P. 184. Hélène Weinblum et les quatre Justes de Tétaigne

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

Le nom d'Hélène Weinblum aurait figuré sur le monument marquant à Tétaigne la rafle des Juifs de la WOL en vue de leur déportation vers Auschwitz (janvier 1944)...

 

 (au nombre des persécutés : Joël et Klara Weinblum, oncle et tante d'Hélène)

 

si quatre Justes parmi les Nations n'avaient conjugué leur courage et leur désintéressement pour participer à son sauvetage...

 

Ce 21 octobre 2007, tout le village s'est retrouvé autour de son Maire pour la remise de diplômes et de médailles de Justes parmi les Nations aux noms de Mélanie MALJEAN, de son époux Louis MALJEAN, de leur fils Camille MALJEAN ainsi que d'Odette CHAUVEAU. Seul de ces Justes qui soit encore en vie, Camille MALJEAN a été décoré de la Légion d'honneur.

 

M. Jean-Marie Pierre, Maire de Tétaigne, maître de cette cérémonie

 

L'histoire du sauvetage d'Hélène Weinblum a été retracée par Germain Munier et par Lucie Marine Maljean, petits enfants de Camille Maljean :

Germain MUNIER : "Les parents d'Hélène, M. et Mme WEINBLUM, avaient fui la Pologne pour l'Allemagne dans les années 30. Hélène naquit en 1933. Malgré le lourd handicap dont elle fut victime dès sa première année, Hélène étant devenue aveugle suite à des rhumatismes articulaires de l'enfance, nous allons voir qu'un certain nombre de concours de circonstances heureux lui permirent de traverser la guerre comme sa mère et sa soeur, ce qui nous vaut la joie de l'avoir parmi nous aujourd'hui.

En Allemagne, au moment des premières manifestations de 1933, le landau d'Hélène fut renversé par de jeunes antisémites. Heureusement, elle ne fut pas blessée. C'est à ce moment-là que les époux WEINBLUM décidèrent de quitter l'Allemagne pour la France où se trouvaient leurs frères. La soeur d'Hélène y naquit en 1936.

La seconde chance pour Hélène et les WEINBLUM, ce fut d'habiter Nancy. C'est en effet à Nancy que se trouve une Place des Justes pour honorer les fameux policiers qui, la veille de la rafle de 1942, sont allés prévenir toutes les familles juives, au nombre desquelles bien sûr celle d'Hélène. Et grâce à Marinette qui était à la fois employée de maison et aide d'Hélène, toute la famille put se sauver chez les parents de cette dernière. Par la suite, de cette banlieue de Nancy, où résidaient les parents de Marinette, M. WEINBLUM réussit à envoyer sa femme et la soeur d'Hélène près de Lyon, en zone libre.

Hélène et lui prirent le chemin de Tétaigne où son frère et sa belle-soeur s'étaient fait enrôler comme travailleurs agricoles, au même titre que de nombreux autres juifs de la région parisienne, bien qu'ignorant les métiers de la ferme. Ils travaillaient dans de grosses fermes dont les propriétaires avaient été expulsés.

A Tétaigne, Hélène fut chargée, malgré sa quasi cécité, d'aller chercher les petits produits fermiers, en particulier chez les MALJEAN. Hélène s'était bien intégrée au village et à l'école. L'institutrice la laissait écouter les cours et après la classe, elle prenait en braille des dictées. C'est alors, grâce à la sympathie qui s'était instaurée avec la famille MALJEAN qu'Hélène a pu, le 5 janvier 1944, avoir la vie sauve. Le père d'Hélène n'eut malheureusement pas la même opportunité puisqu'il fut dénoncé et arrêté alors qu'il s'apprêtait à prendre le train pour rejoindre sa femme à Lyon."

 

Germain Munier relatant la première partie du sauvetage d'Hélène Weinblum

 

Lucie Marine MALJEAN : "Le camp de prisonniers agricole était dirigé par un seul officer allemand. Au matin du 5 janvier 1944, la tante d'Hélène entendit celui-ci dire en Allemand : "C'est bien dommage pour cette petite fille !" Durant la même journée, celle-ci rencontra une jeune fille en pleurs qui lui apprit que, dans un village voisin, tous les travailleurs juifs, dont son fiancé, venaient d'être raflés.

Hélène fut alors envoyée chez les MALJEAN de toute urgence pour leur demander de l'aide. Tous les juifs de Tétaigne furent arrêtés et déportés le 6 janvier 1944. Les MALJEAN logèrent un ou deux jours Hélène, le temps de contacter une amie, Mme CHAUVEAU, épouse de cheminot, qui de ce fait, pouvait voyager plus facilement.

