P. 191. "Une vie" : celle de Simone Veil (1)

Publié le par Jean-Emile Andreux

 

 Simone Veil, Une vie, Stock, 398 p.


De la biographie de et par Simone Veil, ne seront évoqués ici que deux chapitres :

- II. "La nasse", pp 35 à 59 ;

- III. "L'enfer", pp 63 à 103.

Quand des survivants publient, leurs livres, s'ils se succèdent, ne se ressemblent jamais. Certes tous s'inscrivent dans la Shoah mais chacun porte une histoire si personnelle, si incroyable parfois mais toujours authentique, que cette histoire fait encore et malgré tout reculer la nuit et le brouillard que les nazis avaient programmés comme unique linceul des victimes de leur génocide.

 

- La Nasse :

En octobre 1940, Simone Veil a treize ans. Architecte, son père est frappé d'interdiction d'exercer sa profession. Puis deux de ses enseignants se trouvent écartées de leurs classes. C'était à Nice, là où, sans présence allemande, Vichy pouvait donner la pleine mesure de ses capacités :

- "Les Juifs faisaient désormais l'objet d'une ségrégation administrative, parfaitement scandaleuse au pays des droits de l'homme (...) les Juifs se voyaient interdire toute activité dans le secteur public et la sphère médiatique, tandis que l'exercice d'autres professions était soumis à des quotas restrictifs."

Placé sous l'autorité du Maréchal-nous-voilà, le gouvernement de l'Etat français franchit un nouveau pas en 1941. Les juifs sont obligés à se déclarer :

- "Qu'est-ce que cela voulait dire ? N'étions-nous pas français au même titre que les autres ? Cependant, comme la presque totalité des familles juives, nous nous sommes pliés à cette formalité, habitués à respecter la loi, et sans trop vouloir nous interroger sur ses implications : le présent était suffisamment pénible pour qu'on ne se pose pas de questions sur l'avenir (...) Ai-je besoin de dire que je m'étais montrée plus réticente que les autres ?"

A Nice, les occupants italiens s'installent fin 1942. Ils se montrent différents des nazis, du moins quant à l'antisémitisme. Ils s'abstiennent en effet de persécuter les juifs niçois mais aussi les réfugiés du Nord de la France, mais encore ceux fuyant la zone "libre" après son occupation consécutive au débarquement allié en Afrique du Nord :

- "Il convient de souligner que les Italiens avaient une attitude de tolérance à l'égard des Juifs français. Paradoxalement, ils se montraient plus libéraux à notre égard que les autorités de notre propre pays ne l'avaient été."

Tout bascule avec la chute de Mussolini. Les Italiens plient bagages. Et le 9 septembre 1943, la Gestapo débarque à Nice :

- "Les arrestations massives commencèrent aussitôt. Elles étaient conduites par Aloïs Brunner, déjà célèvre à Vienne, Berlin et Salonique, avant de diriger le camp de Drancy. Ma meilleure amie, camarade de lycée et éclaireuse comme moi, fut ainsi arrêtée dès le 9 septembre, ainsi que ses parents. Je devais apprendre plus tard qu'ils avaient été gazés à leur arrivée à Auschwitz-Birkenau."

En novembre 1943, la directrice du Lycée où Simone Veil poursuivait ses études, lui ferme les portes de son établissement scolaire. Motif : une ou deux élèves juives sont déjà tombées dans les mains allemandes et la directrice ne souhaite pas porter de responsabilité... Par contre, la solidarité de camarades de classe et les corrections proposées par des professeurs lui permettent d'affronter le baccalauréat le 29 mars 1944 (uniquement des écrits, les autorités craignant un débarquement allié et rendant en conséquence les épreuvres les plus courtes possible).

Le 30 mars, Simone Veil s'en va vers un rendez-vous pour fêter ce passage scolaire réussi. Deux Allemands en civil et un collabo russe la contrôlent en chemin. Elle porte de faux papiers qui ne résistent pas à ce premier examen. Comprenant alors que toute sa famille est en danger, elle charge un ami (non juif) qui l'accompagnait, d'aller prévenir sans retard les siens. Mais les Gestapistes suivent ce garçon et c'est ainsi que sont arrêtés la mère de Simone Veil, sa soeur Milou et son frère Jean.

Le 7 avril, Nice - Drancy :

- "A notre arrivée, nous avons tout de suite compris que nous descendions une nouvelle marche dans la misère et l'inhumanité. (...)

Les internés pouvaient rester prostrés et muets pendant des journées entières. Quant aux responsables juifs, j'ignore ce qu'ils savaient de ce qui nous attendait. A mon avis, ils en avaient plus d'intuition que de connaissance. Mais s'ils savaient quelque chose, rien n'en transpirait, ce qui se comprend. Je me dis que même s'ils avaient eu des doutes sur notre sort futur ou des bribes d'information, ils n'auraient rien dit, parce que le camp serait devenu intenable, et les représailles atroces."

Le 13 avril à cinq heures du matin, Simone Veil, sa mère et sa soeur Milou sont conduites à la gare de Bobigny. Un convoi de wagons à bestiaux va prendre la direction d'Auschwitz :

- "La surveillance du convoi était seulement assurée par des SS dans chaque gare où il s'arrêtait. Ils longeaient alors les wagons pour prévenir que, si quelqu'un tentait de s'évader, tous les occupants du wagon seraient fusillés. Notre soumission donne la mesure de notre ignorance. Si nous avions pu imaginer ce qui nous attendait, nous aurions supplié les jeunes de prendre tous les risques pour sauter du train. Tout était préférable à ce que nous allions subir".

Les trois déportées laissent derrière elles le père de la famille Veil (mis à Drancy quelques jours après le 13 avril), le fils Jean (arrêté le 30 mars) et Denise, entrée dans la résistance des mois plus tôt. Simone Veil ne connaîtra leur sort qu'à son retour des camps de la mort. Son père et Jean Veil ont été déportés vers Kaunas (Lituanie) et y disparurent. Tandis que Denise sera capturée en juin 1944 et envoyée à Ravensbrück, mais au titre de résistante française. Les nazis ne se rendirent pas compte de sa qualité de juive et Simone Veil reste persuadée que sa soeur dut d'être encore en vie à la libération à cette ignorance...


La page 192 résumera le chapitre III : "L'enfer".

 

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