P. 196. 3 Décembre 2007 à l'Assemblée nationale

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

Organisée par le Comité français pour Yad Vashem, 

la cérémonie lumineuse du 3 décembre à l'Hôtel de Lassay et en l'honneur de onze Justes parmi les Nations

 

 

Tant de pages de ce blog annonçaient cette cérémonie... Notamment la page 190 brossant le portrait des onze Justes parmi les Nations, dont l'héroïsme aussi efficace que spontané et modeste avait permis de sauver des Juifs persécutés en France au milieu des horreurs de la Shoah.

Les personnalités et les délégations attendues à Paris pour se joindre à l'hommage rendu à Emile Fontaine, à sa compagne Annette Pierron et à la mère de celle-ci, Camille Pierron, étaient annoncées sur la page 182. En l'Hôtel de Lassay, le salon était comble. Et le Comité français pour Yad Vashem sut alors faire montre d'un remarquable doigté et d'une grande attention pour chacune et chacun des invités ayant désiré suivre cette cérémonie tellement émouvante.

 

Une des deux allées du salon. En partant de la gauche : Odile Remy, directeur adjoint, Mme et le Chevalier Nathan Ramet, Président du Musée Juif de la Déportation et de la Résistance à Malines. A partir du troisième rang, les invités des Ardennes.

 

Au nombre des cinq dossiers scrupuleusement rassemblés par Yad Vashem France puis agréés par l'Institut Yad Vasehm de Jérusalem, figurait donc celui de trois Justes parmi les Nations dont l'histoire est définitivement indissociable de celle du Judenlager des Mazures et de ses déportés. L'hommage à Emile Fontaine ainsi qu'à Annette et à Camille Pierron a été présenté par Anaïs Carpillo, arrière petite-fille de Benedykt Kamienker (déporté aux Mazures avant de mourir à Auschwitz) et par Mathilde Mathie-Matheu, élève de Terminale littéraire au Lycée St-Remi de Charleville-Mézières.

 

Anaïs Carpillo et Mathilde Mathie-Matheu

 

(Anaïs Carpillo) : Le 5 janvier 1944, les derniers juifs du Judenlager des Mazures, dans les Ardennes françaises, sont conduits à la gare de Charleville. Sur les quais, devant des wagons à bestiaux, d'autres juifs reconnaissables à leur étoile de David vont eux aussi être transportés vers Drancy. Ce sont des juifs Ardennais mais également des familles retirées des colonies agricoles allemandes de la WOL. Deux "Mazurois" s'enfuient sans plus attendre et sous les coups de feu. Josef Peretz prend la direction de Revin où il sera sauvé par le chef de gare, Léon Devingt. Quant à Nathan Suszter, il retourne à pied dans le seul village ardennais qu'il connaisse : celui des Mazures. De là, il demandera à ce qu'un résistant d'Aubenton, Emile Fontaine, le prenne en charge.

Parti en direction de Reims, le convoi s'est arrêté à la gare d'Amagne-Lucquy. Un cheminot en profite pour dégager le système de fermeture extérieure de l'un des wagons. Et quand le train, poursuivant son sinistre itinéraire, se trouve obligé de ralentir pour franchir l'Aisne, dix déportés du Judenlager des Mazures en sautent, dont : Léopold Aron, Abraham Casseres, Henri Grün, Charles et Salomon Kogel , Salomon Lemer, Harry Reicher, et David Stockfeder.

Ces huit évadés n'ont eux aussi qu'un nom à la bouche pour appeler à l'aide : celui d'Emile Fontaine.

(Mathilde Mathie-Matheu) : Ce syndicaliste agricole était entré dans la résistance en 1941 sous le pseudonyme de "Tanguy". En 1942, il succéda à Adrien Fournaise, responsable de son réseau de l'Organisation Civile et Militaire, hélas dénoncé et déporté sans retour. Mais lors de l'été 1943, Emile Fontaine se trouva condamné à une peine d'au moins cinq mois de travaux forcés pour "marché noir". En vérité, ce résistant avait été arrêté par des gendarmes français alors qu'il venait de détourner des denrées alimentaires de la WOL et ce, pour ses maquis abritant des réfractaires au STO et des aviateurs alliés en transit vers l'Angleterre.

Emile Fontaine dut accomplir sa peine au Camp des Mazures ouvert depuis le 18 juillet 1942 et construit par 288 juifs déportés depuis Anvers, en Belgique. Il y était interdit d'entrer en contact avec ces juifs mais Emile Fontaine, avant sa propre libération, s'engagea à tout mettre en oeuvre si certains d'entre eux décidaient de s'évader. Parole tenue pour Jacques Springer qui s'est sauvé des Mazures le 18 novembre 1943. Puis pour Nathan Szuster et pour huit des rescapés du convoi du 5 janvier 1944.

