P. 235. Il est temps de croire Sam Braun...

Publié le par Jean-Emile Andreux


Aux Ed. Albin Michel :
"Personne ne m'aurait cru,
alors je me suis tu",
entretien de Sam Braun
avec Stéphane Guinoiseau.



Résumé par les Ed. Albin Michel :

- "Il aura fallu quarante ans à Sam Braun pour témoigner. Jusqu'à ce jour où il décide de rompre le silence et entreprend un travail de mémoire.
L'auteur a tiré une sagesse peu commune de son incarcération à Buna-Monowitz, un des nombreux camps du complexe concentra­tionnaire d'Auschwitz.
C'est ce récit d'une densité extraordinaire qu'a recueilli Stéphane Guinoiseau qui raconte avec précision et sincérité l'expérience des camps et le difficile retour à la parole, retenant le flot sensible de l'émotion pour mieux nous parler d'humanisme."


Présentation par l'auteur sur son blog

- « Personne ne m'aurait cru, alors je me suis tu » (Albin Michel) tel est le titre du livre que je viens d'écrire avec mon ami Stéphane Guinoiseau

Longtemps je me suis demandé si je devais coucher sur le papier l'expérience acquise au camp de Buna-Monowitz (Auschwitz III) lorsque j'avais seize ans. Longtemps même le mauvais démon que j'avais en moi, comme tout être humain a le sien, me disait que, somme toute, je n'avais pas grand-chose à dire et en tout cas pas suffisamment pour avoir la prétention d'écrire un livre. Et ce mauvais démon a gagné durant de longues décennies.

Longtemps aussi je me suis demandé si ce que m'avait appris la vie depuis mon retour des camps, c'est à dire depuis que je suis revenu dans une vie civilisée, ou plutôt moins barbare, méritait d'être transmis. Bien souvent m'effleurait la pensée qu'il ne fallait pas étaler au grand jour les réflexions que m'avait inspirées, depuis plus de quatre-vingts ans, la confrontation sociale avec les êtres humains. Tout cela ne m'apparaissait pas comme nécessaire à écrire et surtout ne m'apparaissait pas comme suffisant pour alimenter le contenu d'un livre. J'avais, d'une certaine manière, peur du mot écrit dont la nature même l'expose à une pérennité que n'a pas le verbe lorsqu'il est prononcé.

(...) C'est alors qu'est arrivé Stéphane Guinoiseau, professeur de lettres modernes, rencontré dans un collège où j'intervenais auprès d'enfants de troisième. Il a su, avec délicatesse, éveiller en moi une partie de ma vie que je voulais taire tout en respectant certains de mes silences. Grâce à lui, notre livre a pu voir le jour, ensemble de dialogues entre le professeur et moi. Nous y évoquons bien sûr, et comment ne pas le faire, la quotidienneté concentrationnaire, mais nous abordons surtout les grandes questions existentielles que se pose tout être humain. Avec lui, tout professeur qu'il soit, je me retrouvais dans les classes de Terminale où j'avais l'impression d'évoquer, devant des grands adolescents, les questions philosophiques essentielles, éternelles clés du « vivre ensemble ». Et c'est sans aucune fausse pudeur que, stimulé par sa grande culture, j'ai pu, avec lui, faire de ce livre un réel « travail de mémoire » puisque celui-ci, se nourrissant du passé, c'est-à-dire du « devoir de mémoire », se projette dans l'avenir."


Frédérik Casadesus, Réforme Archives (N° 3112) :

- "Il était une fois Faivel, fuyant les pogroms de la région de Varsovie, qui trouva refuge sur les bords de la Seine. Il devint Félix et rencontra Pauline, jeune Française originaire de Bessarabie - où elle portait le prénom de Malka.  "Heureux comme Dieu en France ", dit un proverbe yiddish. Ils se marièrent et conçurent quatre enfants : deux garçons et deux filles. Sam Braun naît à Paris le 25 août 1927. Une enfance éclairée par la tendresse familiale et l'enseignement de la communale. En ce temps-là, Sam n'a pas conscience de sa judéité. « Personne à la maison ne parlait de religion. Nous n'allions jamais à la synagogue. » A l'image des enfants de sa génération, c'est en subissant des insultes et des regards de haine que Sam apprend qu'il est juif.

Les Braun, après la débâcle de l'armée, ont connu le sort de tant de juifs de France. Sam est arrêté avec ses parents, mais aussi avec sa petite sœur qui n'a que dix ans et demi. « Mon père, ma mère et ma petite sœur ont été gazés dès notre arrivée à Auschwitz, en novembre 1943. »

Sam, âgé de seize ans, est emmené au camp n° 3 où il travaille pour l'usine de produits chimiques IG Farben.


Auschwitz III (DR)

Le 18 janvier 1945, les SS et les kapos obligent environ 15 000 déportés à quitter le camp.

