P. 197. 3 décembre 2007 à l'Assemblée nationale (2)

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

Cinq dossiers de Justes furent évoqués sous les lustres de l'Hôtel de Lassay.  Celui des trois Justes ayant sauvé des évadés du Judenlager des Mazures a sans doute mis définitivement fin à un silence de plus de 60 ans... Celui qui avait enseveli ce camp des Ardennes de France.

 

Les quatre autres dossiers ouverts aux noms de huit Justes parmi les Nations sont résumés sur la page 190 de ce blog. Au moins une page future reprendra des illustrations et des évocations à leur propos. Mais les lecteurs comprendront notre souhait de saluer en toute objectivité les marques de reconnaisance de l'histoire des déportés des Mazures, une reconnaissance attendue si longtemps. Après l'inauguration de la Pierre du souvenir aux Mazures (juillet 2005), cette cérémonie du 3 décembre à Paris a marqué un aboutissement symbolique du travail de mémoire mené pour rendre aux 288 Anversois de ce Judenlager leur place dans la Shoah.

 

Hôtel de Lassay : le salon côté fenêtres.

 

Président du CRIF et Président d'honneur du Comité Français pour Yad Vashem, Richard Prasquier déposa un premier galet en saluant chaleureusement la figure de Nathan Szuster. Evadé de la gare de Charleville, le 5 janvier 1944, cet Anversois fut pris en charge par Emile Fontaine et son groupe de résistants. Selon sa volonté, il gagna les Pyrénées pour passer vers l'Angleterre où il voulait s'engager dans l'armée belge. Des actions de la Milice l'en empêchèrent. Nathan Szuster entra dès lors dans un maquis du Gers. Il participa à la libération de Toulouse. Puis sous l'uniforme français, mit le siège devant Bordeaux. Pour lui, la guerre se termina à Reims où cette fois avec l'uniforme américain, il garda un camp de prisonniers de guerre allemands. 

 


A la tribune : Richard Prasquier

Avant de décéder en octobre 2004, Nathan Szuster eut la volonté de déposer son témoignage qui servit de base au dossier de reconnaissance comme Justes parmi les Nations d'Emile Fontaine, d'Annette et de Camille Pierron.

 

Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah où il vient de succéder à Simone Veil, David de Rothschild rassembla dans le même hommage les 288 déportés raciaux des Mazures. En rappelant que la Fondation avait accordé dès 2003 sa reconnaisance et son soutien aux recherches alors encore bien balbutiantes sur cet unique Judenlager de Champagne-Ardenne. Ce 3 décembre, la Fondation, par la voix de son Président, pouvait acter de la progression d'un travail de mémoire dont l'une des conséquences conduisit à associer les noms des trois Justes d'Aubenton à ceux des juifs du camp ardennais.

 

 Discours de David de Rothschild

 

Mais qui mieux que Yaël ReicherPrésidente de l'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures, pouvait rassembler à nouveau les Anversois des Mazures et leurs sauveurs ? Voici son allocution :

"Chère famille Fontaine,

Chers Justes,

Chers familles de Justes,

Chers survivants,

Chères familles de survivants,

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Monsieur l'Ambassadeur d'Israël en France,

Monsieur le Président du CRIF et Président d'Honneur du Comité Français pour Yad Vashem,

Monsieur le Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,

Madame l'Echevine et Adjointe au Maire d'Anvers,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Au nom de l'Association de la Mémoire du Judenlager des Mazures, je suis très honorée d'être ici présente, entourée des membres de la famille Fontaine. J'ai le plaisir d'avoir à mes côtés Rémi Fontaine, ici à ma droite, petit-fils du grand héros et résistant Emile Fontaine, les deux filles Adrienne et Annie ainsi que toute la famille Fontaine, enfants, petits-enfants dans la salle ainsi que Michel Grün, à ma gauche, fils d'Henri Grün, déporté, évadé et sauvé par Emile Fontaine.

