’a pas été approfondie et je ne dispose pas d’autres informations que celles fournies dans mon livre à ce sujet. »
Faute de source(s) et vu l'impossibilité d'obtenir de cet auteur la moindre référence, tout recoupement avec le chiffre de 500 déportés et l'arrivée d'au moins deux convois relève toujours de l'impossibilité matérielle... Dont acte. Ce n'est pas de la diffamation, c'est de l'objectivité.
Jean-Emile Andreux