P. 202. Dernières illustrations du 3 décembre

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

6 pages de ce blog gardent quelques traces de la cérémonie du 3 décembre à l'Assemblée nationale... voici la 7e page avec le mot : "fin"...

 

Ce blog a rassemblé un album de familles peu ordinaires. Familles et proches de Justes parmi les Nations ainsi que familles de persécutés. Voici quelques photos encore, les dernières pour la longue route qui de 1940, arrive aux frontières de 2008. En laissant loin derrière nous les ruines de l'Etat de Vichy. En n'oubliant aucune des victimes de la Shoah. En veillant à ce que le souhait : "plus jamais ça", ne reste pas trop lettres mortes.

 

 

Leen Verbist, Echevin (Maire adjointe) de la Ville d'Anvers (Photo JEA)

 

Des Ardennes, l'histoire du Judenlager des Mazures et de ses déportés Anversois est donc remontée jusqu'à Paris.

Cette progression lente - et parfois incertaine - avait chacune de ses étapes représentée dans les salons de l'Hôtel de Lassay. A commencer par Danielle Delmaire, professeur à Lille 3, directrice de publication de TSAFON (1) et notamment historienne des camps pour juifs du Nord de la France (2). Mais aussi François Lorent, archiviste de la Ville de Revin, premier professionnel ardennais qui se soit investi dans l'aide aux recherches dès leur élaboration. Puis Marie-Thérèse Duflot, présidente de la "Maison de l'Histoire du Plateau de Rocroy et des Fagnes" (3) où, grâce à Marie-France Barbe, historienne, fut prononcée une conférence sur le Judenlager des Mazures dès octobre 2003. Mais encore la Société d'Etudes Ardennaises qui prit le relais en publiant une communication sur le camp en 2004 (4) et mit deux conférences à son affiche. Et à la tête d'une délégation, Mme Cachard, Maire des Mazures où une volonté commune de la Municipalité et de l'Association pour la mémoire du Judenlager permit de dresser en juillet 2005 une pierre du souvenir sur le site même du camp. Enfin, les membres de la Communauté juive des Ardennes qui ont accompagné, en parallèle avec la classe de Terminale littéraire du Lycée St-Remi de Charleville-Mézières, bien des avancées du sauvetage de la mémoire du Judenlager et de ses déportés.

Par contre, le même travail de mémoire n'a jusqu'à présent suscité que des échos épars en Belgique. Pas de publication. Deux conférences à Namur. Une autre à Dinant. Une suite de cours à l'Institut technique de la Communauté française H. Mauss à Namur (5). La participation à une journée d'étude à l'Université Libre de Bruxelles (Erasme, Ecole de Santé publique). Une autre conférence au public clairsemé au Centre communautaire laïc juif de Bruxelles (6). Et toujours rien en Flandres à commencer par Anvers, ville d'où furent cependant arrachés le 18 juillet 1942 tous les déportés des Mazures.

Cet espace opaque de silence entre Anvers et l'histoire de 288 de ses citoyens a enfin connu une première brèche symbolisée par la présence, au premier rang des invités de la cérémonie du 3 décembre, de Leen Verbist, Echevin d'Anvers. Cette Adjointe au Maire de la première ville flamande du Royaume, porte des responsabilités soulignant l'importance de sa venue à Paris. En effet, sa charge s'étend comme suit : "jeugd, wonen, samenlevingsopbouw, stedelijk wijkoverleg en ontwikkelingssamenwerking", soit la jeunesse, le logement, l'édification d'une vie en commun, la réflexion sur une politique communale des quartiers et la concertation pour le développement de la culture...

Alors que le Bourgmestre d'Anvers, Patrick Janssens vient de reconnaître et de dénoncer l'attitude et les responsabilités des autorités communales sous l'occupation - plus particulièrement de leur police- dans la chasse aux juifs (7), peut-être est-il permis d'espérer que les 288 déportés des Mazures retrouvent eux aussi leur juste place dans la mémoire collective anversoise ?

 

 

Salomé : arrière petite-fille de déporté et rescapé d'Auschwitz (Photo JEA)

 

S'il est, dans la Shoah, une souffrance particulièrement insupportable, et tous les rescapés le répètent, ce sont tous ces bébés, tous ces gosses, tous ces adolescents mis dans les convois vers Auschwitz et dont la vie encore balbutiante s'arrêta dans les chambres à gaz.

Aussi, chaque jeune descendant des persécutés, personnalise une victoire sur le nazisme et sa programmation d'extermination systématique. Lors de la cérémonie, la présentation du dossier d'Emile Fontaine, d'Annette et de Camille Pierron n'avait pas été confiée sur ses seules compétences à Anaïs Carpillo. Mais aussi parce qu'elle est l'arrière petite-fille d'un déporté des Mazures mort ensuite à Auschwitz, Benedykt Kamienker.  