Notre présence commune est un signe symbolique et émouvant envoyé à nos pères ! Celui de leur victoire dans la lutte contre la barbarie humaine. Rémi, petit-fils d'un grand héros et Michel et moi-même, enfants de rescapés juifs pourchassés et sauvés par le réseau Fontaine.

Nos pères ne sont plus en vie aujourd'hui, mais attachés au devoir de mémoire et d'humble gratitude, nous transmettons leur histoire aux générations futures afin qu'on n'oublie jamais mais surtout pour que nos enfants soient émerveillés par l'extraordinaire degré d'humanité que constitue l'acte de sauver la vie d'une personne inconnue en risquant sa propre vie et celle de sa famille mais aussi d'être inspiré et passionné par la tolérance, la sensibilité envers les minorités et les faibles, la noblesse des sentiments et l'ouverture d'esprit.

Emile Fontaine, Annette Pierron et Camille Pierron étaient des héros.

Leur générosité émotionnelle allait bien au-delà du terme. Emile Fontaine, capitaine FFI et grand résistant luttait pour une cause juste ce qui l'emmenait à des degrés de compassion envers autrui que peu d'êtres humains pourraient même commencer à comprendre.

Emile Fontaine, Annette Pierron et Camille Pierron ont sauvé des vies d'êtres humains privés de leur dignité, humiliés, déportés. Ces êtres humains étaient des Juifs. Emile Fontaine était déterminé à se battre pour des idéaux humanitaires et il a payé son courage au prix de sa vie, le même sort que la majorité des 288 Juifs du Judenlager des Mazures, le même sort subi par 6 millions de Juifs suite au régime fasciste du 3e Reich.

Le titre de Juste parmi les Nations est la distinction suprême décernée par l'Etat d'Israël. Les personnes Justes sont des exemples pour l'humanité entière et aujourd'hui, Emile Fontaine, Annette Pierron et Camille Pierron et les autres personnes Justes que nous honorons aujourd'hui le seront éternellement.

En nous mobilisant contre la xénophobie, l'intégrisme, l'indifférence, l'ignorance, l'intolérance et la haine, nous continuerons à suivre ton exemple et nous te garderons en mémoire et dans nos coeurs, très précieusement, à jamais.

Merci Emile Fontaine, merci du fond du coeur ! Sans toi, beaucoup ne seraient pas ici aujourd'hui."

 

De g. à dr. : Rémi Fontaine, Jean Claude Roos (Maître de la cérémonie pour le Comité français de Yad Vashem), Yaël Reicher Présidente AMJLM, Michel Grün.

 

Notes :

- Un Diaporama retrace la cérémonie sur le site de l'Ambassade d'Israël en France.

- Un écho figure sur le blog particulièrement original et reposant sur un "intense travail de mémoire" : Oflag (Meurtre dans...).

- L'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures était représentée par :

sa Présidente Yaël Reicher, Jean-Emile Andreux, Suzy Collard, Danielle Delmaire, Michel Grün, Ran Hanegbi, Rachel Kamienker, Marie Lejeune, François Lorent, Annette Mendel et Emmanuel Tzwern.

Tous eurent une pensée particulière pour Gaby Reicher, veuve de Harry Reicher et mère de Yaël, hospitalisée d'urgence en Afrique du Sud et opérée la veille de la cérémonie.

- Photos : Jean-Emile Andreux.

 

 

Publié dans Yad Vashem

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Evelyne et David Korn 08/12/2007 02:09

Nous avons lu les comptes-rendus et les discours des personnalités présentes et en sommes encore sous le choc.
 
Moi-même, enfant caché, il m'a fallu près de soixante ans pour retrouver mes sauveurs, et en 2004, malheureusement à titre posthume, Yad Vashem les a déclarés Justes parmi les Nations.
 
Que le courage de ces Femmes et de ces Hommes courageux, soit à jamais gravé en nos mémoires.
 
Evelyne et David KORN.