Emile Fontaine est alors basé à la coopérative agricole d'Aubenton. Son amour pour Annette Pierron, jeune femme réfugiée chez sa mère, Camille, fermière à Buirefontaine, est tel, qu'Annette attend un bébé. Malgré les risques mortels courus par toute personne venant en aide aux persécutés, Emile Fontaine va leur procurer des logements successifs et sécurisés ainsi que des papiers d'identité d'aryens. Par des filières fiables de la résistance, il va soit les mettre à l'abri jusqu'à la fin de la guerre comme Henri Grün ou leur permettre de regagner la Belgique comme Abraham Casseres ou Harry Reicher...

(Anaïs Carpillo) : En décembre 1946, douze Anversois du Judenlager des Mazures et rescapés de la Shoah, inaugurèrent à Aubenton une plaque en hommage à Emile Fontaine, abattu hélas par la Gestapo le 30 mars 1944 mais sans lien de cause à effet avec les évadés. De ces douze Anversois, ne vivait plus que Nathan Suzster quand débutèrent en 2002 les recherches visant à arracher cette histoire à l'oubli. Il eut à coeur de témoigner pour Emile Fontaine en affirmant : "A cette époque-là, j'aurais donné ma vie pour lui" mais sans oublier Annie et Camille Pierron, toutes deux transformant notamment la ferme de Buirefontaine en havre protecteur dans un monde où la Shoah accomplissait ses ravages.

Mort en octobre 2004, Nathan Szuster ne connaîtra pas cette cérémonie d'hommage. Mais sa mémoire s'en trouve revivifiée tout comme celles de ses 287 camarades juifs des Mazures au nombre desquels 239 périrent de même 102 de leurs épouses et 124 de leurs enfants. Sans les courages complémentaires d'Emile Fontaine, d'Annette Pierron et de Camille Pierron, cette liste de victimes de la Shoah s'en serait retrouvée encore plus lourde, encore plus tragique.

 

 

 

Annie Determe, Adrienne Fontaine, l'Ambassadeur d'Israël Daniel Shek

 

Fille aînée d'Emile Fontaine, Adrienne Fontaine a reçu pour celui-ci le Diplôme et la Médaille de Juste parmi les Nations des mains de l'Ambassadeur d'Israël en France, Daniel Shek. Lequel a remis à Annie Determe, fille cadette d'Emile Fontaine, les Diplômes et Médailles aux noms de sa mère Annette Pierron et de sa grand-mère Camille Pierron.

 

NOTES :

 

- Des remerciements qui ne sont pas de circonstance mais d'une vraie sincérité : à tout le Comité français pour Yad Vashem. Pour sa précieuse chaleur humaine. Et tout particulièrement à Jenny Laneurie ainsi qu'à Viviane Saül qui ont traversé bien des tempêtes pour ordonner une cérémonie aussi extra-ordinaire (au sens étymologique).

Et des remerciements particuliers à Marie-France Barbe qui a préparé un déplacement en autocar pour les Ardennais. Une maladie aussi imprévue que ravageuse lui a interdit le déplacement en dernière minute. Elle nous a manqué à tous, elle qui n'avait cessé de se dévouer pour cette cérémonie dont elle a été tristement privée.

- Les futures pages de ce blog porteront d'autres illustrations de cette cérémonie. Les remerciements d'Adrienne Fontaine et d'Annie Determe seront évoqués de même que ceux de Yaël Reicher, Présidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures, et de Michel Grün, fils d'un des évadés des Mazures sauvés par le réseau d'Emile Fontaine.

Les quatre autres dossiers exposés en cette soirée mémorable, ne seront évidemment pas oubliés.

- Vous êtes invités à vaincre tous les obstacles informatiques pour aboutir au blog de "Matin Première" (Radio télévision belge francophone). Vous y dégusterez la chronique de Paul Hermant de ce 4 décembre à 7h17. Dès son retour de Paris, il y transcrivit ses impressions toujours originales et vivifiantes !

- Photos : Jean-Emile Andreux.

 

Publié dans Yad Vashem

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ROUX 27/11/2008 23:24

Je suis le petit fils de Adrien Fournaise, résistant responsable du réseau OCM. Mon grand père est dénoncé et arrêté par la gestapo le 24 décembre 1943. Au lieu de fuir et échappé à la police allemande, il se laisse capturer pour sauver sa famille.

JEA 28/11/2008 08:19



Grand merci à vous pour votre commentaire. Vous devez aussi avoir ressenti avec tristesse le décès de Georges-Henri Lallement (la semaine dernière). Il fut l'adjoint d'Emile Fontaine qui succéda
à votre Grand-Père après son arrestation par dénonciation.


Selon les témoignages que j'ai pu recueillir, celui qui donna votre Grand-Père finit lui-même par être déporté et n'en revint pas.


 



hélÚne LIPIETZ 04/12/2007 14:33

Parce que je pense que monsieur ANDREUX est trop timide pour l'écrire, il a été aussi à l'Honneur : tous les intervenants à la Tribune, mais aussi les participants anonymes, ont loué son travail sans lequel ceux des Mazures,

ceux qui sont partis et ceux qui sont restés,

ceux qui étaient les victimes et ceux qui les sauvèrent,

seraient restés dans l'Oubli.

Il mérite la médaille des Justes parmi les Historiens.