P. 103 : 67 négateurs en Iran
Téhéran propose sa "réalité" de la Shoah
Les lignes suivantes vont peut-être choquer, ce sera bien involontairement. Mais aucune illusion n'est à cultiver. Des négateurs de la Shoah se manifesteront longtemps encore et toujours. Bien après la fin des derniers des témoins directs. De fait, tant que se prolongeront les nostalgies du nazisme, du fascisme et tant qu'enfleront les intégrismes, y compris religieux, porteurs de haines déjà séculaires.
Le judéocide n'est hélas pas l'unique génocide de l'histoire mondiale. "Hélas" pour toutes les autres victimes de tous les autres massacres systématiques de populations entières, à commencer pour des motifs affirmés raciaux. Et comme l'a souligné notamment Simone Veil, la Shoah n'a pas à figurer sur une quelconque échelle des horreurs absolues. Tout génocide est unique et insupportable. Inutile d'entrer dans des surenchères entre les victimes. Elles n'appellent que respect et mémoire. Ces évidences posées, l'actualité passe aussi par Téhéran. Le peuple iranien (à commencer par les femmes) n'est pas en cause. Mais son régime. Après bien d'autres, il a retenu la cible juive pour camoufler ses échecs, ses injustices, ses incohérences, ses violences, ses profondes intolérances. Bref, le juif lui sert d'exutoire officiel. Et la méthode ne présente rien de bien original. Mais "ça marche"... Voici donc une conférence internationale à propos de laquelle le vice-ministre des affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, précisa dès son ouverture : - "Si l'holocauste est un fait historique, pourquoi ne peut-il être étudié ?... Cela a provoqué une vague d'accusations contre l'Iran, sans essayer d'y apporter une réponse logique... L'objectif de la conférence n'est pas de nier ou de prouver l'holocauste, mais d'offrir la chance à des chercheurs européens de donner leur point de vue sur ce phénomène historique". Tout repose dans le : "Si...". Kolossalement dubitative, cette supposition répond très exactement à l'affirmation du président Mahmoud Ahmadinejad pour lequel la Shoah n'est jamais qu'un "mythe". Mais saluons la "chance" des "chercheurs" éclairés, des "scientifiques" autoproclamés et autres grands "experts" au nombre de 67 et venant de 30 pays. Grâce à l'Iran et "sans idée préconçue", ils étudient enfin un "fait historique" à propos duquel tous les autres travaux menés jusqu'à présent sont nuls et non avenus !!! Les innombrables archives ainsi que les témoignages rassemblés, soumis à la critique historique et publiés jusqu'aujourd'hui : aux oubliettes. Place au négationnisme.
Point trop n'en faut. Donc juste un échantillon des conclusions sans surprise de participants à cette conférence :
- l'Australien Fredrick Töben, qui a passé plusieurs mois dans une prison allemande pour incitation à la haine raciale, répète que l'existence des chambres à gaz représente un "mensonge absolu" ;
- le Français Georges Thiel, ancien conseiller régional Front national et condamné en France pour des propos révisionnistes, a réaffirmé que la Shoah était un "énorme mensonge... Il y a 20 ans, il était impossible de parler de l'Holocauste et toute étude scientifique était sujette à punition... Les juifs ont été persécutés, c'est vrai, ils ont été déportés, c'est vrai, mais il n'y a pas eu de meurtre industriel, il n'y a pas eu de chambres à gaz."
L'ancien Commissaire de Vichy aux questions juives, Darquier de Pellepoix, mourut - impuni -. Cependant, il a visiblement cloné des descendants, lui qui se complut dans des ignominies du style : "Je vais vous dire, moi, ce qui s'est exactement passé à Auschwitz. On a gazé. Oui, c'est vrai. Mais on a gazé les poux." (L'Express, 28 octobre 1978).
Avant de refermer cette page peu glorieuse, un (r)appel du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan :
- "Toute tentative de semer le doute sur la réalité de cette horreur unique et indéniable doit susciter l'opposition ferme de toute personne de bonne volonté, quelle que soit sa religion".

Radié de l'Université française, l'incontournable Faurisson était forcément à Téhéran. Pour rappel : en octobre dernier, il se vit condamner à 3 mois de prison avec sursis par le Tribunal correctionnel de Paris pour ses propos négationnistes. Ceux-ci furent diffusés en février 2005 sur les antennes de la tv iranienne.