Ainsi, Camille MALJEAN, ici présent, seulement âgé de 19 ans, accompagna seul Hélène, cachée dans le fond d'une carriole, jusqu'à Carignan."

 

 De G. à Dr. : Hélène Weinblum et Camille Maljean.

 

- "De chez Madame CHAUVEAU à Carignan, Hélène, quelques jours plus tard, prit la place de d'un de ses enfants pour le voyage en train jusqu'à Nancy, échappant ainsi à la rafle de Tétaigne. De retour devant sa maison, Hélène se rendit chez les demoiselles FLORANTIN, ses anciennes voisines, des femmes très gentilles, mais qui ne purent s'occuper d'elle. Elles conduisirent Hélène chez ses anciens voisins de palier, un peu antisémites, qui avaient déjà annexé sa chambre à leur appartement (en trouant la cloison). Néanmoins, ces derniers la soignèrent bien et une des filles de la famille accompagna Hélène en train jusqu'à Lyon où elle put enfin retrouver sa mère et sa soeur."

 

Lucie Marine Maljean décrivant la suite de l'odyssée d'Hélène Weinblum.

 

- "En mai 1944, Hélène intégra une institution d'aveugles à Lyon jusqu'à la fin de la guerre.

Plus tard, Hélène apprit à jouer aux échecs, ce qui lui permit de rencontrer beaucoup d'amis et son mari. C'est lors d'un tournoi d'échec qu'elle retrouva, à Tétaigne, Madame Mélanie MALJEAN, encore vivante en 1987, entourée de ses enfants, et c'est tout logiquement, suite à de nouvelle retrouvailles, qu'Hélène WEINBLUM-VANDEWALLE entama le processus de demande de médailles de Justes parmi les Nations pour ses derniers sauveteurs."

La cérémonie se poursuivit en une succession de discours qu'il est matériellement impossible de reproduire sur cette page de blog. Un seul instantané néanmoins. Ce sera pour saluer l'entier dévouement et le travail indispensable mené par le Comité français pour Yad Vashem. Celui-ci établit d'abord scrupuleusement les dosssiers de reconnaissances des candidatures, dossiers transmis ensuite à Jérusalem. Puis en aval, organise les cérémonies de remises de diplômes et de médailles pour les nouveaux Justes parmi les Nations. Le Comité français avait délégué M. Didier CERF pour prendre la parole en son nom :

 

 Didier Cerf, Délégué régional du Comité français pour Yad Vashem.

 

Pour conclure, ces mots de remerciements prononcés dans un recueillement général par Mme Laurence PIERRE :

- "En tant que petite-fille de Monsieur et de Madame MALJEAN, je tiens à faire part au nom de toute la famille des sentiments que nous ressentons lors de la remise de cette distinction.

C'est avec une profonde émotion que nous venons de recevoir les médailles de Juste parmi les Nations décernées à nos parents et grands-parents aujourd'hui disparus. C'est un grand honneur que vous rendez à leur mémoire. Ils ont été un des maillons de la chaîne qui a aidé et a protégé Hélène.

A leurs yeux, cela leur semblait tout à fait naturel et ils n'en ont tiré aucune vanité. Ils ont fait tout simplement parler leur coeur. Merci pour cet hommage."

 

 Les remerciements de Mme Laurence Pierre.

 

Notes :

- Notre gratitude à Mlle Maljean, à M. Munier ainsi qu'à Mme Pierre qui ont accepté de confier leurs discours pour une publication sur ce blog.

- A lire, l'ouvrage de Christine Dollard-Leplomb : Sauveteurs d'Etoiles en Ardennes, Charleville-Mézières, Terres Ardennaises, 2006, 128 p. (voir Livres).

- Photos : Jean-Emile Andreux pour le blog des Mazures.

- L'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures a beau avoir été déclarée en 2004 au Journal Officel et avoir son siège social dans les Ardennes, elle n'en reste pas moins souvent oubliée. Si elle était représentée à Tétaigne, ce fut pour y apprendre qu'une autre cérémonie de reconnaissance était prévue le même jour mais l'après-midi dans le Rethèlois. Dans le contexte d'un même travail de mémoire, il reste encore parfois malaisé de ne pas laisser comme étrangers les uns aux autres, les souvenirs de juifs raflés aux mêmes dates et pour la même destination : Auschwitz, ces juifs de la WOL mais aussi ceux du Judenlager des Mazures...

 

Publié dans Yad Vashem

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