P. 193. Une semaine de novembre 2007

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

La porte se referme sur Magda Szabo, Dieudonné est condamné pour ses délires haineux, le groupe d'extrême droite s'effondre au Parlement européen...

 

1. C'est l'histoire du serpent qui se mord la queue.

 

Sur la page 119 de ce blog était déplorée la création d'un groupe des extrêmes droites au Parlement européen. Soit le groupe IST pour : Identité, Tradition et Souveraineté. Une addition hétéroclite d'un Anglais, d'un ultra-nationaliste bulgare, des néo-fascistes italiens, des Flamands du Vlaams Belang, d'un FPO autrichien, des Français du Front national et des membres du Parti de la Grande Roumanie.

Ce groupe de nostalgiques ambitieux n'aura pas franchi le cap d'une seule année d'activisme. Il vient d'imploser. Grâce en soit rendue à Mme Mussolini. Cette petite-fille du Duce, en souvenir d'un pays à la botte de son grand-père non regretté, avait répété publiquement et à grand renfort de publicité, qu'en Italie, les Roumains ne sont jamais que des "délinquants d'habitude". Poursuivant du même élan, elle réclama ni plus ni moins l'expulsion de l'ambassadeur de Roumanie. Et qu'on se mette dans des rues de la péninsule à la chasse et même à l'assassinat de citoyens roumains, ne sembla lui poser aucun problème de conscience.

En conséquence, le PRM, Partidul România Mare ou Parti de la Grande Roumanie, a décidé de tourner le dos au groupe parlementaire d'extrême droite du Parlement européen où il siégeait à côté des néo-fascistes italiens. Cette cohabitation avec Mme Mussolini devenait impossible pour un PRM soucieux  « de ne pas cautionner la porte-parole de la xénophobie, de l'intolérance et du racisme ». Incroyable, non ? Des xhénophobes intolérants et racistes qui reprochent à leur double italienne de présenter les mêmes spécificités. Alors, par exemple, que le même PRM ne sait comment stigmatiser et accabler les Tsiganes qu'il accuse d'être responsables de tous les maux possibles et imaginables...

Vice-président de feu ce groupe ITS, l'euro-député roumain Eugen Mihaescu a donc reproché vertement à Mme Mussolini son "amalgame inacceptable entre les criminels tziganes et toute la population roumaine"... Et d'ajouter : "Nous partons parce que nous avons été bernés." Car, a-t-il pleurniché : "la délégation roumaine n'a pas été traitée avec la considération qu'elle méritait", ses collaborateurs, notamment, ayant été recrutés avec retard.

Et tant qu'à répandre son fiel, le même Eugen Mihaescu s'est mis à dénoncer ses anciens petits kamarades. Ainsi, au sein du groupe ITS, il aurait "découvert" des pratiques peu glorieuses. Et de s'en prendre pêle-mêle à ces "réunions au bord de la mer aux frais du contribuable", au maintien "honteux" dans le groupe de l'Anglais, Ashley Mote, emprisonné pour fraude. Mais cerise sur le gâteau, l'euro-député roumain accuse le Vlaams Belang d'être un mouvement... "raciste" !!! En août dernier, les discours d'une invitée du parti d'extrême droite flamand lui auraient ouvert les yeux sur ces gens voulant ouvertement "que la Belgique crève".

Evidemment, la disparition du groupe ITS entraîne des pertes financières considérables et des temps de paroles importants pour ses composantes. Sans parler du fauteuil de président du groupe dans lequel se prélassait Bruno Gollnisch. L'incontournable (pour combien de temps encore ?) Jean-Marie Le Pen monta au front pour tenter de sauver les meubles. En vain. Rageur, il lui restait à tonner contre le comportement "totalement déloyal" de Roumains trop susceptibles devant les simagrées mussoliniennes.

Quant au président du groupe socialiste au Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz, il s'est félicité de la dissolution du groupe : "La bonne nouvelle, c'est que l'internationale des ultranationalistes ne peut plus utiliser l'argent des contribuables européens pour promouvoir la xénophobie et le néofascisme".