Au pied de la tribune officielle se détachait aussi une enfant lumineuse et grâcieuse, réalisant son propre reportage photographique de la cérémonie. Salomé est l'arrière petite-fille d'Abraham Rosenberg qui, après avoir été hébergé dans les Ardennes, fut raflé pour Auschwitz dont il revint au nombre des rares rescapés (dossier Nestor et Roger Prime).

 

Michel Grün, fils d'évadé des Mazures (Photo JEA)

 

Aucun des discours et des remerciements prononcés le 3 décembre, ne relevaient d'une quelconque langue de bois stéréotypée. Chacun parlait avec grande pudeur mais infinie émotion de ces moments tragiques où des victimes innocentes restèrent en vie grâce à des sursauts de solidarité portés par de vrais Républicains. Seul de tous les discours prononcés dans les salons de l'Hôtel de Lassay, celui de Michel Grün n'avait pas encore trouvé d'écho sur ce blog. Tant il était inattendu et personnel :

- "Nous tenons à remercier particulièrement le professeur et historien Jean-Emile Andreux d'avoir retracé dans des situations pas toujours très favorables et avec une santé fragile, l'histoire des 288 Juifs anversois, dont celle de mon père, internés dans le camp des Mazures et déportés vers ces horribles camps de la mort. Merci à Jean-Emile Andreux d'avoir historiquement reconstruit et archivé la grandeur d'Emile Fontaine, d'Annette Pierron et de Camille Pierron afin que nous puissions les faire survivre à leur passé et les faire rayonner pour toujours."

 

 

 Retour... A droite, Adrienne Fontaine et son compagnon (Photo Noël Desmons)

 

Notes :

(1) - Les Mazures, un camp de juifs en Ardennes françaises, TSAFON, Revue d'Etudes juives du Nord, Villeneuve d'Ascq, n° 46, Automne 2003 - Hiver 2004, pp. 117-147.

- Mémorial des déportés du Judenlager des Mazures, TSAFON, Revue d'Etudes juives du Nord, n°3 hors-série, Octobre 2007, 155 p.

(2) - Danielle Delmaire, Les camps des Juifs dans le Nord de la France, MEMOR, Villeneuve d'Ascq, n°8, 1987, pp 47-64.

- Danielle Delmaire (éd.), Les "camps des juifs" dans le Boulonnais (1942-1944), Actes de la table-ronde de Boulogne-sur-Mer, 24 septembre 1988, MEMOR, Villeneuve-d'Asq, n°10, 1989, 45 p.

- Danielle Delmaire, Eté 1942 : l'antichambre d'Auschwitz. Les "camps des juifs" dans le Boulonnais, TSAFON, Revue d'études juives du Nord, Villeneuve d'Asq, n° 9-10, Eté-Automne 1992, pp 67-87.

(3) - 1942-1944, Les Mazures, un Judenlager oublié, L'Hobette, Revue de la Maison de l'Histoire du Plateau de Rocroy et des Fagnes, Le Gué d'Hossus, n° 13, Octobre 2003, pp. 37-43.

(4) - Le Judenlager des Mazures. Juillet 1942 - Janvier 1944, Revue Historique Ardennaise, Société d'Etudes Ardennaises, Archives départementales, Charleville-Mézières, tome XXXVI, années 2003-2004, pp 199-216.

(5) 13 conférences scolaires se sont succédé jusqu'ici dans les Ardennes de France alors que seul pour toute la Belgique, cet Institut technique namurois accepta des communications programmées sur deux jours.

(6) La comparaison est explicite : 7 conférences dans les Ardennes et une à Lille pour 3 en Wallonie et 2 à Bruxelles. Aucune en Flandres.

Quant à l'exposition sur le Judenlager des Mazures, elle a voyagé successivement de la Bibliothèque centrale de Charleville-Mézières au CFA de cette préfecture des Ardennes, puis à Revin, à Monthermé pour un retour à Charleville-Mézières (Lycée bazin) et un nouveau départ vers Givet et enfin Aubenton. En Belgique, seul l'Institut H. Mauss de Namur l'abrita. Elle aurait eu sa place, nous semble-t-il et pour se limiter à deux exemples, dans un espace comme ceux des "Territoires de la Mémoire" à Liège et dans leurs antennes ou lors du dernier Congrès du FJO à Anvers. 

(7) Lire la Page 187 du blog.

 

 

Publié dans Yad Vashem

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noel desmons 24/12/2007 12:50

J'étais présent à la cérémonie.
Avec le recul, je me rends compte que ce qui m'a le plus ému, c'est le regard et la joie de vivre de ces enfants, arrière petit-fils ou petite-fille de ceux ou celles dont la dignité humaine a pu être préservée grâce à l'action d'hommes et de femmes simplement amoureux de la vie et de la dignité humaine.

Martine Van Coevorden 24/12/2007 10:20

Votre persévérance a été payante, même si la Belgique est à la traîne.
M. Van Coevorden