P. 195. A lire en attendant le 3 décembre

Publié le par Jean-Emile Andreux

Si l'impatience vous gagne avant la cérémonie du 3 décembre à l'Assemblée nationale, voici trois lectures sortant des sentiers battus :





"L'affaire Louis-Ferdinand Céline. Les archives de l'ambassade de France à Copenhague 1945-1951.", David Alliot, Ed. Horay.

L'un des plus répugnants écrivains qui aient mis leur talent au service d'un antisémitisme assassin, Louis-Ferdinand Céline, sut quitter la France à temps et attendre à l'étranger que les temps passent. Alors que ses victimes nommément désignées et dénoncées avaient disparu en cendres, lui se réfugia au Danemark. Où il fut néanmoins découvert. L'ambassade de France intervint alors en vain pour que justice soit faite.

Delfeil de Ton présente cet ouvrage sur le site du Nouvel Observateur :

- "Le dossier du ministère des Affaires étrangères était normalement sous embargo jusqu'en 2051, soit un siècle après sa clôture, mais il est heureusement des accommodements et David Alliot a obtenu de le consulter. Mieux, de pouvoir le reproduire in extenso. Il ne suffit pas d'être un chercheur, encore faut-il savoir dénicher."







"Combats de guerre et de paix"
, Germaine Tillion, Seuil, 828 p.

Il y a de "grandes figures" qui relèvent de l'imagerie d'Epinal. Et d'autres qui suscitent le plus authentique des respects. Telles ces femmes et leurs résistances : Lucie Aubrac, Charlotte Delbo et encore Germaine Tillion. Aucune n'a baissé les bras après l'armistice. Et leurs écrits survivent aux déceptions, aux oublis qui s'en suivirent...

Dans "Le Monde", Catherine Simon :

- "Militant "non pour des partis, mais pour des causes", cette moderne moraliste avait fait, avant l'heure, une arme politique de la notion de respect des droits de l'homme. "Les causes sacrées ne sont pas éternelles. Ce qui est éternel (ou presque), c'est la pauvre chair souffrante de l'humanité", écrit-elle à une de ses anciennes camarades de camp, devenue, après-guerre, députée communiste en Tchécoslovaquie. C'est pour cet humanisme, bien sûr, que Germaine Tillion a souvent été détestée."







"Darquier de Pellepoix ou la France trahie", Carmen Callil, Buchet-Chastel, 400 p.

La fille de ce Darquier, commissaire aux "questions" juives sous Vichy, s'est suicidée après la découverte de l'itinéraire volontaire de son père, exemple de collabo antisémite borné. Passée de l'autre côté de la Manche pour échapper au poids des souvenirs de ce père expliquant que l'on n'avait pas gazé des juifs mais seulement des poux à Auschwitz, elle compta parmi ses patientes Carmen Lallil. Qui ouvrit archives et recueillit témoignages ainsi que documents après la mort volontaire de celle qui la soignait, stupéfiante manière de lui rendre hommage.

Evrivain averti des temps de l'occupation et biographe sans complaisance, Pierre Assouline a noircit une page de son blog sur cette biographie :

-
"Que faire d'une telle histoire ? On imagine ce qu'un écrivain en aurait fait : une méditation sur le secret et l'abandon à travers un bref récit sur la relation entre ces deux femmes et le spectre envahissant de cet homme honni. Carmen Callil a préféré se jeter sur lui pour essayer de comprendre comment le fils d'un notable de la bonne bourgeoisie catholique de Cahors, avait pu glisser ainsi dans l'abjection. Dans un cas comme dans l'autre, un livre sur l'oubli. Elle qui n'avait jamais écrit a bénéficié des conseils et des encouragements de ses amis écrivains qu'elle édita naguère, David Malouf, Colm Toibin, Julian Barnes, Michael Holroyd, Margaret Drabble, Margaret Atwood, Anthony Beevor. Pas mal comme comité de lecture. Alors que faire d'un tel anti-héros ? Une sorte de biographie, énorme enquête dont la prétention à l'exhaustivité est vertigineuse. « C'est aussi un livre sur Vichy, sur la justice et finalement sur l'injustice. A mes yeux, Pétain et Bousquet sont les deux grands coupables. Darquier moins parce que lui assumait sa haine.» Elle le dit calmement car le passé l'enflamme moins que le présent."


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J-E Andreux 30/11/2007 21:23

Pour "Les disparus" , voir la page 172 du blog, une page entièrement consacrée au travail de mémoire de D. Mendelsohn.
Sinon, pour l'anecdote, j'ai été appelé à remplacer le P. Desbois pour une conférence à Lille...
J-E A

p.lecler 30/11/2007 21:11

Lire aussi le fabuleux bouquin de Daniel Mendelsohn, paru il y a peu chez Flammarion : Les Disparus. La quête d\\\'un jeune juif américain à la recherche de traces de ses ancêtres disparus en Pologne pendant la guerre. Magnifique !Et d\\\'actualité (il faut absolument voir l\\\'expo au CDJC sur les travaux du Père Desbois, dont je recommande aussi le livre Porteur de mémoires).Bon passage en v2 (sans trop de casse, je croise les doigts)...