 

2. La haine raciale de Dieudonné.

 

Il l'avait déclaré au "Journal du Dimanche", le 8 février 2004 : 

- "Sale nègre", "les juifs auront ta peau", voilà le genre de slogans que j'ai entendus. Ce sont tous ces négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd'hui l'action terroriste... qui manifestent leur soutien à la politique Sharon. Ceux qui m'attaquent, ont fondé des empires et des fortunes sur la traite des Noirs et l'esclavage. Ils m'accusent d'être antisémite. Ca n'a aucun sens, personne dans ma famille n'a servi dans la Wehrmacht. Mais c'est Israël qui a financé l'apartheid et ses projets de solution finale."

Ce 15 novembre, la Cour d'appel de Paris, a condamné Dieudonné pour "incitation à la haine raciale". Au passage, comment ne pas s'étonner de l'extrême faiblesse d'un raisonnement selon lequel seule une appartenance à la Wermacht serait le critère de l'antisémistisme...

Pour rappel, la page 106 de ce blog rapproche "Le Pen - Dieudonné, deux "comiques" face à l'antisémitisme".

 

3. Une porte se referme et les bibliothèques du monde ne s'enrichiront plus de nouveaux romans signés par Magda Szabo.

 

Elle était née en 1917 et ses premiers livres sont apparus dans les librairies hongroises à la fin de la guerre. Mais comme elle écrivait avec une authentique plume et non avec une faucille ainsi qu'avec un marteau, Magda Szabo fut une cible du stalinisme.

En 2003, les Editions Viviane Hamy publiaient enfin "La porte", un roman qui attendait sa traduction française depuis 1987. S'y trouvent notamment évoquées les aides aux gosses juifs persécutés par les nazis. Cette histoire d'une femme qui refusa toutes les oppressions, se termine par ces dernières lignes :

- "Quand on n'aura plus rien à faire de soi-même, parce qu'on ne le peut plus, il convient alors d'en finir, quand l'humanité marchera depuis longtemps à l'échelle des étoiles, ceux qui vivront alors seront loin d'imaginer la crèche barbare où, pour une tasse de cacao, nous avons livré nos pitoyables combats, seuls ou avec d'autres, mais même à ce moment-là, on ne pourra toujours pas corriger le destin de celui qui n'a sa place dans la vie de personne."

Prix Fémina étranger, doyenne des écrivains de Hongrie, elle vient de mourir un livre à la main. Sans éveiller de grands échos dans la presse. Juste quelques maigres lignes, comme celles du Nouvel Observateur :

- "L'écrivain Magda Szabo, l'un des auteurs contemporains hongrois les célèbres, est morte à l'âge de 90 ans, rapporte l'agence de presse magyare MTI.

Szabo avait reçu en 1978 le prix littéraire le plus prestigieux du pays, le prix Kossuth. Elle s'est éteinte chez elle, à Debrecen dans l'est du pays, alors qu'elle était en train de lire, ajoute MTI.

Ses oeuvres ont été traduites dans maintes langues, dont l'allemand, l'anglais et le français, ce qui lui avait valu, en 2003, le prix Fémina étranger pour son roman La Porte.

Ce roman, paru en 1980, explore la relation entre une femme écrivain qui remporte un prix littéraire et son étrange et attachante femme de ménage.

Magda Szabo a été interdite de publication à partir de 1949, durant la période stalinienne. Son premier roman à être publié après les années d'interdiction était "La Fresque", en 1958.

En 1949, également, elle avait été licenciée de son poste au ministère de l'Education."

 

Magda Szabo, La Porte, Ed. Viviane Hamy, 2003, 283 pages.

 

 

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Tom 22/11/2007 21:53

Sur le groupe parlementaire d'extrême droite, il serait peut-être temps de mettre les actes en conformité avec les soupirs de soulagement des euro-députés et fermer la porte des parlements aussi bien nationaux qu'européen aux formations politiques qui abritent des repris de justice condamnés pour incitation à la haine raciale, négationnisme et apologie de crime de guerre ou de crime contre l'humanité. Un Député, ça sert à représenter l'intérêt général. Je ne vois pas comment c'est possible quand il poursuit le but de dresser les peuples et les citoyens les uns contre les autres de cette façon.