P. 127. Le travail forcé aux Mazures

Publié le par Jean-Emile Andreux

Ce 9 mars est proposée à l'ULB (Ecole de Santé Publique) une conférence sur le travail forcé aux Mazures. Mais que recouvre ce vocable de "travail forcé" ?

Durée

Jacob Liwschitz  (rescapé des camps) :
"Travail : de 7h à 12h et de 13h à 18h."
(PV 26/02/1948, SVG, DI)

Henri Reicher (évadé) : "Nous devions travailler de 7h du matin à 18h le soir."
( PV 4 mars 1948, SVG, DI)

 

 

Joseph Suskind (rescapé des camps) : "Travail de 7 à 12h et de 1 à 6h le soir." 
(PV 24 août 1951, SVG, DI)

Rapport au Gouvernement belge : "10 à 12h par jour - 1 heure de pose à midi - travail le  dimanche jusque 12 h.
"
(Rapport définitif 31, s. d., SVG)

En résumé : 10 heures par jour au moins, y compris le samedi, plus le dimanche matin = 65 heures par semaine minimum.


Travaux

Henri Reicher 
:
"Le travail consistait en la construction du camp et à l'abattage des forêts environnantes."

Nathan Szuster (évadé): "J'ai moi-même contribué à la construction de ce camp : abattage d'arbres, transport de matériel."
(PV 26 novembre 1951, SVG, DI)

Josef Suskind :
"Abattages d'arbres dont on fabriquait le charbon de bois destiné à remplacer de la benzine."

Vital Lieberman (rescapé des camps) :
"Travail de bûcherons, de terrassiers, de concasseurs, sciage électrique..."
(Rapport, 10 mai 1970, SVG)

Rapport au Gouvernement belge : 
"Certains détenus travaillaient dans les environs immédiats du camp : abattre des arbres, construire des routes, transporter du bois. A environ 150 mètres du camp, il y avait des fours servant à la fabrication du charbon de bois."

Roger Bauchot (adolescent engagé aux Mazures)
"Je voyais les basculants des fours à charbon de bois chargés par les déportés, le stock de bois approvisionné par je ne dis pas leur "soin" mais par leur "peine", le long de la haie les bidons du petit train Decauville, le chargement des camions en départ pour Revin, un va et vient continu, incessant".
(Lettre à l'auteur, 10 mai 2005)

Louis Baudrillard et Fernand Thomassin (Mazurois) : "Les Juifs avaient dû installer des rails sur une longueur d'un kilomètre environ. Le bois qu'ils coupaient dans la forêt, était mis dans des wagonnets qu'ils poussaient comme des mercenaires. Quand ils n'avaient plus de force, ils lâchaient tout et les wagonnets se renversaient, c'était alors « la schlag »"
(témoignages à Marie-France Barbe, in "La Résistance sur le plateau de Rocroy et ses versants", voir rubrique "Livres").

Louis Baudrillard :
"On a fini par voir ces hommes-là. Ils étaient mal habillés, les pauvres malheureux. Et ils avaient des godasses sans lacets...
Dans la journée, on voyait donc pas mal de juifs. Avec des wagonnets Decauville qu'ils poussaient sur une voie ferrée étroite. Ils allaient ainsi chercher le bois jusqu'à la Table Ronde, au bout du Lac supérieur.
Ils étaient 5 par wagonnet avec une sentinelle armée derrière eux." (témoignage à l'auteur, 26 février 2003)

 

 

 

Wagonnet decauville (DR)

Georges Peuble (FFI Rocroi) :
"Les Juifs employés comme bûcherons dans les bois des Mazures sont traités cruellement... entravés et fouettés comme des bêtes."
(Lettre à Mme Paulette Maréchal, in "La Résistance...", op. cit.)

Nathan Szuster : "
Comme travail forcé, on a mis des rails d'un petit écartement. Nous devions pousser des wagons de plus en plus loin dans la forêt. On poussait comme des esclaves. Parfois, ça déraillait dans les descentes. Alors, les boches étaient après nous. Le pire était pour les vieux. Quand on était puni, ils ne pouvaient pas suivre. Ainsi, Casseres a eu beaucoup de mal. Et aussi Van Loggem, un Hollandais. Il fallait courir, se jeter par terre, se relever en vitesse...Casseres devait faire tout le tour du camp jusqu'à ce qu'il tombe épuisé. Oui, les vieux, ils ne pouvaient pas suivre."
(témoignage à l'auteur, 22 octobre 2003)

Vital Lieberman : "
Les travaux étaient effectués sous escorte armée. La plupart des détenus n'en avaient aucune notion, étant de la sorte victimes d'accidents causés par l'inexpérience : hernies, fractures, blessures, écrasements par wagonnets, mutilation par scie électrique {V. Lieberman lui-même}."

Robert Charton (FFI Revin) : 
"Les Juifs du camp des Mazures étaient utilisés pour le chargement et le déchargement des camions de la NSKK qui servaient au transport du charbon de bois de la Forêt aux dépôts de la gare { de Revin}. Le charbon de bois était chargé sur des wagons à destination de l'Allemagne. Un travail très sale où la poussière de charbon de bois maculait les mains, les visages et les habits."
(Lettre à l'auteur)

En résumé : sur le 288 déportés d'Anvers, seuls au maximum 10 ébénistes-menuisiers et 2 monteurs en bâtiment possédaient une expérience professionnelle les ayant plus ou moins préparés au travail forcé aux Mazures. Tous les autres ont été confrontés du jour au lendemain à des travaux manuels lourds et inconnus d'eux. Le tout dans un contexte rendu encore plus pénible par la privation de liberté, par la nourriture et par les soins de santé à tout le moins déplorables, sans oublier les humiliations et les violences physiques.

Après la construction de leur propre camp, les déportés vont principalement être exploités par trois firmes (deux françaises : Vaisset et Viot et une allemande : Scholzen) pour la fabrication de charbon de bois destiné aux véhicules circulant avec un gazogène. Un kommando des Mazures est descendu chaque jour à Revin pour y charger en gare de marchandises, des wagons attendant le charbon de bois.


(d'après carte IGN)


Légende :


- Les Mazures : localité

- FH : Fonderie Henon où les déportés ont été logés pendant les 3 mois de construction du camp

- JL : le site du Judenlager

- F : fours pour la fabrication du charbon de bois

- CFD : chemin de fer decauville entre le camp et le Chêne de la Table ronde




 

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