« Nous avons vécu cet enfer supplémentaire que les historiens appellent "la marche de la mort". Nous sommes arrivés à Prague au mois de mai, fantomatiques : je pesais 35 kilos pour 1 mètre 77 ! Le train dans lequel nous nous trouvions s'est arrêté, des SS ont crié l'ordre aux déportés malades de descendre du train. On m'a poussé, je suis tombé sur le quai, persuadé que j'allais mourir. Mais quand le train a quitté la gare, les SS ont enlevé leur uniforme : c'étaient des résistants tchèques. Nous étions libres. »


Germaine Tillion, Avant-propos (extrait) :

- "En juillet 1945, un avion sanitaire de l'armée française se posa sur une piste du Bourget, au nord de Paris. Un petit nombre de rescapés des camps nazis débarqua, rapatriés depuis Prague. Après l'évacuation d'Auschwitz, le 17 janvier 1945, ils avaient parcouru, pendant cet hiver interminable, un long périple jalonné de cadavres, de souffrances et de crimes avant d'échouer dans la capitale tchèque. Pour retourner en France, ces survivants durent, pendant plusieurs semaines, se réhabituer à la nourriture et à la vie, soigner leurs blessures apparentes, tenter d'oublier l'odeur de cendres et de mort. Juillet 1945 donc : un jeune homme qui allait sur ses dix-huit ans retrouvait son pays.

Arrêté à Clermont-Ferrand en novembre 1943, il avait été déporté à Auschwitz dès le mois de décembre, après un bref séjour à Drancy. Grâce aux incontournables travaux de Serge Klarsfeld, le bilan précis est aujourd'hui connu : sur les 76 000 juifs déportés de la France entre mars 1942 et août 1944, moins de 2 600 revinrent. Ce jeune homme en faisait partie mais son père, Faivel, sa mère, Malka, et sa petite soeur, Monique, âgée de onze ans en 1943, avaient disparu dans les chambres à gaz, dès leur arrivée à Auschwitz.

De cette frêle silhouette, j'imagine le fragile regard lumineux, plein de larmes séchées en ce jour de retrouvailles estivales avec sa terre natale, j'imagine le coeur affolé de tristesse contenue et d'espérances nouvelles quand il parcourut le tarmac et puis la solitude, et puis le silence, bientôt scellé par l'indifférence ou la gêne. Ce jeune adulte, tôt blessé par les deuils imprévus et la lame des souvenirs les plus cruels, s'appelait Sam Braun.

Soixante ans plus tard, je le rencontrai au hasard d'une conférence dans l'établissement scolaire où j'enseigne. Lorsque Sam pénétra dans la bibliothèque où se donnait la conférence, l'assistance, quelque peu bruyante les minutes précédentes, se tut subitement et son sourire aimanta immédiatement les regards."


Marc Fineltin, Mémoire et Espoirs de la Résistance :

- "Ce livre éclairé par sa forme dialoguée m'a beaucoup ému. Au delà de ce communiqué de presse je voudrais insister sur l'extraordinaire leçon de vivre ensemble de Sam BRAUN. Voici quelques phrases au milieu de beaucoup d'autres qui me donnent envie de crier : "que tout le monde lise ce livre, c'est nécessaire" si l'on ne fait pas sien l'univers d'amour envers tous les autres que propose Sam Braun le monde de demain n'existera pas.

"Je sais au moins (dans le camp) que j'ai appris la tolérance, le respect de l'autre, la valeur de la vie, l'espérance,. J'ai appris que la vie cadeau inestimable ne dois pas être gâchée et que les êtres humains doivent tout faire pour la réussir"

A la question il a fallu combien de temps pour se libérer du sentiment de honte (d'être revenu) :Sam répond "longtemps, bien longtemps, plusieurs années...... J'étais assailli par le sentiment de culpabilité, la difficulté de m'accepter comme juif, la difficulté de vivre avec l'indifférence des autres."

Sam dit "Je ne suis ni la victime, ni le héros d'une histoire malheureuse" et j'ajoute pour terminer cette phrase de Jean-Paul Sartre qu'il cite souvent " Je ne te demande pas ce qu'on t'a fait mais ce que tu en as fait."


L'Astrée :

- "Le lecteur oscille entre le je du survivant, au propos humble et touchant, et le silence de l'interrogateur sur lui-même. Le lecteur interroge et vit l'expérience. Il pratique, par sa lecture, deux distances, celle, ici apaisante, du temps vécu par le sujet, et celle, ici fécondante, ménagée entre deux sujets. Ainsi, en lui, par lui, mais évidemment surtout par les deux partenaires du livre, se constitue un échange humain à trois dans la cruelle perspective des bourreaux.

(...) Un homme a survécu à l'horreur, et il raconte. Il se penche depuis son présent de vieil homme méditatif. Il propose une voie d'espérance en ce qu'il appelle la culture : Ou bien on se suicide avec un pessimisme effréné, ou bien au contraire on accepte de vivre avec bonheur et on a confiance en la perfectibilité de l'homme. C'est la signification que je donne à la connaissance, à la culture : ce travail de liaison avec l'autre, avec les autres êtres humains contre le mépris et la mort. C'est le pari humaniste."

 

FR 3 Paris Ile-de-France Centre (3 mars 2008) :

 

 



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Sam Braun 20/05/2008 13:06

J'ai consulté avec beaucoup de reconnaissance votre blog qui cite mon livre. Bravo pour ces textes que vous avez retrouvés.Acceptez tous mes remerciements,Sam Braun

Jen-Emile Andreux 20/05/2008 13:12


Si des remerciements sont à exprimer, c'est d'abord à vous qui avez accepté de mettre noir sur blanc votre témoignage. Découvrir des mots concrets sur la Shoah. Porter encore l'humanisme alors que
tant de vents contraires souflent encore aujourd'hui.

Bien respectueusement,