P. 189. Via Les Mazures : une réponse à Bart De Wever sur la RTBF radio

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

Chronique de Paul Hermant : "on va donc reparler un peu d'Anvers, des rafles juives et de 1942..."



L'heure de la chronique de Paul Hermant (Ardennes, photo JEA)

 

Chaque aurore de la semaine, alors que s'éteignent les étoiles et que vient de se terminer le journal parlé de la RTBF - Matin Première, un OVNI traverse le ciel radiophonique. OVNI toujours surprenant et espéré par de nombreux auditeurs échappant ainsi à l'impression de commencer la journée en baillant et en bêlant. A savoir la chronique de Paul Hermant : Originale, Vigilante, Novatrice, Inclassable. Ou quand une Radio de Service public répond vraiment à l'une de ses raisons d'être.

La page 144 de ce blog l'avait déjà attesté avec le constat dressé alors par Paul Hermant à propos des "enfants de la Shoah" : "Il y a des adultes qui devraient un peu se cacher" !

Ce 7 novembre, dans le crachin matinal, ce chroniqueur a rapproché pour les comparer les propos négationnistes de Bart De Wever (page 187 du blog) face à l'histoire indissociable du Judenlager des Mazures et des trois Justes parmi les Nations : Emile Fontaine, Annette et Camille Pierron ayant sauvé des évadés.


- "J'espère Serge que personne n'a remonté la bouée que nous avons jetée hier ensemble parce que, voyez-vous, il y a encore du monde à tirer de l'eau. Nous sommes quelques heures avant BHV : voteront-ils, ne voteront-ils pas, cette question va nous occuper une bonne partie de la journée et en remontant le fil du temps, vous savez bien, comme on remonte une ancre, je me suis souvenu que la semaine dernière Bart De Wever nous avait fait une sortie d'une autre grande bananalité, un autre retour du refoulé, car la semaine dernière, on aurait dit que c'était une spéciale Noirs et juifs tant certains s'en sont donné à c?ur joie et on a pensé à part soi que si jamais scission était jamais utile à voter ce serait celle-là : de séparer les bons gars des givrés.

On va donc reparler un peu d'Anvers, des rafles juives et de 1942 parce que l'on a beau dire que les fils ne sont pas responsables des crimes des pères, certains événements continuent de venir à nous avec toute leur pesanteur, 65 ans plus tard. 65 ans ! Imaginez, ce sont des événements du troisième âge ! Des événements retraités. Mais pas si vieux tout de même pour qu'ils n'aient plus toute leur tête. Alors, ils nous reviennent aujourd'hui pour nous parler. Vous savez bien comment sont les vieux événements, ils aiment bien raconter leur vie.

Cet événement-là, c'est un auditeur qui me l'a raconté. Jean-Emile Andreux, un auditeur des Ardennes françaises. Cet homme n'a pas seulement fouillé sa mémoire pour me parler, il a fouillé l'histoire pour y trouver de la mémoire, c'est encore autre chose. Et ce qu'il a trouvé, c'est un camp oublié, à quelques kilomètres de la frontière belge, le camp des Mazures, au pied de la botte de Givet, tout proche de Revin. Ce camp fut construit par des juifs anversois raflés en 1942 et vous voyez maintenant pourquoi je vous en parle. Ces juifs-là, ils étaient 288, construiront eux-mêmes leur Judenlager avant d'être envoyés à Auschwitz. Ce camp, après, servira à d'autres.

Parmi ces prisonniers des Mazures, une vingtaine parviendront à s'échapper. La plupart seront aidés et sauvés par un résistant français, un Ardennais cabochard du nom d'Emile Fontaine. Avec sa compagne et la mère de celle-ci, il créera ce qu'on nomme du beau mot de « refuge ». Et voyez comme les choses vont et comment elles se parlent, tandis que Bart De Wever nous bassinait la semaine dernière avec « ces décisions délicates prises dans des circonstances difficiles » -il parlait là du rôle des autorités anversoises dans la déportation des juifs -, Emile Fontaine, Camille et Annette Pierron, reconnus comme Justes parmi les Nations, seront honorés le 3 décembre prochain à l'Assemblée nationale française. Le résistant Emile Fontaine a fini abattu par la Gestapo en 1944. C'est quelqu'un dont on peut dire qu'il n'a jamais été « docile » et qui est mort d'avoir pris une décision délicate dans des circonstances difficiles.

C'est étonnant, non, de raconter cette histoire le jour où l'on votera peut-être, où l'on ne votera peut-être pas la scission de BHV. Hé bien, je vais vous dire. Non, ce n'est pas étonnant. Et oui, je l'ai fait exprès. Allez bonne journée et puis aussi bonne chance."


RTBF radio : Matin Première, 7 novembre 2007. (4)




Sur la Pierre du souvenir aux Mazures (photo JEA)



Notes :

(1) Scission de l'arrondissement de Bruxelles - Hal - Vilvorde voulue par les parlementaires Flamands de la Commission de l'Intérieur (à l'exception des Verts) et refusée par les Francophones

(2) Lire page 187 : "Anvers, une ville piège pour les juifs sous l'occupation".

(3) Allusion aux propos racistes du président du Football Club Brussels, Johan Vermeersch, demandant à son joueur africain, Zola Matumona, de ne plus monter à l'arbre pour en décrocher des bananes.

(4) Chronique mise sur ce blog avec l'aimable feu vert de Paul Hermant. Celui-ci sera présent à la cérémonie du 3 décembre à l'Assemblée nationale (Paris).

 

 

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