P. 115. Courriers bouleversants après la fermeture des Mazures (4)

Publié le par Jean-Emile Andreux

Après la libération d'Anvers, deux évadés des Mazures ont salué Adrienne Matthÿssens, fiancée d'Arthur Zasky, elle qui attend toujours "chaque pas qui passe...ou un coup de sonnette"

 

La page 113 du blog se terminait sur une lettre du 7 mai 1944. Adrienne Matthÿssens y supposait que son fiancé, Arthur Zazky, avait été transporté de Drancy dans un "camp de concentration".

Les recherches n'ont pas permis de retrouver la suite de ce courrier, du moins avant le 4 décembre 1944. Une feuille manuscrite recto-verso part alors pour les Mazures :




- "Très chère Madame Arnould,

Vive la Belgique ! quel soulagement d'être / quitte de ces tuers de l'humanité (1) ! / Merci ! et encore merci, pour vos deux gentilles / lettres (2) reçu ensemble aux bons soins de votre / chère fille, et celui de Mr Stan Lemers (3), Oui !

... Je suis ci contente d'avoir reçu / de vos chères nouvelles, mais ce qui concerne mon / très cher fiancé je n'ai encore aucune nouvelle, / mais je me porte bien heureusement, j'ai été sinistré / des V.1. et V. 2. (4) dans mon hopital, ils y a trois / de mes collègues mort pour la patrie ainsi que / le Dr Leclef qui étais entrain d'opérer, beaucoup / de pauvres blésses sont aussi morts, quel horreur, / tous les 15 minutes, il y a alerte, alors les V.1. siffles / en passant au dessus des Maisons. Ils y à des / caravanes d'évacuation, moi j'ai le courage de /

Verso

rester dans l'espoir que la Providence me tiendra / entière même que j'ai fait une chute formidable / du grand choque de déplacement d'air à 20 mètres / de mon hopital ou j'habite tout près, j'y reste car / j'ai le vive espoir que mon cher Trésor m'y / trouvera un jour, alors surrement je viendrai / avec lui vous surprendre, pour vous connaître ainsi / que votre cher entourage. Des camarades d'Arthur / il y à seulement qui à eu la grande gentillesse de / venir me rendre visite pensant y retrouver nous deux, / c'est le dentiste Mr Casseres (5), ci non je n'ai vue / personnes...

... Je sacrifie mon temps entre / les misères humaines et ma vieille mère, je ne / sors pas, suis toute heureuse les peu d'heure à / me reposer un peu et attendre chaque pas qui / passe sur mon seuil de ma porte ou un coup de / sonnette à surprendre mon cher et unique Trésor. / L'attente est parfois très monotone, je cour au / Bureau de la C. R. B. (6) esperant y trouver un mot / de mon cher absent, hélas !rien, toujours rien, ont / viens souvent me chercher, aussi pour des accidents dans / la rue la circulation des chars, motociclistes, produits / des collisions entre civils et les Tommies, ils sont / vraiment des gentlemans. J'apprends l'Anglais pour / que je suis le parler avec Arthur, il aime cette langue / libératrice. Je vous embrasse affectueusement et vous / écrira en cherchant une petite photo et vous l'enverais.

Votre Adrienne." (7)

 


Après la chute d'une bombe volante sur Anvers (coll. JEA)


(1) Libération d'Anvers : le 4 septembre 1944. Enjeu majeur pour les Alliés, le port n'a pas été détruit grâce à la Résistance et aux blindés anglais.

(2) Les recherches n'ont pas abouti quant à ces courriers, perdus jusqu'ici.

(3) Salomon (Stan) Lemer, l'un des dix évadés du convoi Charleville-Drancy, le 5 janvier 1944. Sauvé par le groupe de résistants d'Emile Fontaine (voir pages entre les 4/09 et 12/09 ainsi que 18/05 et 6/06/2006 du blog).

(4) Bombes volantes. La lettre V est l'initiale de Vergeltungswaffe = "arme de représailles" contre les bombardements alliés. Il est tombé sur Anvers près de 920 V2, soit le double de celles envoyées sur Londres. Ce qui traduit malheureusement bien l'importance stratégique du port.

Le 16 décembre 1944, 567 morts et 291 blessés furent retirés du cinéma Rex touché de plein fouet par une seule V2. Au total, du 7 octobre au 30 mars 1945, 731 militaires furent tués à Anvers par les bombes volantes et 3.752 civils !!!

(5) Abraham Casseres, autre évadé du convoi Charleville-Drancy. Extraits de son "bloed en tranen", ses souvenirs romancés sont repris sur les pages 104 et 106 de ce blog.

(6) Croix-Rouge de Belgique.

(7) Archives familiales d'Alberte Pernelet. Courrier montré au public de l'exposition itinérante de la Bibliothèque centrale de Charleville-Mézières.

 

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Le Comité français pour Yad Vashem vient d'ouvrir son nouveau site :

http://www.yadvashem-france.org

 

 

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