P. 194. Libération malmène "Une vie", celle de Simone Veil (3)

Publié le par Jean-Emile Andreux


Une "statue" avec dans son ombre un "nègre (?)"... voilà "Simone" (Veil) telle que décrite dans "Libération" !!!



"Libération", jeudi 22 novembre, p. VIII, Livres Chroniques.


Les pages 191 et 192 de ce blog rendaient compte de deux chapitres de la biographie signée par Simone Veil sous le titre : "Une vie" et qui vient d'être publiée aux Editions Stock. Ces deux pages ne relevaient pas de la critique littéraire - ce ne sont ni la spécificité ni la finalité de ce blog - mais tentaient de partager les souvenirs d'une adolescente prise dans les engrenages de la Shoah puis rescapée d'Auschwitz.

Aucun écho n'avait été donné alors aux réactions de la presse écrite. Celle-ci, du moins à notre connaissance il est vrai limitée, nous avait semblé unanime et pour tout dire, sans grande surprise.

Deux exemples :

- Christophe Barbier et Philippe Broussard dans "L'Express" du 25 octobre 2007 :

"Une vie". Le titre que Simone Veil a emprunté à Maupassant pour ses Mémoires est inexact : "sa" vie n'en est pas simplement "une", tant elle est exceptionnelle. Par le tragique, d'abord, avec la déportation qui détruit sa famille ; c'est en rescapée que Simone Veil a traversé le reste de l'existence. Dans le politique, ensuite, qui la voit occuper en France et en Europe de hautes fonctions, toujours liées à ses engagements les plus profonds. Enfin, son parcours est rare par sa grande valeur éthique et philosophique : presque jamais Mme Veil n'a transigé, pour des raisons électorales ou partisanes, avec ses convictions - elle confie, dans Une vie, quelques regrets. Plus que d'autres, elle est donc fondée à juger sévèrement certains acteurs politiques, et ne s'en prive pas."


- Agathe Logeart dans le Nouvel Observateur du 25 octobre 2007 : 

"Je me lâche", dit-elle. "C'est méchant, non, parfois ?" Oui, c'est méchant, parfois. Comme elle sait l'être. Avec cette voix inimitable qui boule sur les mots, trop pressés de sortir. Tranchante et rigoureuse, jamais dupe des honneurs, des amabilités surfaites, de la veulerie de certaines courbettes. Elle n'a rien oublié du bonheur saccagé de son enfance. Elle dit Auschwitz sans haine et avec tant de pudeur. Et ce retour ouaté d'un mauvais silence, où l'on ne parlait pas à ceux qui n'avaient pas envie d'entendre. Elle n'a rien oublié des goujateries : celui-ci qui prenait son tatouage de déportée pour un ticket de vestiaire resté collé à son bras ; cet autre qui pensait que si certains étaient revenus de là-bas, ça ne devait pas être si terrible que ça ?"



Le jour de la sortie de la page 193 du blog, Natalie Levisalles dans "Libération",  signait tardivement une "critique"  d'une autre encre :

L'introduction : "Pourquoi ça marche" donne le ton. Il n'est pas question de livre ni d'histoire mais de marketing avec un vocabulaire familier que surligne le titre dans lequel Simone Veil en est réduite à son seul prénom ! Et quelle Simone Veil ? Une femme prenant définitivement la pose car statufiée et de par surcroît muette puisque se tenant "coite", donc n'ayant strictement rien à dire...

On s'exclamera : c'est la liberté de la critique. Certes. Mais cette critique reste-t-elle respectable quand elle devient synonyme d'insinuations, quand elle se veut vectrice d'accusations graves mais dénuées de preuves ? Car que signe Mme Levisalles ?

- "Le livre a été écrit sans nègre ? (C'est ce que suggère l'absence d'un coauteur sur la page de titre. Ça ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de nègre, ni qu'il y en ait.) Avec un mauvais nègre ? Avec un nègre qui n'a pas pu faire son travail ?"

Ces quelques lignes méritent de figurer au programme des Ecoles de journalisme. Au chapitre : comment distiller une diffamation en la camouflant sous forme de fausses questions !

