Déportés

Mercredi 14 mai 3 14 /05 /Mai 09:26

Par Jean-Emile Andreux

 




Plus de 5.000 photos. Un film en pré-montage. Trois expositions... Nicole Bergé partage ses émotions
et ses interrogations sur le Camp de Rivesaltes.

Sur la page 135 de ce blog, David Korn, enfant sauvé de la Shoah après avoir été enfermé derrière les barbelés du "Centre de Rassemblement des Israélites" à Rivesaltes, a témoigné des conditions dans lesquelles le régime de Vichy y imposait des souffrances humiliantes aux Juifs "étrangers" avant qu'ils ne soient déportés sur Auschwitz.
Via le blog, Nicole Bergé, photographe, a souhaité des échanges avec ce rescapé. Pour dialoguer, confronter aussi les souvenirs de l'enfant persécuté et les vestiges du Camp pris en clichés aujourd'hui...

"Rivesaltes" : ce lieu blesse la mémoire de bien des communautés qui ont été (mal)traitées comme des strates superposées par une histoire peu glorieuse de France.

Catherine Sabbah (Le Monde, 12 avril 2008) :

- "C'est ici que doit être créé un mémorial, destiné aussi à réveiller les souvenirs de la population locale. "On sait qu'il s'est passé des choses ici, mais les questions restaient sans réponses il y a encore quelques années. C'est un passé qu'on n'aime pas trop évoquer", commente Marianne Petit, ancienne directrice de la culture au conseil général. Plus de quatre-vingt mille personnes ont été internées au camp de Rivesaltes, et beaucoup y sont mortes de froid et de faim. "La plupart n'étaient pas retenues pour ce qu'elles avaient fait, mais en vertu du danger potentiel qu'elles représentaient pour la société, aux yeux de l'Etat"...

Dès 1939, les militaires laissent la place à des républicains espagnols chassés par les troupes de Franco, puis en 1941 et 1942, à des juifs, souvent étrangers, en "transit" vers les camps de concentration. Suivent des Tziganes, puis des prisonniers allemands et des collaborateurs après la Libération. Des harkis rapatriés y sont cantonnés à partir de 1962, dont les derniers quittent le camp dans les années 1970.

Selon les époques, prisonniers ou assignés à résidence fournirent une main-d'oeuvre très bon marché à des agriculteurs ou à des industriels de la région. Encore récemment, jusqu'à un millier de sans-papiers séjournaient chaque année dans le centre de rétention administrative entouré de barbelés. Il a été déplacé il y a quelques mois."


A ce "Camp pour étrangers indésirables", fut adjoint en 1942 et dans les îlots K et F, un "Centre de Rassemblement des Israélites" évoqué de l'intérieur et dans la douleur par David Korn.
Depuis 1994, une stèle en perpétue le souvenir :

- "Des milliers de juifs étrangers qui s'étaient réfugiés en France furent arrêtés et internés en 1940 dans le Camp de Rivesaltes, en zone libre. D'août à octobre 1942, plus de 2250 d'entre eux, dont 110 enfants, furent livrés aux nazis en zone occupée par l'autorité de fait, dite "Gouvernement de l'Etat Français". Déportés dans le camp d'extermination d'Auschwitz, presque tous y furent assassinés parce qu'ils étaient nés juifs. N'oublions jamais ces victimes de la haine raciale et xénophobe.
Zakhor. Les fils et filles des déportés juifs de France, le 16 janvier 1994.
- Première commémoration officielle au Camp Joffre de Rivesaltes -"

Profanée en 2002, cette stèle fut restaurée le 22 juin 2003. Deux nouveaux monuments marquèrent à leur tour l'enfermement des réfugiés espagnols d'une république massacrée mais aussi ces harkis placés entre deux rejets : celui de leur pays d'origine et celui d'une France peu reconnaissante...

Porte ouverte sur un Camp "de la honte" (Photo et © Nicole Bergé).

Depuis quatre années, Nicole Bergé imprègne ses photographies (plus de 5.000) des marques si longtemps laissées à l'abandon de ce Camp :

- "Je suis très heureuse que mon travail serve de témoignage, il a été fait pour ça. Aussi, je suis tout a fait d'accord pour que vous l'utilisiez, sur vos différents sites {Blog Yad Vashem France et celui-ci}.  Je sais que l'on peut prendre des images sur internet, qu'il est très difficile de les protéger mais j'estime aussi qu'un particulier qui a vécu des choses douloureuses et qui veut avoir ces images, peut aussi considérer qu'elles appartiennent à son histoire donc un peu à lui aussi. Il est bien différent de les utiliser à des fin commerciales... 
Je suis très heureuse quand l'émotion que j'ai ressentie et mise dans chaque photo, voit le jour et touche à son tour."

Comme un livre ouvert sur le passé (Photo et © N. Bergé)

Extraits de la présentation d'un catalogue d'exposition :

- "Nicole Bergé a réuni, en cheminant plusieurs mois sur le site, tout une accumulation de traces matérielles composée essentiellement d'objets du quotidien : objets cassés, débéris, ustensiles abandonnés...
Ces objets, témoins directs du passé, sont souvent difficilement reconnaissables et nous donnent peu d'informations. Mais le silence autour de leur origine, amplifié par la photographie, provoque d'autant plus l'interrogation et le questionnement.
Comment faire pour ne pas reproduire l'horreur du Camp de Rivesaltes ?
Une incitation à se poser encore et toujours la question."

Des objets brisés symbolisant tant et tant de vies brisées, elles aussi...

Un portail rassemble un éventail des recherches artistiques de cette photographe-historienne.
Pour le visionner, cliquer : ici.
Pour retrouver les photos extraites pour ce blog, passer d'accueil à expositions puis à Camp de Rivesaltes.


Provenant de Suisse, les boîtes de poudre de lait pour les bébés enfermés eux aussi derrière les fils de fer barbelés. Et pour les enfants juifs, avant les transports pour Auschwitz.

Extrait de présentation de catalogue (suite) :

- "Eparpillés, enfouis, abandonnés, tous ces restes d'objets quotidiens métamorphosés par le temps, prennent parfois une figure humaine. Ces visage speureux ne sont que des dos de réveils tellement parlants."

Des réveils n'ayant jamais annoncé à Rivesaltes des matins qui chantent... 

 

 

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