P. 16. LES MAZURES : souvenir et reconnaissance

Publié le par Jean-Emile Andreux

L'Association pour la Mémoire du Judenlager des Mazures veut associer au souvenir des déportés du camp, celui d'Ardennaises et d'Ardennais qui leur sont venu en aide au péril même de leur vie.

Le 16 juillet 2005, les cinq premiers "Parchemins" marquant cette reconnaissance ont été remis lors d'une cérémonie se déroulant dans la Salle des Fêtes municipale. Voici leur libellé :

PARCHEMIN

du SOUVENIR et

de la RECONNAISSANCE

 

Alors que dans "la nuit et le brouillard"

du Nazisme et du Vichysme,

beaucoup sont restés passifs devant la Shoah...

alors que les "expulsés de l'humanité"

du Camp des Mazures

étaient destinés à Auschwitz...

 

l'Association pour la Mémoire

du Judenlager des Mazures

 rappelle et salue le courage désintéressé

ainsi que la solidarité offerte aux déportés Juifs

par...

Les cinq premiers "Parchemins" ont été attribués à :

- Marie ARNOULD-JACQUES. Belge installée aux Mazures en 1939, elle organisa une boîte aux lettres clandestine pour des déportés du Judenlager.

Pour des raisons de sécurité et de protection de sa famille, même son époux et ses enfants restèrent dans l'ignorance des risques pris ainsi. A la fermeture du camp, le 5 janvier 1944, elle prévint le délégué de la Croix Rouge de Belgique dans les Ardennes pour que soient aussitôt entamées des recherches sur le sort réservé aux Juifs. Ainsi fut établie dès février 1944 la certitude de leur transfert sur Drancy et de là, vers l'Est...

- Mireille COLET-DOE. Déjà institutrice aux Mazures à la déclaration de la guerre, elle hébergea en plein centre du village l'épouse d'un déporté : Abraham Casseres.

Celle-ci pénétra dans la zone militaire interdite (notamment aux Juifs) des Ardennes, poussée par la volonté d'approcher son mari déporté de force. La question se pose de savoir ce qu'il serait advenu à cette Anversoise si elle n'avait pas été frapper à la "bonne" porte ? Abraham Casseres s'est évadé le 5 janvier 1944 du convoi parti de Charleville vers Drancy.

- Léon et Madeleine DEVINGT. Sous l'occupation, le chef de gare de Revin et son épouse transformèrent cette gare en un incroyable havre d'accueil et de paix.

Les témoignages abondent et se recoupent pour mettre en évidence l'accueil et la prise en charge d'épouses de déportés qui se rendaient jusqu'à Revin pour avoir des nouvelles de leur mari. Des enfants participaient aussi à ces voyages réguliers, du moins jusqu'aux rafles à Anvers et aux déportations vers Auschwitz.

Les époux DEVINGT aidèrent également - et jour après jour - le kommando de travail des Mazures qui chargeait en gare des sacs de charbon de bois fabriqué au Judenlager et destinés aux gazogènes allemands. De plus, ils soutinrent plus qu'efficacement des évadés dont les six Juifs du kommando, le 4 janvier 1944.

- Gaston DOE. Coquetier aux Mazures, il a été contacté par trois Juifs du camp évadés du convoi Charleville-Drancy le 5 janvier 1944.

Il s'agit vraisemblablement des frères Charles et Salomon Kogel ainsi que de Salomon Lemer. Après avoir sauté de leur wagon à bestiaux à Sault-lès-Rethel, ils retournèrent donc aux Mazures pour être cachés sous le toit de Gaston DOE. Ce dernier contacta Emile FONTAINE, responsable FFI d'un réseau transdépartemental (Aisne-Ardennes), lequel finit par sauver la vie de douze Juifs du camp. Malheureusement, il fut abattu par la Gestapo de Charleville le 30 mars 1944. Par contre, ces douze évadés étaient tous encore en vie à la libération.

- Marguerite HENON. De Revin à Anvers, elle accompagna un évadé des Mazures, Léon Tursch.

Ce voyage épique se décomposa comme suit. De la gare de Revin au Quartier Léopold à Bruxelles avec notamment un contrôle armé à Givet. Laissant Léon Tursch dans un hôtel bruxellois, elle est partie seule vers Anvers, Métropole qui lui était totalement inconnue. Et là, elle finit par trouver une cache fiable pour l'évadé qu'elle retourna prendre en charge dans la capitale belge.

A 26 ans, cette Ardennaise concrétisa ainsi sa décision inflexible : "Il fallait au moins en sauver un !"

Lors de la remise des "Parchemins"(Ph. L'Ardennais) :
 

 

 

 

Sont assises de gauche à droite : Geneviève Horreaux-Devingt, Margerite Henon et Mireille Colet-Doé

Publié dans Parchemins

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