Mme Levisalles est époustouflante. Selon elle : "Le livre a été écrit sans nègre ?" Ce n'est donc pas à l'origine une phrase interrogative : "Le livre a-t-il été écrit ?" Mais bien une affirmation : "Le livre a été écrit". Alors pourquoi ce point d'interrogation pour la clore ? Serait-ce une manière détournée pour mettre en accusation tout en se gardant une porte de sortie ? Un conditionnel nouveau style ?

Puis c'est la valse du tout et de son contraire : "Ca ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de nègre, ni qu'il y en ait." Parfait exemple de mots alignés pour ne strictement rien dire !

Enfin, il y a cette écriture non avec une plume de journaliste mais avec un marteau-piqueur. car lecteurs, laissez-vous enfoncer dans le crâne que les mémoires de Simone Veil ne se comprendraient que rédigées aussi par un "nègre" ! Cet mot péjoratif et accusateur est utilisé quatre fois en cinq phrases, en supplément du "coauteur" plus soft...

Donc Mme Levisalles dénonce sans dénoncer tout en dénonçant. Mais quelles preuves avance-t-elle ? Quelles sont ses références ? De quels témoignages tire-t-elle ses flèches contre la cible, pardon la "statue" de Simone Veil ? Là, c'est le vide sidéral ! RIEN de rien.

A moins qu'elle n'ait souhaité donner une dimension disproportionnée et déformée à l'information fournie par Agathe Logeart dans le NO (voir plus haut) :

- "Penchés sur son manuscrit, Antoine, son mari depuis soixante ans, et ses garçons Jean et Pierre-François ont aidé "Simone", comme ils la nomment, à venir à bout de cette dette, à l'égard de ses morts, parents, frère, soeur. Et de ce fils tant aimé qu'elle croit parfois encore entendre jouer du piano, quand elle ferme les yeux."

Antoine, Jean et Pierre-François Veil... seraient-ils les "nègres" subodorés par Mme Levisalles ?!?

 

Si votre réflexe de lecteur à tout le moins interloqué, consiste à vouloir rédiger un commentaire sur le site de "Libération" à la suite de la critique en question, bonne chance à vous. Du 22 au 25 compris, une réaction unique avait été acceptée par le filtre de Libé :

- "La bio de Simone Veil, si l'on en croit l'une de vos hypothèses, marcherait donc bien... parce qu'elle est belle ?... J'en reste stupéfaite. Dirait-on des mémoires de de Gaulle qu'elles intéressent les français parce qu'il était grand...?"

A l'exception de cette stupéfaction, le barrage se confirme très efficace. Le 22 puis le 23, il a été tenté vainement de déposer un bref commentaire personnel.

Alors, faute de Libé, restait la République des livres de Pierre Assouline. Là, pas de censure. Mais l'indifférence l'a remplacée. En effet, l'information sur le traitement réservé par Mme Levisalles à la biographie de Simone Veil, a été commentée par un seul intervenant et dans quels termes :

- "La biographie de Madame Simone Veil version littéraire me paraitrait trop longue, au contraire de Rachida Dati, je ne connais pas la grande Dame, et sa vie privée me laisse de glace. Pour dire vrai, elle semble tellement de glace, que je ne l'imagine même pas en dehors d'un petit fascicule biographique genre PUF."

Restait à répondre à ce Monsieur grand connaisseur en congélation que parler de vie "privée" à propos d'Auschwitz ou de la loi autorisant enfin les interruptions volontaires de grossesses, c'est aussi du n'importe quoi. Mais peine perdue.

Dès lors, ne reste plus que ce blog pour témoigner sur cette page de son refus des indifférences. Mais pour éviter tout fantasme à Mme Levisalles, précisons noir sur blanc que ce blog ne reçoit l'aide d'aucun "nègre". Même en l'absence d'un coauteur sur la présentation du blog. Même si pour cette journaliste, ça ne signifie pas qu'il y ait de "nègre" ni qu'il n'y en ait pas, selon sa formule promise à la postérité !




1974 : Simone Veil à la tribune de l'Assemblée nationale (DR)




Publié dans Bibliothèque

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